Actualité décryptée
Inaction climatique : ce que signifie le chiffre de 3,6 % du PIB en 2050
Le ministère de l'Économie a présenté une note estimant que l'inaction climatique amputerait le PIB français de 3,6 % en 2050, et le déficit public de 1,8 point.
Le contexte en quelques mots
Derrière l'alerte se cache un mécanisme bien plus intéressant que le chiffre : celui qui relie le climat, la croissance et la dette.
Repères actuels pour comparer
Explorer →Ces agrégats servent de comparaison. Ils ne mesurent pas le coût propre du sujet ou de l’opération décrite sur cette page.
Stocks de dette · 2026
Dette publique projetée
Stock projeté
Base 2025 : 3 460 465 100 000 €. Rythme reconduit, sans mesure quotidienne.
Stock public de référence prolongé selon le rythme du compteur principal.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
Dans cette analyse 7 sections
Bercy publie une note qui chiffre le coût de l'inaction climatique
Vendredi 11 septembre 2026, le ministre de l'Économie Roland Lescure a présenté une note de la Direction générale du Trésor sur le coût du changement climatique d'ici 2050.
Selon ce document, relaté par Ouest-France, le PIB français serait, en cas d'inaction, inférieur de 3,6 % en 2050 à ce qu'il serait autrement, un coût jugé « significatif pour l'économie ».
La note chiffre aussi un effet budgétaire : sans mesures supplémentaires d'adaptation ni de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le déficit public se dégraderait de 1,8 point de PIB en 2050, précisent Le Monde et l'AFP.
Le ministre a réuni à cette occasion des représentants de filières, du patronat et des syndicats, et lancé des groupes de travail sur le financement et les entreprises.
« L'inaction n'est pas une option »
La note souligne elle-même que l'ampleur du coût pour les finances publiques dépendra de la trajectoire de réchauffement, des politiques d'adaptation et des choix futurs de prise en charge publique des impacts.
Ces trois conditions sont essentielles pour lire le chiffre correctement.
Repères
La note s'appuie sur les scénarios du NGFS, un réseau international de banques centrales et de superviseurs financiers qui élabore des trajectoires climatiques servant de cadre de référence commun.
Ces scénarios ne sont pas des prédictions, mais des hypothèses cohérentes à partir desquelles on calcule.
Le climat atteint la dette par la croissance, pas seulement par la dépense
Le mécanisme part de la production. Le réchauffement pèse sur la capacité de l'économie à produire : la note cite notamment la baisse de la productivité au travail, c'est-à-dire la quantité produite par heure travaillée, diminuée par les fortes chaleurs. L'agriculture, l'énergie et les transports sont aussi exposés, comme le rappelle la dépêche de l'AFP reprise par France 24.
Un PIB plus faible creuse le déficit
Deuxième étape : un PIB plus faible creuse le déficit public, c'est-à-dire l'écart annuel entre ce que l'État prélève et ce qu'il dépense. Des recettes fiscales plus faibles, davantage de dépenses de réparation après les événements extrêmes et des indemnisations plus fréquentes dégradent le solde. C'est le 1,8 point de PIB annoncé pour 2050.
La dette se dégrade par les deux bouts
Troisième étape : chaque déficit annuel s'ajoute au stock de dette. Et le ratio dette sur PIB se dégrade par les deux bouts, puisque la dette augmente pendant que le PIB ralentit, comme l'explique notre page sur le ratio dette sur PIB.
C'est ce double effet qui explique qu'une note sur le climat soit publiée par un ministère des Finances, et non seulement par un ministère de l'Environnement.
3,6 % du PIB, cela vaut aujourd'hui environ 108 milliards d'euros
Traduisons en euros, avec les données de notre compteur de dette. Appliqué au PIB nominal de référence retenu par le site, 2 993,5 milliards d'euros, un écart de 3,6 % représente environ 108 milliards d'euros produits en moins chaque année.
108 milliards, situés face au déficit et par habitant
Le chiffre de 108 milliards correspond à peu près aux deux tiers du déficit public annuel retenu dans la projection du site, soit 152,5 milliards d'euros par an selon notre méthodologie.
Rapporté par habitant, cela ferait environ 1 560 euros de richesse annuelle en moins pour chacun des 68 882 600 habitants recensés par le site. Ce sont des équivalences d'aujourd'hui, utilisées pour situer l'ordre de grandeur.
- Déficit public annuel projeté : 152,5 Md€
- Écart de 3,6 % de PIB en euros d'aujourd'hui : 108 Md€
Source : Projection du site (méthodologie)
L'effet budgétaire : 54 milliards par an
L'effet budgétaire de 1,8 point de PIB vaut, dans les mêmes conditions, environ 54 milliards d'euros de déficit supplémentaire par an, soit un tiers du déficit actuel, ou encore 80 % de la charge d'intérêts de l'État projetée pour 2026, 67 milliards d'euros selon la projection du site.
À l'échelle d'une année budgétaire, comme l'illustre notre page sur la charge d'intérêts, ce n'est pas un arrondi : c'est un poste majeur.
- Charge d'intérêts de l'État projetée pour 2026 : 67 Md€
- Effet budgétaire de 1,8 point de PIB : 54 Md€
Source : Projection du site pour 2026
Le signal de 2026 est déjà observable, et il va dans le sens de la note
Un élément distingue cette note d'une pure projection : le choc qu'elle anticipe a commencé à se manifester. Le gouvernement a concédé début septembre que la canicule et la sécheresse de 2026 coûtent 0,1 point de croissance cette année, en raison de la baisse de la production agricole, et a abaissé sa prévision de croissance 2026 à 0,5 %, rapporte l'AFP.
Ce point est constaté dans les comptes prévisionnels, à la différence du chiffre de 2050, qui est modélisé.
À l'échelle européenne, le patron de l'ONU Climat Simon Stiell a cité, à Bruxelles, une étude évaluant le coût des phénomènes extrêmes de l'été 2026 à 180 milliards d'euros pour l'Europe, soit environ 1 % du PIB européen.
Le chiffre
Un million de secondes fait onze jours, un milliard de secondes fait trente-deux ans. À l'échelle budgétaire : 1 milliard d'euros représente environ 0,7 % du déficit annuel retenu par notre compteur.
Ce que dit la recherche sur climat, finances publiques et croissance
L'OCDE a posé le cadre de référence en 2022 dans un rapport sur la résilience financière face au climat : la fréquence croissante des événements extrêmes crée des risques budgétaires pour les États, via les dépenses de secours, de reconstruction et les pertes d'assiette fiscale, et les gouvernements doivent identifier et chiffrer ces risques (OCDE, 2022).
La note du Trésor s'inscrit directement dans cette démarche d'évaluation des risques fiscaux climatiques.
Dépenser pour s'adapter freine ou soutient-il l'économie ?
Sur cette question, les travaux divergent. Les recherches de l'OFCE sur l'investissement public montrent que ses effets sur la croissance varient du simple au double selon la sélection et la gouvernance des projets.
Une hausse de 1 % du PIB d'investissement public générerait, sous ces conditions, environ 1,1 % de PIB en plus à trois ans (Cornilleau et al., OFCE, 2016). L'adaptation peut donc être un coût ou un investissement, selon les projets.
Le FMI a étudié des instruments croisant dette et climat, comme les conversions de dette contre investissements climatiques, et conclut qu'ils restent des outils de seconde ligne, inférieurs aux subventions conditionnelles dans la plupart des cas, mais utiles dans des configurations étroites (Chamon et al., FMI, 2022).
Les objections sérieuses : incertitude des modèles et arbitrage adapté
Un chiffre, pas un constat
Première limite : la nature du chiffre. Les 3,6 % et les 1,8 point sont des estimations issues d'un modèle appliqué à des scénarios, sur un horizon de vingt-quatre ans. Ce ne sont ni des observations ni des constats.
La note elle-même conditionne son résultat à trois facteurs, ce qui est une marque de prudence, mais rend le chiffre inutilisable sans ses hypothèses.
Les fonctions de dommage en débat
Deuxième limite : les fonctions de dommage, c'est-à-dire les relations chiffrées entre réchauffement et perte économique, font l'objet de débats dans la littérature économique.
Les discussions portent notamment sur les effets des points de réchauffement intermédiaires et les capacités d'adaptation spontanée des économies.
Les travaux ne permettent pas de trancher finement la valeur exacte du coût à cet horizon ; ce que la recherche établit plus solidement, c'est l'existence et le sens du mécanisme, pas son amplitude précise.
S'adapter coûte aussi
Troisième objection, qui va contre l'intuition dominante : s'adapter coûte aussi. La dépêche de l'AFP observe que le gouvernement a diminué à la rentrée un plan de rénovation thermique des écoles.
laisser une dette climatique intenable
Le vrai débat n'est pas « agir ou ne pas agir », mais quels investissements, financés par qui, avec quel rendement évité. C'est un arbitrage, pas une évidence.
Deux niveaux de certitude à ne pas confondre
Enfin, une distinction de logique s'impose. Que le déficit creusé s'accumule dans la dette relève de l'identité comptable : c'est vrai par construction, comme l'explique notre page sur le déficit public.
Que le climat creuse le déficit de 1,8 point en 2050 relève de l'hypothèse modélisée. Confondre les deux niveaux de certitude serait l'erreur principale à éviter en lisant cette note.
Ce qui est acquis, ce qui ne l'est pas, et la question suivante
Est acquis : le mécanisme comptable qui relie un PIB plus faible à un déficit plus lourd puis à une dette plus élevée, la réalité des canaux de transmission observés dès 2026, et l'existence d'un cadre international de scénarios porté par les banques centrales.
Sur ces points, la note du Trésor ne dit rien que la recherche ne documente déjà.
Reste incertain : l'amplitude exacte du choc, très dépendante des hypothèses, et le coût net de l'adaptation, que la note ne chiffre pas dans les dépêches disponibles.
On ne sait pas encore, par exemple, quelle part des dommages serait effectivement prise en charge par les finances publiques plutôt que par les assurances, les entreprises ou les ménages. C'est pourtant cette clé de répartition qui déterminera l'effet budgétaire réel.
La question utile pour la suite n'est donc pas « faut-il croire le chiffre de 3,6 % ? », mais : si une part importante des dommages climatiques finit sur le budget de l'État, comment s'articule-t-elle avec une dette déjà projetée à plus de 118 % du PIB selon notre compteur, et avec une charge d'intérêts déjà le premier poste sensible du budget, comme le détaille notre analyse de la soutenabilité de la dette ?
C'est à cet arbitrage-là que les débats budgétaires annoncés vont se confronter.
Méthode et fraîcheur des chiffres Projection pédagogique
Les montants de l’année en cours cités dans cet article sont des projections calculées à partir du dernier point officiel, selon la convention du compteur du site. Base officielle : 3 460,5 Md€ fin 2025 (INSEE). Projection linéaire ensuite à partir d'un déficit public de 152,5 Md€ par an.
Le détail figure sur la page Méthodologie.
Sources
- Ouest-France, « En cas d'inaction, le changement climatique pourrait amputer le PIB français de 3,6 % en 2050, annonce Bercy » (presse)
- Le Monde (avec AFP), « Le PIB français pourrait chuter de 3,6 % en 2050 en cas d'inaction climatique » (presse)
- France 24 (AFP), « L'inaction en matière climatique risque d'avoir un coût majeur sur le PIB, prévient Bercy » (presse)
- Libération, « En cas d'inaction climatique le PIB français pourrait être amputé de 3,6 % en 2050, prévient Bercy » (presse)
- OCDE, « Building Financial Resilience to Climate Impacts » (2022) (travail de recherche)
- Gérard Cornilleau et al., « Investissement public, capital public et croissance », OFCE (2016) (travail de recherche)
- Marcos Chamon et al., « Debt-for-Climate Swaps: Analysis, Design, and Implementation », FMI (2022) (travail de recherche)