Fin 2024, les logements des ménages français et les terrains qui les portent valent 8 850 Md€,
soit un peu moins de 60 % de leur patrimoine net (calcul à partir des comptes de patrimoine de l’Insee).
Cette préférence pour la pierre a des effets réels sur les comptes publics,
mais ils passent par des canaux précis, budgétaires et territoriaux, plutôt que par l’assèchement du financement des entreprises
souvent invoqué.
4 807 Md€ de logements, 4 043 Md€ de terrains bâtis
87,1 % part du logement et de son sol dans leurs actifs non financiers
618,9 Md€ dépense nationale de logement 2024, soit 21,2 % du PIB (SDES)
Fin 2024, le patrimoine économique national atteint 19 559 Md€, dont 14 953 Md€ pour les seuls ménages, soit 76,5 % du total
et 8,2 fois leur revenu disponible net (Insee, Le patrimoine économique national en 2024, Insee Première n° 2081).
Dans ce patrimoine, les logements détenus par les ménages sont valorisés 4 807 Md€ et les terrains bâtis sur lesquels ils
reposent 4 043 Md€ ; ensemble, ils représentent 87,1 % de leurs actifs non financiers. Rapportés au patrimoine net, ces
8 850 Md€ pèsent un peu moins de 60 % (calcul à partir des mêmes comptes).
Les actifs financiers des ménages, de leur côté, atteignent 7 096 Md€ ; déduction faite de 2 112 Md€ de crédits, leur
patrimoine financier net ressort à 4 986 Md€ (Insee). Il est lui-même dominé par des produits de
taux : assurance-vie, droits à pension, dépôts. La France n’est donc pas seulement un pays de propriétaires, c’est un pays dont
la richesse privée est d’abord un stock de sols, de murs et de créances. Ce constat est solide, mesuré chaque année par l’Insee.
Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la chaîne qui mènerait mécaniquement de ce stock à la dette publique.
La comptabilité nationale sépare deux choses que le langage courant confond sous le mot « immobilier » : la construction,
qui est un bien produit, entretenu et amorti, et le terrain, qui n’est pas produit. Cette distinction est le cœur du sujet.
En 2024, la valeur des constructions progresse de 1,2 % pendant que celle des terrains bâtis des ménages recule de 3,2 %,
après un repli de 8,9 % en 2023 (Insee). Une correction de prix se lit d’abord dans le sol, pas dans les murs.
Sur longue période, l’IGEDD (ex-CGEDD, séries dites Friggit) documente que le prix des logements rapporté au revenu des
ménages a environ doublé depuis 2000 en France, sans hausse comparable des loyers réels. Une valorisation qui ne correspond
ni à une amélioration du bâti ni à un service rendu supplémentaire est, économiquement, une hausse de rente : le bien existant
vaut plus cher sans qu’aucune richesse nouvelle ait été produite. Elle enrichit comptablement les détenteurs, elle renchérit
l’entrée pour les autres, et elle n’ajoute aucun point de PIB.
Le marché a d’ailleurs cessé de baisser sans que le problème disparaisse. Au quatrième trimestre 2025, les prix des logements
anciens progressent de 0,5 % sur le trimestre (données provisoires corrigées des variations saisonnières) et de 1,1 % sur un an,
quatrième trimestre consécutif de hausse annuelle, après +0,6 % au troisième trimestre et +0,5 % au deuxième. Les volumes,
eux, restent bas : environ 951 000 transactions sur les douze mois à fin décembre 2025, soit 2,5 % du stock de logements, une
part qui remonte depuis cinq trimestres mais demeure loin du pic de 3,3 % atteint au troisième trimestre 2021 (Insee, indice
Notaires-Insee). Une reprise des prix sans reprise des volumes ne réamorce ni la mobilité résidentielle ni les recettes qui en
dépendent.
L’argument le plus répandu veut que l’épargne partie dans la pierre manque aux entreprises. Il mérite d’être examiné plutôt
que répété.
Les faits d’abord. En 2025, le taux d’épargne des ménages atteint 17,9 % du revenu disponible et le flux net des principaux
placements financiers 128,4 Md€, après 129,3 Md€ en 2024, concentré sur l’assurance-vie, les droits à pension et l’acquisition
indirecte de titres via des organismes de placement collectif (Banque de France, Épargne des ménages, quatrième
trimestre 2025). La détention directe d’actions reste minoritaire.
Mais un contrat d’assurance-vie n’est pas de l’argent qui dort : l’assureur le réinvestit en obligations d’État et
d’entreprises. Et surtout, le financement des entreprises françaises ne montre pas de signe de rationnement. Il progresse de
3,1 % en 2025 après 1,6 % en 2024, les encours de crédits d’investissement de 4,2 %, et le taux moyen des nouveaux financements
aux sociétés non financières est retombé à 3,52 % en décembre 2025, contre 3,93 % un an plus tôt (Banque de France,
Financement des entreprises). Dans une zone monétaire où les capitaux circulent librement, une entreprise française
n’est pas financée par la seule épargne française mais par l’épargne disponible en euros.
La version forte de la thèse, « la pierre assèche les PME », n’est donc pas confirmée par les statistiques de financement.
La version faible reste défendable : une structure de patrimoine aussi foncière oriente l’effort d’épargne vers un actif dont
le rendement est en partie une rente, et concentre l’attention fiscale et politique ailleurs que sur le capital à risque.
Là où le lien est le mieux documenté, c’est du côté du marché du travail. Dans Trésor-Éco n° 116 (septembre 2013), la
DG Trésor établit qu’en France, toutes choses égales par ailleurs, être propriétaire occupant ou locataire du parc social limite
les mobilités professionnelles lorsqu’elles impliquent un déménagement, par rapport au fait d’être locataire du parc privé : les
propriétaires supportent des coûts de transaction élevés, dont les frais dits de notaire, et les locataires du parc social
risquent de perdre l’accès à leur logement en partant. Quand le logement est cher précisément là où sont les emplois, une partie
des gains de productivité que permettrait une meilleure allocation des travailleurs ne se réalise jamais.
La même note écarte en revanche la version forte de la thèse. L’estimation d’Oswald, selon laquelle 10 points de propriétaires
occupants supplémentaires ajouteraient environ 2 points de chômage, a été critiquée par la littérature et n’est pas vérifiée
telle quelle en France, où les propriétaires ont même une probabilité moindre d’être au chômage que les locataires du parc privé.
Ce qui est en cause n’est donc pas le niveau du chômage, mais la qualité de l’appariement entre les postes et les compétences.
Le contexte productif français est effectivement dégradé, mais moins qu’on ne l’a longtemps écrit. Sur les comptes nationaux
révisés publiés en mai 2026, la productivité du travail par tête reste inférieure de 4,3 points à la trajectoire
qu’elle aurait suivie en prolongeant son rythme moyen de 2011 à 2019 (Insee). Cet écart a été révisé à la baisse à mesure que la
croissance passée était réévaluée : estimé autour de 5,5 points pour 2023 dans les premières évaluations, il avait déjà été
ramené à 4,6 points. Le diagnostic complet, y compris la part imputable à la composition de l’emploi, est traité dans
productivité et dette.
C’est le canal le plus direct, et le plus chiffrable. La dépense nationale de logement atteint 618,9 Md€ en 2024, soit
21,2 % du PIB (SDES, Rapport du compte du logement 2024, publié en novembre 2025). Dans cet ensemble, les aides au
logement, versements et réductions de dépenses confondus, représentent 43,1 Md€, en repli de 1,1 %, notamment sous l’effet de
la baisse du chèque énergie et de MaPrimeRénov’.
Côté budget de l’État, la mission « Cohésion des territoires », qui porte l’essentiel de la politique du logement, de
l’hébergement et de la ville, est dotée de 22,2 Md€ de crédits de paiement dans le projet de loi de finances pour 2026, contre
23,1 Md€ en loi de finances initiale pour 2025, auxquels s’ajoutent 11,68 Md€ de dépenses fiscales (Sénat, rapport sur le
PLF 2026). Ces dispositifs relèvent de la même logique que les autres niches fiscales :
un coût récurrent, une évaluation souvent partielle.
Le second canal est territorial et fortement cyclique. Les droits de mutation à titre onéreux, payés à chaque vente, sont la
principale ressource fiscale propre des départements, celle dont ils votent le taux et dont le produit suit directement le
marché. Ce produit a reculé deux années de suite : en comptabilité nationale, les prélèvements obligatoires des départements
pâtissent d’une baisse des DMTO de 22,0 % en 2023 puis de 12,9 % en 2024 ; en comptabilité budgétaire, sur l’ensemble des
collectivités, le repli est de 20,8 % puis de 13,6 % (Observatoire des finances et de la gestion publique locales, rapport 2025).
Ces deux mesures ne se cumulent pas, elles décrivent le même mouvement sur des périmètres différents. Résultat, les recettes de
fonctionnement des départements n’ont progressé que de 0,2 % en 2024, après un repli de 1,2 % en 2023, alors que les dépenses
sociales représentent l’essentiel de leur fonctionnement et sont peu compressibles. Sur l’ensemble des collectivités locales, le
déficit passe de 5,0 Md€ en 2023 à 11,4 Md€ en 2024, ce qui pèse directement sur le solde des administrations publiques. Voir
la dette des collectivités.
Enfin, l’offre reste contrainte : 387 944 logements ont été autorisés sur les douze mois à fin février 2026, soit 5,1 % de
moins que la moyenne des cinq années précédentes (SDES, base Sitadel). Moins de construction, c’est moins d’activité, moins de
TVA et moins de mobilité vers les bassins d’emploi.
Les leviers discutés
Rééquilibrer la fiscalité du capital vers l’immobilier de rendement, par exemple en actualisant les valeurs locatives
cadastrales servant d’assiette aux impôts fonciers, proposition portée par le Conseil d’analyse économique dès 2013.
Déplacer la fiscalité du logement des transactions vers la détention : alléger les droits de mutation, qui pèsent sur la
mobilité résidentielle, en compensant la recette perdue par les départements. Piste recommandée par l’OCDE dans
Pierre par pierre (2021).
Mobiliser le parc existant sous-occupé avant de bâtir, question développée dans
sous-occupation du parc.
Rendre l’épargne longue plus disponible pour le capital à risque, en assumant que l’effet attendu est un rééquilibrage
progressif, pas un choc de financement.
Aucun de ces leviers ne produit d’économie budgétaire immédiate. Ils agissent sur la croissance potentielle, c’est-à-dire
sur le dénominateur du ratio dette sur PIB, et sur un horizon de plusieurs années.
Ce que cette page ne démontre pas
L’immobilier n’est pas un problème en soi : le logement est un besoin vital et une partie de
l’investissement immobilier finance bien de la construction neuve, donc de l’activité. Aucune source ne permet non plus de
chiffrer « ce que la préférence pour la pierre coûte à la dette » en un montant unique, et il serait malhonnête de l’inventer.
Ce qui est établi tient en trois points : la richesse privée française est massivement foncière, le logement représente une
dépense publique récurrente de plusieurs dizaines de milliards, et le cycle immobilier fait varier fortement les recettes des
départements. Le reste relève d’effets indirects, réels mais lents, sans commune mesure avec le déficit d’une année.
Questions fréquentes
Quelle part du patrimoine des Français est immobilière ?
Fin 2024, les logements détenus par les ménages valent 4 807 Md€ et les terrains bâtis qui les portent 4 043 Md€. Ensemble,
ils forment 87,1 % de leurs actifs non financiers. Rapportés au patrimoine net des ménages, 14 953 Md€, ils en représentent un
peu moins de 60 %. Source : Insee, comptes de patrimoine, données arrêtées à fin 2024.
L’épargne placée dans la pierre prive-t-elle les entreprises de financement ?
Pas sous cette forme mécanique. Le financement des sociétés non financières a progressé de 3,1 % en 2025, les encours de
crédits d’investissement de 4,2 %, et le taux moyen des nouveaux financements est retombé à 3,52 % en décembre 2025
(Banque de France). Dans une zone monétaire ouverte, une entreprise française se finance sur l’épargne disponible en euros,
pas seulement sur celle des Français. L’effet existe, mais il est indirect et lent.
Qu’appelle-t-on rente foncière ?
La hausse de valeur d’un bien existant qui ne correspond ni à une amélioration du bâti ni à un service rendu supplémentaire.
La comptabilité nationale la rend visible en séparant les constructions, biens produits, des terrains, qui ne le sont pas :
en 2024, les constructions gagnent 1,2 % de valeur pendant que les terrains bâtis des ménages en perdent 3,2 % (Insee).
Combien le logement coûte-t-il aux finances publiques ?
Pourquoi la baisse du marché immobilier aggrave-t-elle le déficit public ?
Parce que les droits de mutation à titre onéreux, prélevés à chaque vente, sont la principale ressource fiscale propre des
départements. Leur produit a baissé de 22,0 % en 2023 puis de 12,9 % en 2024 pour les départements en comptabilité nationale
(OFGL, rapport 2025). Les recettes de fonctionnement départementales n’ont progressé que de 0,2 % en 2024, après un repli de
1,2 % en 2023, tandis que le déficit de l’ensemble des collectivités locales passait de 5,0 à 11,4 Md€. Les dépenses sociales
départementales, elles, ne baissent pas.
L’immobilier explique-t-il le décrochage de productivité française ?
Non. Sur les comptes nationaux révisés de mai 2026, l’Insee situe la productivité du travail par tête 4,3 points en dessous de
sa trajectoire d’avant-crise, un écart revu à la baisse depuis les premières évaluations qui le situaient autour de 5,5 points
pour 2023. Le logement intervient comme facteur aggravant possible, via les freins à la mobilité résidentielle documentés par la
DG Trésor en 2013, pas comme cause principale, et son poids n’est pas chiffré.
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