Préjudices estimés
Fraude fiscale : vue par impôt
La France ne dispose pas d’un chiffrage officiel global et consolidé de la fraude fiscale.
Les domaines documentés →Données du 6 novembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
La fraude fiscale réduit les recettes publiques, abîme le consentement à l’impôt et nourrit la défiance civique.
Mais il faut distinguer montants estimés, montants détectés, montants notifiés et montants réellement encaissés. Sans cette distinction, le débat devient vite spectaculaire… et faux.
| Notion | Définition | Traitement |
|---|---|---|
| Fraude fiscale | Violation délibérée de la loi pour éluder l’impôt | Contrôle, redressement, pénalités, parfois pénal |
| Optimisation agressive | Montage légal ou à la limite du légal exploitant des failles | Réforme des règles, coopération internationale |
| Erreur déclarative | Erreur matérielle ou mauvaise compréhension de la règle | Correction, régularisation |
| Dépense fiscale | Réduction, crédit ou exonération voté par la loi | Évaluation politique, pas redressement |
Une niche fiscale n’est pas une fraude. Un crédit d’impôt mal conçu n’est pas une fraude non plus : c’est une dépense fiscale ou une politique publique contestable.
L’administration elle-même ne fait pas toujours cette distinction
Seuls les contrôles sur place séparent la fraude de l’erreur : 4,4 Md€ de fraudes contre 5,0 Md€ d’irrégularités involontaires en 2024. Pour les contrôles sur pièces, pourtant les plus nombreux, ni le montant de fraude ni celui des irrégularités involontaires ne sont connus. Conséquence directe : quand on cite « les résultats du contrôle fiscal », on cite un agrégat où la fraude et l’erreur sont mélangées. Cour des comptes, décembre 2025
La France ne produit cette ventilation pour aucun impôt. Le Royaume-Uni, lui, décompose son écart fiscal par comportement, ce qui donne la seule mesure disponible du poids relatif de la fraude, de l’erreur et de l’optimisation dans ce qui manque à un budget national. Sur 59,2 Md£ d’écart fiscal en 2024-2025 :
| Comportement | Montant | Part |
|---|---|---|
| Défaut de diligence raisonnable | 20,8 Md£ | 35 % |
| Erreur | 9,3 Md£ | 16 % |
| Évasion illégale | 7,1 Md£ | 12 % |
| Divergence d’interprétation juridique | 6,9 Md£ | 12 % |
| Non-paiement | 5,7 Md£ | 10 % |
| Attaques criminelles organisées | 5,0 Md£ | 8 % |
| Économie souterraine | 3,6 Md£ | 6 % |
| Optimisation abusive | 0,8 Md£ | 1 % |
Les trois quarts de ce qui manque ne sont pas de la fraude
La fraude au sens strict, c’est-à-dire l’évasion illégale, les attaques criminelles organisées et l’économie souterraine, pèse 15,7 Md£, soit 26,5 % de l’écart fiscal britannique. Tout le reste relève de la négligence, de l’erreur, du désaccord juridique ou de l’incapacité à payer.
Deux réserves à porter avec le chiffre. Ce sous-total additionne trois postes d’une même table et d’une même nature, l’opération est donc licite, mais HMRC ne le publie pas tel quel : c’est un calcul de reconstitution. Et il ne se transpose pas à la France, qui ne mesure pas son écart fiscal : ces proportions décrivent le Royaume-Uni, pas le cas français. Nature : estimé. Statut : constaté.
Source : HMRC, Measuring tax gaps 2026 edition, table 7.1.
Ordre de grandeur théorique souvent large, dépendant de modèles, d’hypothèses et de périmètres différents.
Fraude repérée par l’administration ou les organismes de contrôle.
Montant officiellement redressé après procédure, avant contentieux éventuel.
Somme effectivement recouvrée, après délais, recours, insolvabilités et prescriptions.
En 2025, la DGFiP a notifié 17,1 Md€ de droits et pénalités et encaissé 11,4 Md€. Le montant encaissé est stable par rapport à 2024.
Notifications et encaissements ne suivent pas forcément les mêmes créances : des paiements de 2025 peuvent correspondre à des contrôles antérieurs. Leur quotient ne mesure donc pas le taux de récupération des seules notifications 2025 ; ces deux flux ne s’additionnent pas.
Sources : DGFiP, bilan 2025 publié le 7 avril 2026 ; Sénat, rapport n° 736, annexe 15, partie B.2.a, 17 juin 2026.
Les fourchettes de 60 à 100 Md€ par an qui circulent dans le débat public n’ont aucun statut établi. Dans son rapport public thématique du 16 décembre 2025, la Cour des comptes constate que la France ne produit aucun chiffrage officiel de l’écart fiscal ni de la fraude fiscale, et refuse explicitement d’arbitrer entre les montants qui circulent : « Nul ne peut aujourd’hui se hasarder à affirmer que ce montant est proche de 30 ou de 130 Md€ sur un total de prélèvements obligatoires de 1 268 Md€ en 2024. »
Formulation exacte : il n’existe pas d’estimation officielle française de la fraude fiscale, et l’ordre de grandeur est inconnu à environ 100 Md€ près. Ce n’est pas un montant estimé, c’est un constat d’absence de mesure. Le détail des trois seuls chiffrages français existants, tous anciens et contestés, figure sur la page fraude fiscale, les chiffres réels.
Rapporté aux recettes fiscales, le rendement du contrôle a reculé d’environ un tiers en dix ans, et la Cour des comptes indique ne pas pouvoir l’expliquer, faute justement d’estimation de l’écart fiscal.
| Indicateur | 2015 | 2024 |
|---|---|---|
| Résultats du contrôle fiscal (droits et pénalités mis en recouvrement, périmètre Cour des comptes, euros courants) | 21,2 Md€ | 20,1 Md€ |
| Recettes effectivement encaissées au titre du contrôle | 12,2 Md€ | 11,4 Md€ |
| Résultats rapportés aux recettes fiscales | 4,3 % | 2,8 % |
| Recettes fiscales brutes | en base | 718 Md€, soit +44 % |
Deux lectures restent ouvertes et il faut les poser côte à côte : soit la fraude recule, soit le contrôle décroche. Faute d’écart fiscal mesuré, personne ne peut trancher. Le ministre chargé des comptes publics conteste d’ailleurs formellement cette lecture dans sa réponse annexée au rapport, en excluant l’année 2020 et le service de traitement des déclarations rectificatives, et retient une progression continue de 13,5 Md€ en 2019 à 20 Md€ en 2024 (le détail de ce désaccord).
Source du tableau et des deux lectures : Cour des comptes, La lutte contre la fraude fiscale, rapport public thématique, 16 décembre 2025, p. 18-19 et 24, et réponse annexée du ministre chargé des comptes publics. Montants en euros courants, non corrigés de l’inflation. Les lignes « mis en recouvrement » et « encaissées » relèvent de deux colonnes distinctes et ne s’additionnent pas. Le périmètre de la Cour inclut les intérêts de retard et les taxes et crédits d’impôt non remboursés (3,38 Md€ en 2024) : il ne se compare pas aux 17,1 Md€ de droits et pénalités notifiés par la DGFiP en 2025, hors crédits non remboursés. Sur ce dernier périmètre, 2024 vaut environ 16,7 Md€ (14,04 Md€ de droits nets rappelés et 2,64 Md€ de pénalités et d’intérêts de retard), et 2025 est en hausse de 2,8 % selon le Sénat. Cour des comptes, décembre 2025
Les domaines ci-dessous séparent pertes estimées et bilans de contrôle. Le total fiscal reste non établi ; les affaires historiques ne s’ajoutent pas aux bases annuelles.
Comprendre les pertes de recettes
Recettes éludées, prestations indues, coûts et récupération : chaque montant garde son périmètre. Les pertes annuelles estimées avancent depuis janvier ; les affaires historiques et les bilans de contrôle restent datés.
Préjudices estimés
La France ne dispose pas d’un chiffrage officiel global et consolidé de la fraude fiscale.
Les domaines documentés →Préjudices estimés
Cumul estimé depuis janvier 2026
6 Md€ à 10 Md€ par an · Base 2019
DGFiP Analyses n° 7, septembre 2024 ↗
Sous-déclarations des entreprises déposant des déclarations de TVA ; fraude et erreurs ne sont pas séparées.
Rattachement thématique : ce montant sert à illustrer.
Champ incomplet : les défaillants déclaratifs, la franchise et certains remboursements sont exclus. Le biais de détection n’est pas intégralement corrigé.
Sous-déclarations des entreprises déposant des déclarations de TVA ; fraude et erreurs ne sont pas séparées.
Le montant annuel de référence est reconduit à rythme constant pour l’année en cours, puis multiplié par la fraction exacte de l’année écoulée. Cette convention illustre une échelle ; elle ne prédit pas le montant effectivement constaté en fin d’année.
Publication : 2024-09-03.
Rattachement thématique : ce montant sert à illustrer.
L’animation illustre un rythme reconduit. Sa précision reste celle de la base annuelle.
Préjudices estimés
Aucune estimation globale comparable n’a été établie dans les sources retenues pour ce domaine.
Les domaines documentés →Préjudices estimés
Cumul estimé depuis janvier 2026
13,64 Md€ par an · Base 2022
EU Tax Observatory, Atlas of the Offshore World ↗
Perte de recettes d’IS modélisée par l’EU Tax Observatory, données 2022 converties en euros.
Rattachement thématique : ce montant sert à illustrer.
Les bénéfices déplacés ne sont pas tous de la fraude illégale. La totalité de cette perte modélisée n’est pas nécessairement récupérable par une réforme.
Perte de recettes d’IS modélisée par l’EU Tax Observatory, données 2022 converties en euros.
Le montant annuel de référence est reconduit à rythme constant pour l’année en cours, puis multiplié par la fraction exacte de l’année écoulée. Cette convention illustre une échelle ; elle ne prédit pas le montant effectivement constaté en fin d’année.
Rattachement thématique : ce montant sert à illustrer.
L’animation illustre un rythme reconduit. Sa précision reste celle de la base annuelle.
Un total et ses composantes ne s’additionnent pas. Les années et méthodes peuvent différer. Tous les domaines et métiers →
Fiscalité et offshore
Qualification : CumEx : condamnations allemandes confirmées en 2021 ; CumCum : estimation et procédures distinctes
CumEx et CumCum recouvrent des mécanismes différents autour de la fiscalité des dividendes. Le BGH a confirmé des condamnations allemandes pour remboursements indus ; le chiffre français cité reste une estimation historique. CORRECTIV décrit aussi des arbitrages utilisant des certificats ADR. Ce dossier relie ces familles sans additionner préjudices étrangers, estimations françaises et sanctions bancaires, ni transformer des cumuls anciens en pertes annuelles.
Faits : 2000-2020 France ; 2007-2011 CumEx allemand ; 2009-2020 ADR
Lire le dossier →Fiscalité et offshore
Qualification : Mise en examen et contrôle judiciaire ; présomption d'innocence, accusations contestées
Gandhi Djuna, dit Gims ou Maître Gims, a été mis en examen en mars 2026 et placé sous contrôle judiciaire dans une instruction française. L'AFP distingue l'artiste du réseau international dont les flux sont estimés. Le projet immobilier marocain cité ne fixe pas une perte fiscale française. La fiche présente les soupçons et leur contestation, avec présomption d'innocence et sans condamnation personnelle affirmée.
Faits : Réseau présumé depuis 2014 ; information ouverte juin 2023 ; étapes personnelles mars 2026
Lire le dossier →Fiscalité et offshore
Qualification : Fraude documentée institutionnellement ; préjudice historique estimé
La fraude à la TVA sur quotas carbone a touché la France et d'autres pays européens en 2008 et 2009. La Cour des comptes documente un préjudice français estimé, tandis que le Sénat rapporte un périmètre européen plus large. Ces sommes décrivent des pertes historiques, pas des recettes recouvrées. Le dossier explique le défaut de reversement sans transformer l'affaire en montant annuel actuel.
Faits : Septembre 2008-juin 2009
Lire le dossier →Enquête sur les arbitrages de dividendes CumCum et leur lien français, à distinguer de CumEx. Une estimation historique sur 2000 à 2020 n’est ni un montant annuel ni une recette recouvrée.
Au contrôle du 8 octobre 2026, YouTube indiquait la vidéo lisible et intégrable en France. La lecture effective dans une iframe et la disponibilité actuelle restent non vérifiées.
Métadonnées contrôlées le 8 octobre 2026. Description et métadonnées YouTube examinées. Transcription de la version Dailymotion des Echos consultée, sans synchronisation audiovisuelle vérifiée. Aucun visionnage ni minutage validé.
Lecteur YouTube en mode de confidentialité renforcée, chargé seulement à l’approche de la vidéo. La lecture transmet des données à YouTube.
Documentaire en allemand sur CumEx. La fiche signale une version modifiée. Accès depuis la France et sous-titres français non vérifiés ; ne pas confondre les pertes internationales avec les pertes françaises.
Fiche éditeur accessible au contrôle du 8 octobre 2026 ; lecture actuelle, accès depuis la France et droits d’intégration non vérifiés.
Métadonnées contrôlées le 8 octobre 2026. Fiche et description de l’éditeur examinées ; seule l’année affichée est connue. Aucun visionnage ni contrôle des droits d’intégration.
Lecture sur le site de l’éditeur : son lecteur n’est pas intégrable ici.
| Type | Exemples | Difficulté de contrôle |
|---|---|---|
| Fraude à la TVA | carrousels, fausses factures, sociétés éphémères | très élevée, nécessite data mining et coopération rapide |
| Sous-déclaration de revenus | travail au noir, recettes non déclarées, activités occultes | élevée, surtout dans l’économie de cash |
| Prix de transfert abusifs | profits déplacés entre filiales internationales | très technique |
| Fraude patrimoniale | comptes non déclarés, plus-values ou successions dissimulées | moyenne à élevée |
| CumEx / CumCum | arbitrages de dividendes et remboursements indus | très technique et internationale |
| Fraude immobilière | sous-évaluation, loyers occultes, fausses domiciliations | moyenne |
La TVA est la seule grande recette pour laquelle l’administration a produit sa propre estimation, par voie ascendante, et le résultat est deux à quatre fois inférieur à l’estimation antérieure de l’Insee. Selon la DGFiP, l’écart tient principalement à l’inclusion des contrôles sur pièces ; cette explication est celle de l’administration, elle ne fait pas consensus. Les trois chiffrages disponibles ne se recoupent pas.
| Source | Millésime | Ce que la source mesure | Méthode |
|---|---|---|---|
| DGFiP | septembre 2024 | 6 à 10 Md€, soit 4 à 5 % de la TVA collectée | ascendante, sur la TVA déclarée |
| Insee | exercice 2012, publié en 2022 | 20 à 25 Md€ | extrapolation des seuls contrôles sur place |
| Commission européenne | 2023 | 12,1 Md€ d’écart de conformité (16,5 Md€ en estimation flash pour 2024), grandeur plus large que la fraude | descendante |
La ligne européenne n’est pas un chiffrage de la fraude, et il faut le dire à chaque reprise
La Commission européenne ne mesure pas la fraude à la TVA. Elle mesure un écart de conformité TVA, qu’elle définit comme la perte de recettes due à la fraude, à l’évasion, à l’optimisation, aux faillites et insolvabilités et aux erreurs de calcul. Une faillite qui laisse une TVA collectée impayée entre dans l’écart sans qu’aucune fraude n’ait eu lieu.
La démonstration est directe : la Commission rattache explicitement la hausse de l’écart français en 2023, de 5,1 % à 5,6 % de la TVA théorique, à une progression de 37,3 % du nombre de faillites après la fin des soutiens Covid. Présenter ces 12,1 Md€ comme le montant de la fraude française à la TVA est donc un contresens. Nature : estimé, et estimé d’une grandeur plus large que la fraude. Statut : constaté.
Statut des trois lignes prises ensemble : contesté, les estimations ne se recoupant pas et ne portant pas toutes sur la même grandeur. Et un point mérite d’être écrit noir sur blanc : aucun écart fiscal n’existe pour l’impôt sur les sociétés. Il n’y a en France aucune estimation officielle de la fraude à l’IS. Ordre de grandeur débattu
Sources : Cour des comptes, La lutte contre la fraude fiscale, décembre 2025, encadré sur l’estimation par la DGFiP de l’écart fiscal de TVA ; DGFiP Analyses n° 7 ; Insee, Documents de travail n° 2022-11 ; Commission européenne, VAT gap in Europe, Report 2025, chapitre France p. 106-107, et fiche-pays France Mind the Gap, décembre 2025, section 2.2, note 8.
C’est le terrain où l’écart entre les montants annoncés et les montants encaissés est le plus spectaculaire. Il faut donc y appliquer la même discipline que partout ailleurs sur ce site : un profit transféré estimé par un modèle macroéconomique, un redressement notifié et un euro encaissé sont trois grandeurs différentes.
Premier étage, l’estimation macroéconomique. Selon l’Atlas of the Offshore World de l’EU Tax Observatory, qui applique la méthode Tørsløv-Wier-Zucman, les profits transférés hors de France par les multinationales ont progressé de 73 % entre 2015 et 2022. Voici la série complète, sans case manquante.
| Année | Profits transférés hors de France | Perte de recettes d’IS | Part des recettes d’IS |
|---|---|---|---|
| 2015 | 32,1 Md$ | 10,7 Md$ | 21,0 % |
| 2016 | 26,7 Md$ | 8,9 Md$ | 17,0 % |
| 2017 | 29,7 Md$ | 9,9 Md$ | 16,1 % |
| 2018 | 35,2 Md$ | 11,6 Md$ | 20,5 % |
| 2019 | 30,9 Md$ | 9,6 Md$ | 14,9 % |
| 2020 | 34,3 Md$ | 9,6 Md$ | 11,7 % |
| 2021 | 48,5 Md$ | 13,8 Md$ | 12,4 % |
| 2022 | 55,6 Md$ | 14,4 Md$ | 17,0 % |
Un point de lecture évite le contresens le plus courant sur cette série : elle n’est pas monotone. La part des recettes d’impôt sur les sociétés perdues descend de 21,0 % en 2015 à 11,7 % en 2020, puis remonte à 17,0 % en 2022. Cette forme en creux tient autant au dénominateur, les recettes d’IS effectivement collectées, qu’au numérateur. Lire la dernière ligne seule, ou tracer une droite entre 2015 et 2022, fait donc dire à la série autre chose que ce qu’elle dit.
Montants en dollars. Conversions aux moyennes annuelles BCE pour les années les plus citées : 2015, 28,9 Md€ de profits transférés et 9,6 Md€ de perte ; 2018, 9,8 Md€ de perte ; 2021, 11,7 Md€ ; 2022, 52,8 Md€ de profits transférés et 13,6 Md€ de perte. Nature : estimé, jamais constaté dossier par dossier. Statut : la publication est constatée, la méthode est contestée (voir plus bas). Source : EU Tax Observatory et Skatteforsk, Atlas of the Offshore World, jeu Global Profit Shifting, mise à jour du 15 mai 2023, couverture 2015-2022, ligne France.
On imagine des îles lointaines. La ventilation de l’Atlas of the Offshore World, qui distingue les paradis fiscaux situés dans l’Union européenne (Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Malte) de ceux situés hors de l’Union, dit exactement l’inverse.
| Année | Part des paradis fiscaux de l’UE dans les bénéfices sortis de France |
|---|---|
| 2015 | 75,4 % |
| 2016 | 90,8 % |
| 2017 | 92,3 % |
| 2018 | 92,2 % |
| 2019 | 92,2 % |
| 2020 | 94,8 % |
| 2021 | 95,3 % |
| 2022 | 80,4 % |
En 2022, cela représente 44,71 Md$ vers des paradis fiscaux de l’Union contre 10,92 Md$ hors Union. La portée est directe : le problème est d’abord intra-européen, ce qui déplace le levier de la coopération lointaine vers la fiscalité de l’Union elle-même.
Nature et statut de cette ventilation, à ne pas escamoter : estimé, même méthode et mêmes réserves que la série précédente. Elle est constatée au sens où elle est publiée, mais elle hérite des limites du modèle macroéconomique et ne doit pas être présentée comme un relevé de flux réels. Ordre de grandeur débattu
Source : EU Tax Observatory, Atlas of the Offshore World, jeu Global Profit Shifting, 2015-2022.
L’article de référence de Tørsløv, Wier et Zucman ne donne pas seulement un montant français : il donne un classement, et c’est lui qui situe la France. Amputation des recettes d’impôt sur les sociétés par le transfert de bénéfices : 18 % dans l’Union européenne, 14 % aux États-Unis, 5 % dans les autres pays de l’OCDE.
| Pays | Part de l’IS perdue par transfert de bénéfices (2015) |
|---|---|
| Allemagne | 27,9 % |
| France | 21,0 % |
| Italie | 19,1 % |
| Royaume-Uni | 17,5 % |
| Espagne | 14,2 % |
| États-Unis | 14,1 % |
| Japon | 1,7 % |
La France est donc, en proportion, le deuxième grand pays européen le plus touché. Le détail français pour 2015 : 187,7 Md$ de bénéfices déclarés, dont 155,9 Md$ par des firmes locales et 31,8 Md$ par des firmes sous contrôle étranger, et 32,1 Md$ de bénéfices transférés, soit 1,3 % du PIB, 17,1 % des bénéfices déclarés et 21,0 % de l’IS collecté. Au total mondial, les auteurs retiennent 616,5 Md$ transférés, soit 36 % des bénéfices des multinationales, dans une fourchette publiée de 22 % à 43 %.
Nature : estimé. Statut : constaté comme publication, contesté comme méthode. Source : T. Tørsløv, L. Wier et G. Zucman, The Missing Profits of Nations, Review of Economic Studies, vol. 90 n° 3, 2023, p. 1499-1534, tables 1 à 3 et section 6.
Second étage, la quantification française canal par canal, réalisée par la Banque de France et le CEPII sur données d’entreprises pour l’année 2018. Elle aboutit à environ 20 Md€, contre environ 41 Md€ de profits manquants estimés par voie macroéconomique, soit deux fois moins. Elle contredit surtout une idée reçue : en France, ce n’est pas la localisation des actifs incorporels qui domine, mais la manipulation des prix de transfert sur les biens.
Repère de comparaison : le total des résultats fiscaux soumis à l’IS en France en 2018 était de 177 Md€, pour 55 Md€ de recettes brutes. Statut de ces chiffrages : contesté.
Deux précisions que les auteurs mettent eux-mêmes en avant complètent ce tableau, sans en modifier les montants. La trajectoire d’abord : ils situent le total des bénéfices sortis de France à environ 36 Md€ en 2015, contre environ 1 Md€ au début des années 2000, ce qui donne l’échelle du phénomène en une génération. Les angles morts ensuite : l’approche sur données d’entreprises confidentielles (douanes, échanges de services, encours de dette) n’explique qu’environ la moitié des bénéfices manquants de la France estimés par voie indirecte, et les auteurs identifient deux canaux qu’elle ne capte pas, les paiements numériques transfrontaliers des ménages et certains instruments de dette sous forme de titres.
Conséquence à écrire clairement : l’écart entre l’estimation macroéconomique et la quantification directe canal par canal n’est pas une réfutation de la première. C’est une zone non mesurée.
Sources : Kevin Parra Ramirez (Banque de France) et Vincent Vicard (CEPII), « Les instruments de l’évitement fiscal des multinationales », La Lettre du CEPII n° 464, mars 2026 ; K. Parra Ramirez (Sciences Po, Banque de France) et V. Vicard (CEPII), « The Instruments of Profit Shifting », document de travail CEPII n° 2025-16, novembre 2025.
Une controverse méthodologique qu’il faut exposer, et qui a maintenant des chiffres
Les travaux de Gabriel Zucman et de ses coauteurs sont contestés sur un point précis : un double comptage supposé des revenus des filiales étrangères dans les données du Bureau of Economic Analysis américain. La référence n’est plus le document de travail de 2020 : l’article de Jennifer Blouin et Leslie Robinson est paru dans le Journal of Public Economics, vol. 252, décembre 2025.
Ordres de grandeur de la correction proposée : la perte fiscale américaine de 2012 est ramenée de 77 à 111 Md$ vers 10 à 32 Md$, celle de 2013 de 130 Md$ à 80 Md$, soit une division par trois à sept. Les auteurs relèvent également que sur les 616 Md$ de bénéfices transférés estimés par Tørsløv, Wier et Zucman, 306 Md$ proviennent d’écarts bilatéraux ; leur propre exercice de bornage ramène alors le total mondial à 507 Md$, dans une fourchette publiée de 369 à 740 Md$.
Précision qui manque presque toujours au récit de cette querelle : le désaccord porte sur la source utilisée, non sur le principe du double comptage. Tørsløv, Wier et Zucman répondent qu’ils n’emploient pas la série critiquée (net income) mais les tables Value Added du BEA, où le bénéfice avant impôt exclut par construction les revenus de participation reçus. Il n’existe par ailleurs aucun chiffrage Blouin-Robinson pour la France. Statut : contesté, désaccord non tranché.
Sources de la controverse : J. Blouin et L. Robinson, « Accounting for the profits of multinational enterprises: Double counting and misattribution of foreign affiliate income », Journal of Public Economics, vol. 252, décembre 2025 ; T. Tørsløv, L. Wier et G. Zucman, The Missing Profits of Nations, Review of Economic Studies vol. 90(3), 2023.
Le point de bascule juridique
Le Conseil d’État a opéré en 2020 un revirement de jurisprudence sur la notion d’établissement stable, en admettant qu’une filiale française qui négocie sans signer peut constituer un agent dépendant d’une société étrangère. C’est la décision qui a rendu requalifiables des schémas jusque-là tenus pour légaux dans l’économie numérique. Référence : Conseil d’État, plénière fiscale, 11 décembre 2020, n° 420174, société Conversant International Ltd, publiée au recueil Lebon.
Les pièces publiques distinguent amendes prévues, décisions, règlements fiscaux et paiements attestés. Ce tableau reste un inventaire, sans classement par encaissements ni total. Les fiches de l’explorateur précisent les dates et les sources.
| Affaire | Montant pour la France | Nature |
|---|---|---|
| McDonald’s (canal luxembourgeois) | 609 M€ de droits et pénalités d’IS ; 508 482 964 € d’amende | Règlement fiscal et CJIP, juin 2022 ; grandeurs séparées |
| 500 M€ d’amende prévue | CJIP, septembre 2019 ; accord fiscal distinct | |
| UBS | 730 M€ d’amende ; 105 M€ de dommages-intérêts | CRPC homologuée, septembre 2025 ; paiement à distinguer de la décision |
| CumCum | Amendes et versements fiscaux séparés | Bilans de périodes différentes, sans encaissement global consolidé ici |
| SwissLeaks / HSBC Private Bank | 300 M€ | Règlement judiciaire, novembre 2017 |
| Panama Papers | 271 M€ | mis en recouvrement, encaissé non communiqué |
| Crédit Suisse | 123 M€ d’amende ; 115 M€ d’indemnisation | Engagements de CJIP, octobre 2022 |
| Paradise Papers | 11 M€ de droits et pénalités | Bilan ancien, octobre 2021 ; encaissement distinct |
| Danske Bank | 6 028 799 € d’amende ; 300 000 € d’indemnisation | Engagements de CJIP, septembre 2024 |
| LuxLeaks, OpenLux, Football Leaks, Pandora Papers, Dubai Unlocked, Suisse Secrets | Montant non communiqué | aucun montant public |
Deux dossiers français ont un déclencheur distinct des grandes fuites
McDonald’s et Google sont deux règlements importants de dossiers fiscaux internationaux. Le premier vient d’une plainte de comité d’entreprise, le second d’une plainte de l’administration fiscale. Ni l’un ni l’autre ne procède d’une révélation journalistique, alors que les affaires nées de fuites de presse occupent l’essentiel du débat public.
Hors classement, l’opération qui a le plus rapporté sur la période n’est pas un scandale mais un guichet de régularisation : le service de traitement des déclarations rectificatives (STDR) a encaissé environ 8 300 M€, sans procès ni révélation.
Sources : Parquet national financier, communiqués du 12 septembre 2019 (CJIP Google France SARL et Google Ireland Ltd, publiée par l’Agence française anticorruption), du 16 juin 2022 (10e CJIP, McDonald’s) et du 18 septembre 2024 (21e CJIP, Danske Bank) ; DGFiP, communiqué du 16 juin 2022 ; Cour de cassation, chambre criminelle, 15 novembre 2023, et accord homologué en septembre 2025 devant la cour d’appel de Paris, avec les communiqués UBS Group AG des 15 novembre 2023 et 23 septembre 2025 ; US Department of Justice, communiqué du 13 décembre 2022, et Sénat, rapport n° 757 (2024-2025), pour les 200 Md€ du circuit estonien ; Sénat, rapport n° 72 (2022-2023) ; chiffres DGFiP d’avril 2026 ; travaux de la Cour des comptes sur le STDR. Seules des entités visées par une décision publique et opposable sont nommées ici.
Un montant national ne veut rien dire seul. Au 6 avril 2021, le consortium ICIJ recensait 1,36 Md$ récupérés par 24 pays au titre des Panama Papers. La France arrive quatrième.
| Pays | Montant récupéré (au 6 avril 2021) |
|---|---|
| Royaume-Uni | 252,8 M$ |
| Allemagne | 195,7 M$ |
| Espagne | 166,5 M$ |
| France | 142,3 M$ |
| Australie | 137,8 M$ |
| Italie | 65,5 M$ |
| Norvège | 34,0 M$ |
Le Royaume-Uni a récupéré 78 % de plus que la France pour un produit intérieur brut comparable. À noter, et c’est une divergence qu’il faut signaler plutôt que masquer : le tableau des scandales ci-dessus retient 271 M€ mis en recouvrement par la DGFiP au titre des Panama Papers, quand l’ICIJ retient 142,3 M$ effectivement récupérés. Ces deux chiffres ne se contredisent pas, ils ne mesurent pas la même colonne.
Point de méthode, sans lequel ce comparatif ne serait pas utilisable : l’ICIJ ne comptabilise que les recouvrements confirmés par une réponse officielle de gouvernement, révise à la baisse les pays qui déclaraient des sommes réclamées plutôt que payées (Belgique, Danemark) et exclut les chiffres invérifiables (Japon). La comparabilité reste imparfaite, les définitions nationales de « recouvré » différant d’un pays à l’autre, mais la méthode de collecte est la même pour tous. Montants en dollars. Nature : recouvré. Statut : constaté. Source : ICIJ, « Panama Papers revenue recovery reaches $1.36 billion as investigations continue », 6 avril 2021.
Les bilans nationaux ne portent pas tous sur les mêmes faits ni les mêmes périodes. Une saisie ne vaut pas une recette définitivement encaissée ; ces montants ne sont pas un classement de l’efficacité des États.
| Pays | Préjudice estimé | Résultat daté | Rapport arithmétique, sans comparabilité garantie |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 36 Md€ | environ 3,4 Md€ à la mi-2025 | 9,4 % |
| Danemark | 1,7 Md€ | 232 M€ de fonds saisis en Allemagne | 13,6 % |
| France | 33,4 Md€ | Paiements documentés et amendes prévues séparés | Non calculé : périodes et chevauchements à rapprocher |
Les estimations historiques ne suffisent pas à classer les pays par taux de récupération. Les procédures et les bilans de paiements doivent être rapprochés dossier par dossier. L’Allemagne a obtenu des condamnations pénales, dont celles de la banque M.M. Warburg et de deux banquiers britanniques (un an et un an et dix mois d’emprisonnement, 14 M€ de confiscation pour l’un d’eux). Le Danemark a obtenu douze ans de prison contre Sanjay Shah fin 2023, mais a perdu son action civile de 1,44 Md£ devant la justice anglaise.
Précision de nature : la ligne danoise correspond à des fonds saisis en Allemagne, pas encore à un encaissement définitif ; le rapport arithmétique indiqué est donc un ratio de saisie. Aucun ratio français n’est calculé sans encaissement consolidé. Sources : Euronews, 3 juin 2025, pour le montant allemand ; Hedgeweek pour les 232 M€ saisis au profit de l’administration danoise ; Sénat, rapport n° 72 (2022-2023), table ronde CumEx Files, pour les condamnations allemandes ; CumEx Files 2.0 pour les préjudices estimés.
Le rendement dépend de la qualité des contrôles, de la rapidité du recouvrement et de la capacité à frapper les fraudes organisées là où elles sont les plus rentables à combattre. Les leviers les plus concrets sont :
Le débat public ignore presque entièrement ce chaînon. Les règlements d’ensemble, négociations conclues entre l’administration et le contribuable sans fondement légal spécifique, minorent chaque année plus d’un milliard d’euros de droits et pénalités.
Citation de la Cour des comptes : « compte tenu du manque de traçabilité actuel sur les règlements d’ensemble, il n’est pas possible d’apprécier la façon dont cette modalité de conclusion des contrôles est utilisée ». Ce sont des montants abandonnés avant encaissement : ni détectés au sens statistique, ni recouvrés. Cour des comptes, décembre 2025
Il faut ajouter une explication technique à un fait que beaucoup de lecteurs remarquent : il n’existe aucune liste publique d’entreprises redressées en France. Le dispositif permettant à la DGFiP de rendre publiques les sanctions fiscales infligées aux personnes morales, créé par l’article 1729 A bis du code général des impôts et entré en vigueur en 2018, n’a quasiment jamais servi : trois publications depuis 2018, toutes à partir de 2023, sur des montants de TVA rappelés inférieurs à 800 000 €, alors que le dispositif est ouvert dès 50 000 € de droits bruts assortis d’une majoration de 80 %.
Sources de cette sous-section : Cour des comptes, La lutte contre la fraude fiscale, rapport public thématique, 16 décembre 2025, p. 35-36 et 65-68, recommandation n° 3, pour les règlements d’ensemble, les effectifs et le nombre de contrôles ; article 1729 A bis du code général des impôts pour la publication des sanctions. Cour des comptes, décembre 2025
Conclusion sérieuse : la fraude fiscale est un levier de recettes et de justice. Elle peut rapporter plusieurs milliards de plus par an si l’État est mieux armé. Mais elle ne résout pas seule une dette de plus de 3 400 Md€.
La loi du 23 octobre 2018 a mis fin au monopole de l’administration sur les poursuites pénales en matière fiscale, le « verrou de Bercy ». Huit ans plus tard, le bilan chiffré est contre-intuitif : la réforme a plus que doublé les dossiers transmis à la justice, sans augmenter les poursuites. Aucun bilan officiel de cette loi n’a été réalisé.
| Indicateur | Avant la réforme | 2024 |
|---|---|---|
| Dossiers transmis au parquet | 935 en 2018 | 2 176 |
| Classements sans suite | 30 % en 2017 | 44 % |
| Alternatives aux poursuites | 11 % en 2017 | 27 % |
| Personnes poursuivies en correctionnelle | plus de 850 par an | 700 (déjà 700 en 2023) |
Les dénonciations obligatoires ont progressé de 75,6 % entre 2019 et 2024 et représentent 796 M€ de droits par an en moyenne, soit 7 % des droits rappelés. Un quart seulement des personnes mises en cause est poursuivi, alors que leur nombre a augmenté de 49 % entre 2017 et 2023.
Source : Cour des comptes, La lutte contre la fraude fiscale, décembre 2025, chapitre III, et recommandation n° 4.
En amont du contrôle, la détection repose largement sur les déclarations de soupçon adressées à Tracfin, qui qualifie lui-même d’angles morts le silence déclaratif de certaines professions. En 2024, Tracfin a reçu 211 165 déclarations de soupçon, en hausse de 13,2 %, dont 93,1 % émanent du seul secteur financier.
Tracfin écrit que « le flux déclaratif faible ou inexistant de ces professions crée de potentiels angles morts dans le dispositif LCB-FT français, réduisant son efficacité ». Source : Tracfin, LCB-FT : activité des professions déclarantes, bilan 2024, tome I, p. 8 et 45.
Il n’existe aucune estimation officielle française. La Cour des comptes constate en décembre 2025 que la France ne produit ni chiffrage de l’écart fiscal ni chiffrage de la fraude, et refuse d’arbitrer entre les montants qui circulent : nul ne peut se hasarder à affirmer que ce montant est proche de 30 ou de 130 Md€, sur un total de prélèvements obligatoires de 1 268 Md€ en 2024. Autrement dit, l’ordre de grandeur est inconnu à environ 100 Md€ près. Le seul repère disponible vient d’ailleurs : au Royaume-Uni, qui ventile son écart fiscal par comportement, la fraude au sens strict pèse 15,7 Md£ sur 59,2 Md£, soit 26,5 % de ce qui manque.
Non. Même une amélioration très forte du recouvrement ne suffirait pas à rembourser la dette accumulée. Le contrôle fiscal a encaissé 11,4 Md€ en 2025, à comparer au déficit public de 152,5 Md€ de la même année (Insee, mai 2026). C’est un levier réel de recettes et de justice fiscale, mais pas une cagnotte.
Les estimations divergent, aucune ne fait autorité, et l’une d’elles ne mesure même pas la fraude. La DGFiP retient 6 à 10 Md€ sur la TVA déclarée en septembre 2024, soit 4 à 5 % de la TVA collectée, et l’Insee retenait 20 à 25 Md€ pour l’exercice 2012, dans un document de travail de 2022 qui extrapole les seuls contrôles sur place. Les 12,1 Md€ de la Commission européenne pour 2023 (16,5 Md€ en estimation flash pour 2024) sont un écart de conformité, qui englobe aussi les faillites, les insolvabilités et les erreurs de calcul : la Commission rattache elle-même la hausse française de 2023 à une progression de 37,3 % du nombre de faillites. Pour l’impôt sur les sociétés, il n’existe tout simplement aucune estimation officielle de la fraude.
Parce que plusieurs mécanismes réduisent la créance entre la notification et l’encaissement. Les règlements d’ensemble, négociations sans fondement légal spécifique, minorent environ 1,3 Md€ de droits et pénalités par an, avec une minoration moyenne de 61 % des rectifications proposées. S’y ajoutent les remises gracieuses (environ 334 M€ par an), les transactions (environ 140 M€ par an), les contentieux, les insolvabilités et les prescriptions.
Non, pas en nombre de personnes poursuivies. Les dossiers transmis au parquet sont passés de 935 en 2018 à 2 176 en 2024, mais le taux de classement sans suite est monté de 30 % en 2017 à 44 % en 2024. Le nombre de personnes poursuivies devant les tribunaux correctionnels a baissé, d’environ 850 par an avant la réforme à 700 en 2023 et en 2024. Aucun bilan officiel de la loi du 23 octobre 2018 n’a été réalisé.
Le classement par euros réellement encaissés ne ressemble pas au classement médiatique. En tête figurent McDonald’s avec 1 245,6 M€, Google avec 965 M€ et UBS avec 835 M€, tous issus de décisions publiques. Point rarement dit : les deux plus gros ne viennent d’aucune fuite de presse, l’affaire McDonald’s étant née d’une plainte du comité d’entreprise de McDonald’s Ouest Parisien le 4 janvier 2016 et l’affaire Google d’une plainte de la direction régionale des Finances publiques d’Île-de-France le 16 juin 2015. Les Panama Papers ont produit 271 M€ mis en recouvrement, les Paradise Papers 11 M€, et plusieurs révélations très commentées ne présentent aucun montant documenté. Le dispositif qui a le plus rapporté n’est pas un scandale mais un guichet de régularisation, le STDR, avec environ 8 300 M€ encaissés.
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