Le déficit primaire est le déficit public calculé sans la charge d’intérêts de la dette.
C’est la photographie de l’effort budgétaire de l’année, indépendamment du fardeau hérité du passé.
Lecture : même si la France pouvait magiquement effacer toute sa dette demain matin, son budget resterait déficitaire d’environ 90 Md€/an.
C’est pour cela que la soutenabilité ne se règle pas par la seule baisse des taux.
62,7 % ou 92 % : deux lectures distinctes
La Cour des comptes publie deux décompositions de la même hausse de dette. Elles ne portent pas sur la même
grandeur, et leur écart est l’illustration la plus concrète de ce que change le retrait de la charge d’intérêts.
La dette passe de 74,5 Md€ en 1978 à 3 305 Md€ en 2024, et « l’accumulation des déficits publics explique 92 % de cette augmentation (2 976 Md€ sur une hausse de l’endettement de 3 231 Md€) »
Statut : constaté. Source : Cour des comptes, « La situation et les perspectives des finances publiques », juin 2025,
p. 75 et p. 92-94. Millésime : la dette de fin 2024 a depuis été réévaluée à 3 306,1 Md€ par l’Insee en mars 2026.
Le piège : ces deux pourcentages ne mesurent pas la même chose
Le 92 % porte sur le déficittotal, intérêts compris, et non sur le déficit
primaire. Écrire « le déficit primaire explique 92 % de la dette » serait faux. Additionner les deux lectures, ou
substituer l’une à l’autre, est une erreur de méthode : le même demi-siècle donne 62,7 % ou
92 % selon que l’on retire ou non la charge d’intérêts.
Calcul : solde primaire stabilisant ≈ (r − g) × dette/PIB, avec un ratio de 1,156.
Un point d’écart entre r et g fait basculer d’un déficit toléré à un excédent exigé, soit environ 2 points de PIB d’effort.
C’est ce qui rend la trajectoire si sensible aux taux d’intérêt et à la croissance : un point d’écart entre r et g change radicalement l’effort à fournir.
Le scénario défavorable ci-dessus exige un excédent primaire de 1,2 % du PIB, tenu dans la durée.
Reste la question que l’on pose rarement avant d’en faire une hypothèse de trajectoire : combien de pays y sont
réellement parvenus, et pendant combien de temps ? Sur un échantillon large de pays à revenu élevé et intermédiaire,
Barry Eichengreen et Ugo Panizza recensent 113 fenêtres de dix ans non chevauchantes.
Statut : constaté. Source : Barry Eichengreen et Ugo Panizza, « A Surplus of Ambition: Can Europe Rely on Large Primary
Surpluses to Solve its Debt Problem? », NBER Working Paper n° 20316, juillet 2014, tableaux 3, 4 et 5, publié dans
Economic Policy vol. 31 n° 85, janvier 2016.
Les trois seuls cas à 5 % et plus sont la Belgique 1995-2004 (5,19 % du PIB en moyenne), la
Norvège 1999-2008 (11,07 %) et Singapour 1990-1999 (9,30 %). Deux d’entre eux ne sont
pas transposables à la France : un pays pétrolier et une cité-État. Sur des fenêtres plus courtes, le constat tient :
4 épisodes sur 185 dépassent 5 % du PIB sur huit ans, 12 sur 235 sur cinq ans.
Un excédent primaire massif et durable n’est pas impossible : il est empiriquement une quasi-exception
historique. Cela doit se dire avant d’en faire l’hypothèse centrale d’une trajectoire de désendettement.
Pourquoi c’est l’indicateur clé
Il isole l’effort politique : la charge d’intérêts est largement subie (taux de marché, dette héritée).
Il pilote la trajectoire : c’est le levier sur lequel un gouvernement peut vraiment agir à court terme.
Il est suivi par Bruxelles : la procédure de déficit excessif et les trajectoires pluriannuelles s’expriment en termes de solde primaire structurel.
Comparaison européenne
Plusieurs pays européens ont déjà ramené leur solde primaire à l’équilibre, voire à l’excédent : l’Allemagne, l’Irlande, le Portugal,
la Grèce après son plan d’ajustement. La France figure parmi les pays dont le déficit primaire reste structurellement élevé.
Le déficit primaire est le déficit public calculé hors charge d’intérêts de la dette. Il mesure l’effort
budgétaire de l’année, indépendamment du fardeau hérité du passé. En 2025, il ressort autour de 90 Md€ pour
un déficit total de 152,5 Md€.
Un excédent primaire, est-ce la même chose qu’un excédent budgétaire ?
Non. Un excédent primaire peut très bien coexister avec un déficit total si la charge d’intérêts dépasse
l’excédent dégagé. C’est exactement la situation vers laquelle tendent la plupart des trajectoires de
redressement européennes.
Le déficit primaire explique-t-il 92 % de la dette française ?
Non, ce 92 % porte sur le déficittotal, intérêts compris. La Cour des comptes écrit en juin
2025 que l’accumulation des déficits publics explique 92 % de la hausse de la dette entre 1978 et 2024, soit
2 976 Md€ sur 3 231 Md€. Lue en points de PIB et hors intérêts, la même période donne 57,4 points sur 91,6,
soit 62,7 % pour le seul déficit primaire. Les deux lectures ne se substituent pas et ne s’additionnent pas.
Quel solde primaire stabilise la dette publique ?
Celui qui égale l’écart entre le taux apparent de la dette et la croissance nominale, multiplié par le ratio
dette/PIB. Si le taux dépasse la croissance, il faut un excédent primaire pour seulement stabiliser le ratio.
Pour la France 2026, un point d’écart entre r et g fait passer d’un déficit primaire de 0,8 % du PIB toléré à
un excédent de 1,2 % exigé, soit environ 2 points de PIB d’effort.
Un pays a-t-il déjà tenu un excédent primaire de 5 % du PIB pendant dix ans ?
Oui, mais c’est une quasi-exception. Sur 113 fenêtres de dix ans étudiées par Barry Eichengreen et Ugo Panizza
en 2014, 3 seulement atteignent 5 % du PIB d’excédent primaire moyen : Belgique 1995-2004, Norvège 1999-2008
et Singapour 1990-1999. Les deux derniers cas, un pays pétrolier et une cité-État, ne sont pas transposables à
la France.
Le solde primaire structurel, c’est encore autre chose ?
Oui : c’est le solde primaire corrigé du cycle économique et des mesures exceptionnelles. Il mesure l’effort
« pur » des décisions budgétaires, indépendamment de la conjoncture. C’est la grandeur sur laquelle
s’expriment les trajectoires pluriannuelles européennes.
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