Maîtriser la dépense courante, préserver l’investissement productif, augmenter productivité et emploi, restaurer la confiance, réduire les dépenses inefficaces et réformer le droit budgétaire : six axes complémentaires déployés sur dix ans. Aucun d’eux ne suffit seul, et la page dit pourquoi.
≈ 89,6 Md€ de réduction du déficit pour stopper la hausse de la dette
Un plan de réformes ne se juge pas à sa longueur mais à la distance qu’il prétend parcourir. En 2025, le déficit public s’établit à 152,5 Md€, soit 5,1 % du PIB, après 169,1 Md€ et 5,8 % en 2024, et la dette publique atteint 115,6 % du PIB pour un encours de 3 460,5 Md€ (Insee, Informations rapides n° 78 du 27 mars 2026). Sur le même encours, la Cour des comptes et la publication trimestrielle de juin 2026 retiennent 115,7 points : un écart de dénominateur de 0,1 point, signalé ici plutôt que masqué. L’amélioration du déficit est réelle, mais elle vient d’abord des recettes : les prélèvements obligatoires ont progressé de 51,0 Md€ en 2025, dont environ 28 Md€ d’évolution spontanée à législation constante et 23 Md€ de hausses d’impôts, portant le taux de prélèvements obligatoires à 43,6 points de PIB selon l’Insee ; mesuré comme le fait Eurostat, crédits d’impôt non déduits (44,3 %), c’est le plus élevé de la zone euro (Cour des comptes, rapport du 25 juin 2026).
La question qui commande tout le reste est celle du point d’arrivée. Dans son rapport du 25 juin 2026 sur la situation et les perspectives des finances publiques, la Cour des comptes pose le calcul ainsi : pour stabiliser le ratio de dette à son niveau de 2024, il aurait fallu contenir le déficit 2025 à 62,9 Md€, et un effort supplémentaire de réduction du déficit de 89,6 Md€, soit 3,0 points de PIB, reste nécessaire pour interrompre la dégradation. Dans son édition de juin 2025, la même institution évaluait à environ 1,1 point de PIB l’excédent primaire durable nécessaire à la soutenabilité, un niveau que la France n’a plus atteint depuis près de vingt-cinq ans. Ces 89,6 Md€ ne sont pas une économie à répéter chaque année en plus de la précédente : ils décrivent un niveau de déficit à atteindre, puis à tenir.
À cette contrainte s’ajoute une charge qui ne se négocie pas. Les intérêts versés par l’ensemble des administrations publiques sont passés de 58,1 Md€ en 2024 à 64,7 Md€ en 2025, soit une hausse de 11,2 % en un an (Insee, Informations rapides n° 78, hors correction au titre des services d’intermédiation financière indirectement mesurés). La Cour des comptes retient 65,7 Md€ après 60,1 Md€, cette correction appliquée : les deux séries sont exactes dans leur périmètre et ne se remplacent pas. Chaque année de déficit supplémentaire accroît mécaniquement ce poste, qui vient ensuite en concurrence directe avec les dépenses que le plan cherche précisément à préserver. Le détail de ce mécanisme est traité dans la charge d’intérêts de la dette.
Pourquoi un paquet, et non un levier unique
Le débat public cherche régulièrement la mesure décisive : la fraude, les niches, les doublons territoriaux, la productivité. Les ordres de grandeur disponibles montrent qu’aucune de ces pistes, prise seule, ne couvre l’écart décrit plus haut. Le point de départ est massif : la dépense publique s’établit à 1 694,0 Md€ en 2025, soit 56,6 points de PIB hors crédits d’impôt (1 714,2 Md€ et 57,3 % du PIB en les incluant, selon l’Insee), encore 2,0 points au-dessus de son niveau d’avant-crise alors même que la plupart des mesures exceptionnelles de 2020-2023 ont pris fin, ce que la Cour des comptes appelle un effet de cliquet (rapport du 25 juin 2026).
Les revues de dépenses. Ce sont les évaluations programme par programme censées identifier les économies. Le rendement des exercices de ce type est resté modeste : la révision générale des politiques publiques lancée en 2007 est créditée d’une réduction d’environ 4 Md€ de la masse salariale en cinq ans, pour quelque 136 000 postes supprimés, et les revues de dépenses instituées en 2014 ont documenté moins de 500 M€ au projet de loi de finances pour 2016, environ 400 M€ pour 2017. L’effort attendu relève d’un autre ordre de grandeur : la Cour des comptes l’évalue à 35 Md€ en 2027 pour revenir à la trajectoire du programme structurel de moyen terme, et à 85 Md€ pour ramener le déficit à 2,8 points de PIB en 2029 (rapport du 25 juin 2026). L’outil n’est pas inutile, il n’a simplement jamais été employé sur un périmètre ni sur une durée à la mesure de l’écart. Voir quelles dépenses réduire.
Une précision de méthode, avant tout chiffrage d’économies. Ces 35 et 85 Md€ ne sont pas mesurés par rapport à un tendanciel de la dépense. La Cour écarte explicitement cette notion, qu’elle juge théorique et inobservable en pratique, et compare la trajectoire prévue à la croissance annuelle moyenne de la dépense publique hors charge de la dette observée pendant les cinq années d’avant-crise, soit +1,0 % en volume sur 2015-2019. Le Gouvernement, lui, raisonne à politique inchangée, en tenant compte des dispositions déjà adoptées. Deux méthodes, deux montants d’économies possibles pour une même trajectoire : c’est la première raison pour laquelle les chiffres cités dans le débat ne se comparent pas entre eux.
Les dépenses fiscales. Elles atteignent 91,83 Md€ estimés pour 2025 et 89,40 Md€ au chiffrage définitif pour 2024, soit 3,07 % du PIB, pour environ 470 dispositifs (Cour des comptes, note d’analyse de l’exécution budgétaire 2025, avril 2026). Le montant impressionne, mais la structure interdit les raccourcis : vingt-deux dispositifs dépassant chacun 1 Md€ portent à eux seuls près de 60 % du coût, et une partie correspond à des politiques assumées. Voir les niches fiscales.
L’emploi et la productivité. Le taux d’emploi des 55-64 ans atteint 61,7 % en France en 2025, contre 66,4 % en moyenne dans l’Union européenne à 27, soit un écart de 4,7 points (Eurostat, série lfsi_emp_a ; en 2024 : 60,3 % contre 65,2 %). L’écart se concentre sur les dernières années précédant l’âge d’ouverture des droits. Il faut dire aussitôt ce qui n’est pas connu : aucune administration française ne publie le gain budgétaire d’un rattrapage, et l’ordre de grandeur souvent avancé, de 5 à 7 Md€ de cotisations supplémentaires pour dix points d’emploi senior, est une estimation, jamais une recette acquise. Du côté de la production, la productivité du travail par tête reste inférieure de 4,3 points à sa tendance d’avant-crise en 2025, sur données révisées (Insee, mai 2026), et cet écart revient à 2,4 points une fois neutralisés les alternants et les micro-entrepreneurs. Ces deux écarts agissent sur le dénominateur du ratio dette sur PIB et sur l’assiette des recettes, mais leur effet se déploie sur une décennie.
🟥 Ordre de grandeur débattuTrois grandeurs qui ne s’additionnent pas
Une économie de revue de dépenses, un coût de niche fiscale et un gain de productivité relèvent de trois méthodologies différentes, avec des périmètres, des horizons et des degrés de certitude incomparables. Les additionner produirait un total flatteur et faux. Cette page donne donc une hiérarchie de leviers ; le total qui s’additionne sans double compte, recettes et économies budgétaires annuelles, figure dans le plan chiffré.
Phase 1 (2026-2027) : vérité budgétaire et arrêt de la dérive
La première phase ne produit presque pas d’économies. Elle produit de l’information, sans laquelle les phases suivantes se décident à l’aveugle. C’est l’argument constant de la Cour des comptes lorsqu’elle relève que les évaluations prescrites par le législateur restent trop rares et recommande leur programmation systématique.
Tableau complet de la dette : dette brute et nette, déficit total et primaire, charge d’intérêts, solde stabilisant, engagements hors bilan, dépenses fiscales, coût intergénérationnel. Publier ces sept grandeurs ensemble empêche de citer la plus favorable.
Revue des dépenses : 10 % des programmes évalués chaque année (objectifs, coût, bénéficiaires, résultats), avec suppression ou transformation à la clé. Voir le budget base zéro.
Niches fiscales : inventaire complet, coût par bénéficiaire, date d’extinction obligatoire, suppression des dispositifs jamais évalués. Sur les quelque 470 dispositifs recensés, une partie seulement fait l’objet d’un chiffrage individuel fiable, et certains n’ont pas été évalués depuis leur création.
Fraude : TVA, prestations, cotisations, contrôle fiscal, avec ciblage algorithmique sous contrôle humain et recouvrement accéléré. Le point à surveiller est l’écart entre montants notifiés et montants encaissés, qui ne se confondent pas. Voir les chiffres réels de la fraude.
Commande publique : coût global sur la durée de vie, publication ouverte des avenants, base nationale de prix, cahiers des charges orientés qualité. Voir la commande publique.
Phase 2 (2028-2030) : réduire le déficit structurel
La deuxième phase agit sur les postes qui portent la dynamique de la dépense : santé, retraites, logement, éducation. Ce sont aussi ceux où une coupe mal calibrée déplace la dépense au lieu de la réduire.
Prévention des maladies chroniques, articulation ville-hôpital, déserts médicaux, santé mentale des jeunes, contrôle des dépenses indues. La logique est de substituer de la dépense évitée à de la dépense coupée : une pathologie prise en charge tardivement coûte davantage qu’une prise en charge précoce, mais le retour est différé de plusieurs années. Voir les maladies chroniques.
Emploi des seniors, retraite progressive, cumul emploi-retraite, prise en compte de la pénibilité réelle. L’écart de 4,9 points avec la moyenne de l’Union européenne sur le taux d’emploi des 55-64 ans est bien documenté, mais son rendement budgétaire ne l’est pas : un report d’âge sans emploi disponible déplace la dépense vers le chômage ou l’invalidité plutôt qu’il ne l’économise. Voir l’emploi des seniors.
Mobilité volontaire dans les grandes maisons sous-occupées, construction et transformation en zones tendues, régulation des meublés touristiques. Le logement agit ici moins par la dépense publique directe que par ses effets sur la mobilité de la main-d’œuvre et sur la natalité. Voir logement et natalité.
Lecture et calcul au primaire, redressement en mathématiques, lutte contre le décrochage, orientation vers les métiers en tension. C’est le levier dont l’effet budgétaire est le plus lent et le mieux établi dans la littérature : il passe par le niveau de qualification, donc par les salaires, donc par l’assiette fiscale et sociale sur toute une vie active. Voir le coût caché du décrochage.
La troisième phase ne travaille plus le numérateur mais le dénominateur. Un ratio de dette se réduit par le solde budgétaire, par la croissance nominale, ou par les deux. Les mesures ci-dessous relèvent de la seconde voie et ne produisent d’effet qu’une fois la trajectoire de déficit maîtrisée.
Diffusion de l’intelligence artificielle dans les PME, robotisation, management de terrain, simplification administrative. L’écart de 4,3 points à la tendance d’avant-crise mesuré par l’Insee pour 2025 s’explique en partie par la composition de l’emploi : les alternants et les micro-entrepreneurs, comptés comme des emplois entiers pour une production ou une durée de travail plus faibles, pèsent sur la moyenne, et en les neutralisant l’écart revient à 2,4 points. Le décrochage est donc plus limité que ne le suggère le chiffre agrégé, et une part de ce qu’il mesure est un investissement en formation, pas une perte. Voir productivité et dette.
Industrie
Filières souveraines, énergie compétitive, disponibilité du foncier et des raccordements, capacité d’export. L’enjeu budgétaire passe par la balance commerciale et par les recettes d’activité, pas par une subvention qui se transformerait en dépense permanente. Voir réindustrialisation.
Règle d’or, office indépendant de qualification, coût intergénérationnel documenté, clause d’extinction pour tout dispositif nouveau. Sans ce dernier étage, les phases 1 et 2 se défont au premier changement de majorité. Voir le droit budgétaire.
Matrice prioritaire
La colonne « effet dette » est une échelle qualitative, pas un chiffrage. Elle combine l’ampleur du gisement, la probabilité que l’effet se matérialise et sa persistance. Un effet noté « très fort » mais à horizon de vingt ans ne remplace pas un effet « fort » disponible en cinq ans : les deux colonnes se lisent ensemble.
Austérité brutale : une consolidation trop concentrée dans le temps réduit l’activité, donc les recettes, et peut dégrader le ratio qu’elle prétend améliorer.
Hausse générale d’impôts sans réforme de la dépense : après les mesures de recettes de 2025 et 2026, la Cour des comptes plaide pour un ajustement fondé davantage sur la maîtrise de la dépense.
Croire que la fraude seule règle tout : les montants notifiés et les montants effectivement encaissés diffèrent fortement, et seul le second alimente le budget.
Réformer les retraites sans plan emploi senior : sans emploi disponible, le report d’âge déplace la dépense vers d’autres guichets.
Subventionner la transition énergétique sans contrat de performance : la rénovation au geste plutôt qu’au résultat mesuré est le cas d’école.
Numériser sans simplifier d’abord : dématérialiser une procédure inutile la rend plus rapide, pas moins coûteuse.
Réindustrialiser sans compétences, énergie ni foncier : les trois contraintes se manifestent avant l’ouverture du site, pas après.
Ce que ce plan ne promet pas
Trois réserves méritent d’être posées d’emblée. D’abord, seul ce qui est de même nature est additionné : le plan chiffré totalise 29,9 à 70,4 Md€ par an de recettes et d’économies budgétaires ; les gains de productivité ou d’emploi décrits ici relèvent d’autres méthodologies et n’y sont pas ajoutés. Ensuite, la plupart des effets sont décalés : la prévention en santé, l’éducation ou la productivité produisent leurs recettes dix à vingt ans après la décision, alors que la charge d’intérêts, elle, court immédiatement.
Enfin, l’efficacité de la dépense compte autant que son montant. Le Fonds monétaire international, dans son Fiscal Monitor d’octobre 2020 et à partir de l’évaluation de 134 pays, estime la perte moyenne d’efficience de l’investissement public à environ 30 % de sa valeur potentielle, dont 13 % pour les seules économies avancées, et considère qu’un renforcement des institutions de gestion pourrait combler jusqu’aux deux tiers de cet écart. Autrement dit, une part significative du rendement d’un plan tient à sa mise en œuvre, pas à son contenu affiché.
Questions fréquentes
Combien faut-il économiser pour stabiliser la dette française ?
La Cour des comptes chiffre l’ordre de grandeur : un effort supplémentaire de réduction du déficit de 89,6 Md€, soit 3,0 points de PIB, reste nécessaire pour interrompre la hausse du ratio de dette (rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026). Ce n’est pas une économie à répéter chaque année en plus de la précédente : c’est un niveau de déficit à atteindre, puis à tenir, ce qui explique qu’aucun plan sérieux ne se déroule sur moins de cinq ans.
Pourquoi un paquet de réformes plutôt qu’une seule grande réforme ?
Parce qu’aucun levier isolé n’a la masse critique. La Cour des comptes évalue l’effort d’ajustement à 35 Md€ en 2027 pour revenir à la trajectoire du programme structurel de moyen terme, et à 85 Md€ pour ramener le déficit à 2,8 points de PIB en 2029 (rapport du 25 juin 2026). Aucun des exercices d’économies conduits depuis 2007 n’a jamais approché ces montants, ce qui rend le paquet inévitable.
Combien rapportent réellement les revues de dépenses ?
Beaucoup moins que ce que le débat public suppose. Les revues instituées en 2014 ont documenté moins de 500 M€ d’économies au projet de loi de finances pour 2016 et environ 400 M€ pour 2017, et la révision générale des politiques publiques lancée en 2007 est créditée d’une réduction d’environ 4 Md€ de la masse salariale en cinq ans. Ces montants ne disqualifient pas l’outil : ils indiquent qu’il n’a jamais été employé sur un périmètre ni sur une durée à la mesure de l’écart à combler.
Supprimer les niches fiscales suffirait-il à réduire la dette ?
Non, et la structure du coût explique pourquoi. Les dépenses fiscales représentent 91,83 Md€ estimés pour 2025 (Cour des comptes, avril 2026), mais vingt-deux dispositifs dépassant chacun 1 Md€ portent environ 60 % du total. Raboter des centaines de petits dispositifs déplacerait quelques centaines de millions d’euros, pas des dizaines de milliards, et une partie de ces niches finance des politiques assumées.
Pourquoi la productivité et l’éducation figurent-elles dans un plan de dette ?
Parce que le ratio dette sur PIB a un dénominateur. La productivité du travail par tête reste inférieure de 4,3 points à sa tendance d’avant-crise en 2025 sur données révisées (Insee, mai 2026), écart qui revient à 2,4 points une fois neutralisés les alternants et les micro-entrepreneurs. L’effet sur la dette est réel mais lent : il passe par la croissance potentielle et l’assiette des recettes, sur dix à vingt ans, pas sur un exercice budgétaire.
Ce plan est-il chiffré au total ?
Oui, mais seulement pour ce qui s’additionne honnêtement. Le plan chiffré mesure par mesure totalise 29,9 à 70,4 Md€ par an de recettes récupérées et de dépenses supprimées, des montants budgétaires annuels de même nature, chacun avec sa source. Les gains de productivité, d’emploi ou de prévention, mesurés par d’autres méthodes et sur d’autres horizons, n’y sont pas ajoutés.