Stocks de dette · 2026
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Données du 22 septembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
C'est l'une des disputes les plus constantes du débat français, et chaque camp dispose de ses chiffres. Ils ne sont pas faux : ils mesurent simplement des choses différentes. Cette page pose les deux mesures côte à côte, montre où chacune mène, et dit ce que les données ne permettent pas de trancher. Le point de départ est peu discutable : depuis 1975, aucune majorité, de gauche comme de droite, n'a gouverné une seule année sans déficit.
Ces agrégats servent de comparaison. Ils ne mesurent pas le coût propre du sujet ou de l’opération décrite sur cette page.
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Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
Les administrations publiques françaises ont dégagé leur dernier excédent en 1974 : +0,1 % du PIB, soit 199 millions d'euros. Depuis 1975, chaque exercice sans exception s'est soldé par un déficit, soit cinquante et un ans d'affilée. Sur cette période, six présidents se sont succédé, vingt-quatre nominations de Premiers ministres, trente-huit gouvernements et trois cohabitations.
Ce simple fait dit déjà quelque chose d'important : le déficit n'est pas un marqueur partisan, c'est le régime permanent des finances publiques françaises depuis un demi-siècle. Aucune alternance ne l'a interrompu, pas même une seule année.
Voici la variation du ratio dette/PIB sous chaque majorité depuis le début de la série officielle, en points de PIB. La convention retenue attribue l'année d'une alternance à la majorité sortante, celle qui a voté le budget à l'automne précédent.
| Budgets | Majorité | Orientation | Dette début | Dette fin | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| 1979-1981 | Giscard d'Estaing, Barre | Droite | 21,6 % | 22,6 % | +1,0 |
| 1982-1986 | Mauroy, Fabius | Gauche | 22,6 % | 32,4 % | +9,8 |
| 1987-1988 | Chirac | Droite(cohabitation) | 32,4 % | 34,7 % | +2,3 |
| 1989-1993 | Rocard, Cresson, Bérégovoy | Gauche | 34,7 % | 48,2 % | +13,5 |
| 1994-1995 | Balladur | Droite(cohabitation) | 48,2 % | 57,8 % | +9,6 |
| 1996-1997 | Juppé | Droite | 57,8 % | 62,0 % | +4,2 |
| 1998-2002 | Jospin | Gauche(cohabitation) | 62,0 % | 61,3 % | -0,7 |
| 2003-2007 | Raffarin, de Villepin | Droite | 61,3 % | 65,5 % | +4,2 |
| 2008-2012 | Fillon | Droite | 65,5 % | 91,7 % | +26,2 |
| 2013-2017 | Ayrault, Valls, Cazeneuve | Gauche | 91,7 % | 98,8 % | +7,1 |
| 2018-2022 | Philippe, Castex | Majorité présidentielle | 98,8 % | 111,4 % | +12,6 |
| 2023-2025 | Borne, Attal, Barnier, Bayrou, Lecornu | Majorité présidentielle, puis coalition sans majorité absolue | 111,4 % | 115,7 % | +4,3 |
Sur les quarante-sept variations annuelles connues, le ratio a baissé onze fois : 1980, 1988, 1999, 2000, 2001, 2006, 2018, 2019, 2021, 2022 et 2023. Mais une seule période couvrant une législature entière se solde par une baisse nette : 1997-2002.
C'est ici que la dispute prend racine, et elle est parfaitement soluble : les deux camps citent des travaux sérieux, qui ne mesurent pas la même chose.
Xavier Ragot, président de l'OFCE, a publié en septembre 2025 le calcul le plus direct. Rapportée au nombre d'années passées au pouvoir, la dette a augmenté de +2,2 points de PIB par an sous les gouvernements de droite (24 ans) contre +1,6 point par an sous les gouvernements de gauche (environ 19 ans).
C'est une statistique descriptive, et son auteur le souligne lui-même : elle ne neutralise ni la conjoncture, ni les crises, ni le niveau de taux d'intérêt hérité. Or les crises ne sont pas également réparties : 1993, 2008 et 2020 ont frappé sous des majorités données, sans qu'elles les aient provoquées.
L'autre approche isole ce qu'une majorité décide, hors conjoncture : c'est l' effort structurel, calculé par François Ecalle (FIPECO) à partir des données INSEE, de la Commission européenne et de la direction générale du Trésor.
| Législature | Orientation | Effort recettes | Effort dépenses | Effort total |
|---|---|---|---|---|
| 1989-1993 | Gauche | +0,3 | -2,2 | -1,85 |
| 1993-1997 | Droite | +2,3 | 0 | +2,35 |
| 1997-2002 | Gauche | -2,0 | 0 | -1,95 |
| 2002-2007 | Droite | +0,3 | -0,75 | -0,4 |
| 2007-2012 | Droite | +0,4 | -1,75 | -1,45 |
| 2012-2017 | Gauche | +2,45 | -0,4 | +2,1 |
| 2017-2022 | Majorité présidentielle | -2,25 | -1,35 | -3,65 |
| 2022-2024 | Majorité présidentielle | -0,5 | +0,95 | +0,45 |
Une précision de méthode que François Ecalle pose lui-même : l'effort constaté les années d'élections législatives est imputé pour moitié à la majorité sortante et pour moitié à la nouvelle, et un effort réalisé une année donnée dépend en partie de mesures décidées sous la majorité précédente, dont l'impact s'étale sur plusieurs exercices. Là encore, aucune imputation n'est neutre.
Puisque nous avons publié plus haut la somme de l'OFCE, qui désigne la droite, l'honnêteté commande de publier aussi celle-ci, qui va dans l'autre sens. En additionnant les trois législatures de chaque camp, hors majorités présidentielles :
| Camp | Législatures additionnées | Effort recettes | Effort dépenses | Effort total |
|---|---|---|---|---|
| Droite | 1993-1997, 2002-2007, 2007-2012 | +3,0 | -2,5 | +0,5 |
| Gauche | 1989-1993, 1997-2002, 2012-2017 | +0,75 | -2,6 | -1,7 |
| Majorité présidentielle | 2017-2022, 2022-2024 | -2,75 | -0,4 | -3,2 |
Deux enseignements, et ils vont dans des directions opposées à ce qu'on attend généralement. D'abord, la dérive de la dépense est quasiment identique des deux côtés : -2,5 points à droite, -2,6 à gauche. Ensuite, sur ces législatures, ce sont les majorités de droite qui ont le plus augmenté les prélèvements : +3,0 points d'effort en recettes contre +0,75.
Le résultat ne dessine aucun clivage partisan. Trois législatures sur huit affichent un effort positif : 1993-1997 (droite), 2012-2017 (gauche) et 2022-2024. Le relâchement le plus marqué de toute la série, -3,65 points, correspond à 2017-2022. Redressements et relâchements se produisent des deux côtés.
Un budget est voté à l'automne de l'année précédente. Attribuer une année à une majorité est donc un choix, et ce choix peut inverser le résultat.
| Période | Si l'on part de la fin de l'année d'alternance | Si l'on part de l'année précédente |
|---|---|---|
| Jospin 1997-2002 | -0,7 point | +0,7 point |
| Balladur 1993-1995 | +9,6 points | +16,1 points |
| Hollande 2012-2017 | +7,1 points | +10,1 points |
| Sarkozy 2007-2012 | +26,2 points | +26,3 points |
La seule période de baisse de toute la série devient une hausse avec l'autre convention. L'écart est maximal quand l'année d'alternance est une année de choc : 1993 pèse 6,5 points à elle seule, et son attribution décide de la moitié du résultat de la période Balladur. Le budget 1993 avait été voté à l'automne 1992 par la majorité socialiste, puis exécuté et amendé à partir de mars 1993 par le gouvernement Balladur.
Aucune convention n'est la bonne. La seule pratique honnête consiste à afficher les deux, ce que fait le tableau ci-dessus. Quand un camp vous cite un chiffre unique, la première question à poser est : à partir de quelle année comptez-vous ?
Deux périodes suffisent à ruiner l'idée d'un lien simple entre couleur politique, discipline budgétaire et trajectoire de la dette.
1993-1997
L'effort budgétaire le plus fort de toute la série : +2,35 points de PIB d'effort structurel, essentiellement en recettes.
Résultat : la dette monte de 13,8 points, de 48,2 % à 62,0 % du PIB.
1997-2002
Un effort structurel négatif : -1,95 point de PIB. Les mesures prises ont dégradé le solde structurel.
Résultat : la seule baisse du ratio de toute la série, de 62,0 % à 61,3 %.
La période qui a le plus serré la vis a vu la dette exploser ; celle où le ratio a baissé n'a pas réduit le déficit, elle a bénéficié d'une croissance exceptionnelle, supérieure à 3 % pendant trois années consécutives. Le PIB nominal courait plus vite que la dette.
La question « quel camp est responsable » a été étudiée bien au-delà du cas français. Les résultats sont plus décevants que ne le voudrait le débat public, et c'est en soi une information.
C'est l'explication la plus intuitive : un gouvernement dépenserait avant une élection. La revue de référence sur le sujet, signée Alberto Alesina et Andrea Passalacqua dans le Handbook of Macroeconomics (2016), la écarte explicitement. Les cycles politico-budgétaires « peuvent expliquer de petits écarts à la politique optimale autour des élections, surtout dans les démocraties récentes, mais ils ne peuvent pas être l'explication principale d'une accumulation de dette importante et durable ».
Le test empirique le plus cité va dans le même sens. Shi et Svensson (2006), sur 85 pays entre 1975 et 1995, trouvent un déficit supplémentaire d'environ 1 point de PIB en année électorale. Mais cet effet est entièrement porté par les pays en développement : -1,3 point dans le pays en développement moyen, contre -0,1 point dans les 27 pays développés, un coefficient qui n'est pas significativement différent de zéro.
La Cour des comptes décompose l'amélioration du solde 2025, passé de -5,8 à -5,1 points de PIB. Sur ces +0,7 point : +0,8 vient des mesures nouvelles sur les prélèvements, +0,1 de l'élasticité des recettes, +0,1 d'autres recettes, tandis que la charge d'intérêts retire 0,1 point et les dépenses primaires 0,2 point. Sur 51 milliards d'euros de prélèvements supplémentaires en 2025, 28 milliards relèvent de l'évolution spontanée à législation constante et seulement 23 milliards de hausses décidées.
La charge d'intérêts, elle, est intégralement héritée : elle rémunère des emprunts contractés par des majorités antérieures, parfois des décennies plus tôt.
Le déficit 2024 était prévu à 4,4 % du PIB en loi de finances initiale. Il s'est établi à 5,8 %. Selon le rapport d'information du Sénat de novembre 2024, l'écart en recettes atteint 41,5 milliards d'euros, dont 22,6 milliards imputables au seul point de départ 2023 plus dégradé que prévu, et les dépenses des collectivités locales dépassent la prévision de 13,4 milliards. Trois anciens ministres et l'exécutif suivant se sont publiquement disputé la paternité du même chiffre, avec un écart revendiqué d'environ 0,6 point de PIB.
Cet épisode documente en temps réel ce que cette page essaie d'établir : même à chaud, même avec toutes les données, imputer proprement un déficit à un gouvernement est un exercice contesté.
Le résultat le plus robuste de la comptabilité de l'effort structurel n'est pas partisan. Sur trente-cinq ans, de 1989 à 2024 :
À cela s'ajoutent deux forces sur lesquelles aucune majorité n'a de prise directe : la conjoncture, dont les trois chocs de 1993, 2008 et 2020 ont chacun installé la dette sur un palier plus élevé sans retour au précédent, et l'écart entre le taux d'intérêt et la croissance nominale, l'effet dit de « boule de neige ».
Les causes profondesPourquoi la dette augmenteAutres idées reçues
En points de PIB, la période 2008-2012 (gouvernement Fillon) affiche la plus forte hausse : +26,2 points, de 65,5 % à 91,7 % du PIB. Elle correspond à la crise financière de 2008 et à la récession de 2009. La deuxième est 1989-1993 avec +13,5 points, qui inclut la récession de 1993. Ces deux périodes ont en commun d'avoir subi un choc majeur, ce qui illustre la limite de l'exercice : le classement mesure autant les crises que les politiques.
Une seule période couvrant une législature entière : 1997-2002, avec -0,7 point de PIB. Et encore, ce résultat dépend de la convention d'attribution retenue : en partant de fin 1996 au lieu de fin 1997, la même période devient +0,7 point. Par ailleurs cette baisse n'est pas due à une politique de réduction du déficit, mais à une croissance nominale exceptionnelle.
Sur la mesure la plus directe, la hausse annuelle du ratio, oui : +2,2 points de PIB par an sous les gouvernements de droite contre +1,6 sous ceux de gauche, selon le calcul de l'OFCE de septembre 2025. Mais cette statistique ne neutralise ni les crises ni la conjoncture, et son auteur le précise. Sur la mesure de l'effort budgétaire décidé, aucun clivage n'apparaît : trois législatures affichent un effort positif, réparties dans les deux camps.
Sur les données d'effort structurel, non : la dérive de la dépense par rapport à la croissance potentielle est quasiment identique des deux côtés, -2,5 points de PIB cumulés sur les trois législatures de droite contre -2,6 sur les trois législatures de gauche. La différence entre les deux camps se joue sur les recettes, et pas dans le sens attendu : ce sont les majorités de droite qui ont le plus augmenté les prélèvements sur ces législatures, +3,0 points contre +0,75. Trois observations par camp restent cependant trop peu pour établir une régularité.
La recherche ne le confirme pas pour les démocraties établies. L'effet mesuré à l'échelle mondiale, environ 1 point de PIB en année électorale, est entièrement porté par les pays en développement et les démocraties récentes. Dans les 27 pays développés étudiés par Shi et Svensson, l'effet n'est pas statistiquement distinguable de zéro.
Parce que l'inflation à deux chiffres érodait le stock de dette. Le PIB nominal, dénominateur du ratio, progressait très vite en valeur. La France a enchaîné les déficits de 1975 à 1981 avec une moyenne d'environ 1,5 % du PIB, et la dette est restée autour de 21 % du PIB. C'est la démonstration qu'un déficit continu n'entraîne pas mécaniquement une hausse du ratio.
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