Données du 23 septembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
-69,2 Md€ : un pays qui importe plus qu’il n’exporte
Le solde des échanges de biens de la France s’établit à -69,2 Md€ en 2025 selon la Douane, après -161,7 Md€ au pic de 2022. L’amélioration est réelle, mais elle vient presque entièrement du reflux des prix de l’énergie. Et surtout, ce chiffre ne mesure pas ce que l’on croit : il n’est ni le déficit courant du pays, ni une dette publique.
Les chiffres 2025
- -69,2 Md€ solde des biens 2025, FAB/FAB (Douane)
- -161,7 Md€ pic de 2022, choc énergétique (Douane)
- -0,4 % du PIB, solde des transactions courantes 2025 (Eurostat)
- 0,2 Md€ excédent agroalimentaire 2025, plus bas depuis au moins 2000
Ces quatre lignes posent l’essentiel. Le solde des biens s’améliore de 10,0 Md€ en un an, il reste très loin de l’équilibre, et pourtant le solde extérieur global du pays est proche de zéro. Comprendre pourquoi ces deux affirmations sont vraies en même temps est le meilleur moyen de ne pas se tromper sur ce dossier.
Ce que le chiffre mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Le chiffre publié chaque mois par la direction générale des douanes et droits indirects porte sur les seuls biens. Il ignore les services, les revenus d’investissement et les transferts. En 2025, les exportations de biens atteignent 614,7 Md€, en hausse de 2,5 %, et les importations 703,6 Md€, en hausse de 0,7 % (résultats annuels publiés le 9 février 2026).
Le piège de la soustraction directe
703,6 moins 614,7 fait 88,9, et non 69,2. L’écart n’est pas une erreur : les exportations sont valorisées FAB, franco à bord, tandis que les importations sont publiées CAF, coût assurance fret, c’est-à-dire frais de transport et d’assurance inclus. Le solde officiel, -69,2 Md€, est calculé FAB/FAB, après neutralisation de ces coûts d’acheminement. Soustraire les deux montants publiés revient à créer un déficit de 20 Md€ qui n’existe pas.
Deuxième précision, plus lourde de conséquences : un déficit commercial n’est pas une dette. C’est un flux annuel, pas un encours. Et ce flux est celui de la Nation entière, ménages et entreprises comprises, pas celui de l’État. Quand un particulier achète un téléphone importé, il creuse le déficit commercial sans emprunter un euro au nom de la République. Notre page sur la désindustrialisation revient sur la même distinction du point de vue de l’appareil productif.
Nature : statistiques douanières de flux, données FAB/FAB pour le solde. Statut : constaté, révisable. Millésime : résultats annuels 2025 publiés en février 2026.
Le solde courant, presque à l’équilibre
La grandeur qui décrit réellement la position extérieure d’un pays n’est pas le solde des biens, c’est le solde des transactions courantes : biens, services, revenus primaires et transferts. Selon les données annuelles de balance des paiements publiées par Eurostat (mise à jour du 7 août 2026), ce solde s’établit pour la France à -0,4 % du PIB en 2025, après -0,3 % en 2024, -0,9 % en 2023 et -1,4 % en 2022.
Autrement dit, la France encaisse à l’extérieur presque autant qu’elle y dépense. Les excédents de services, tourisme et transports au premier rang, ainsi que les revenus tirés des investissements français à l’étranger, compensent l’essentiel du déficit de biens. Ce fait est systématiquement absent du débat public, où le chiffre de la Douane est cité comme s’il résumait à lui seul la situation extérieure du pays.
Deux mesures, deux périmètres, aucune addition possible
Le solde de biens de la Douane (-69,2 Md€) et le solde courant d’Eurostat (-0,4 % du PIB) décrivent le même pays à deux échelles différentes. Le second englobe le premier. Ils ne s’additionnent pas, et le premier ne peut pas servir à démontrer un déséquilibre extérieur massif puisque le second, plus complet, le dément. Le déficit de biens est un problème de spécialisation productive. Ce n’est pas, en 2025, un problème de financement extérieur.
Cette nuance n’annule pas le diagnostic industriel : elle le recentre. Un pays peut avoir un solde courant équilibré et une base industrielle qui s’érode, ce qui est précisément le cas français. C’est un problème de composition de la richesse produite, pas un problème de solvabilité vis-à-vis de l’extérieur.
D’où vient l’amélioration, et ce qu’elle cache
Les 10,0 Md€ gagnés en 2025 viennent presque entièrement de l’énergie. La Douane attribue le mouvement au repli des importations de pétrole raffiné et d’hydrocarbures naturels, dont la valeur reste pourtant supérieure à son niveau d’avant-pandémie du fait des prix du gaz et du pétrole. Le service statistique du ministère de la Transition écologique chiffre pour sa part la facture énergétique nette à 45,8 Md€ en 2025, contre 126,5 Md€ au pic de 2022, un mouvement détaillé dans notre page sur la facture fossile.
Une amélioration obtenue par les prix n’est pas un acquis. Elle se retourne aussi vite qu’elle est venue, comme l’a montré la séquence 2021-2022. C’est la différence essentielle entre un gain de compétitivité et un contre-choc de cours mondiaux, et elle mérite d’être posée avant toute conclusion optimiste.
Deux signaux vont d’ailleurs dans l’autre sens. D’abord l’agriculture et l’agroalimentaire : l’excédent se dégrade de 5 Md€ et tombe à 0,2 Md€, son plus bas niveau depuis au moins 2000. Une position exportatrice historique de la France s’efface sous nos yeux, et cette érosion, elle, n’a rien de conjoncturel.
Ensuite les droits de douane américains entrés en vigueur en août 2025. Sur le seul quatrième trimestre 2025, la Douane mesure un recul sur un an de 47 % pour les spiritueux, 39 % pour les vins, 25 % pour les parfums et cosmétiques et 15 % pour la maroquinerie. Les exportateurs ont partiellement absorbé le choc en baissant leurs prix sur le marché américain, de 12 % pour les vins, 18 % pour les spiritueux et 20 % pour les produits de beauté, tout en maintenant des prix quasi stables ailleurs. Cette absorption protège les volumes mais rogne les marges, donc à terme l’impôt sur les sociétés.
Le lien avec la dette publique
Il existe, mais il faut le décrire exactement, sous peine d’écrire une contre-vérité. Trois canaux, d’intensité très inégale.
- La base fiscale et sociale. Un bien produit à l’étranger et consommé en France génère de la TVA mais peu de valeur ajoutée nationale, donc peu de cotisations et peu d’impôt sur les sociétés. À consommation identique, une production domestique alimente davantage les recettes. Cet effet est réel, continu et lent. Il n’est pas chiffrable comme une ligne budgétaire.
- Le coût des chocs d’importation. C’est le canal le plus visible et le plus onéreux. Quand la facture énergétique explose, l’État intervient : la Cour des comptes chiffre à environ 72 Md€ le coût brut des mesures énergie de 2021 à 2024, et à 36 Md€ leur besoin de financement net. Là, le lien entre dépendance importée et dette publique est direct et documenté (voir le coût du bouclier tarifaire).
- Le financement extérieur. Environ 56 % de la dette négociable de l’État est détenue par des non-résidents fin 2025, selon la série Webstat de la Banque de France. Ce n’est pas une conséquence du déficit commercial, contrairement à ce qui est souvent avancé : c’est le résultat de la profondeur et de la liquidité du marché des titres français. Le sujet est traité en détail sur qui détient la dette de la France.
Ce qu’il faut donc écarter : l’idée qu’un déficit commercial « se transforme » en dette publique, ou qu’il faudrait « emprunter pour payer les importations ». Les importations sont payées par ceux qui les achètent. L’État n’intervient que lorsqu’il décide de compenser un choc de prix, et c’est alors sa décision, pas le déficit commercial, qui crée de la dette.
Ce que disent les comparaisons européennes
La comparaison la plus honnête se fait sur le solde courant, seule grandeur harmonisée entre pays. Les chiffres qui suivent proviennent tous d’une même source, les données annuelles de balance des paiements d’Eurostat, et sont donc comparables entre eux.
| Pays | Solde courant 2019 | Solde courant 2022 | Solde courant 2025 |
|---|---|---|---|
| France | +0,6 % | -1,4 % | -0,4 % |
| Allemagne | +7,9 % | +4,1 % | +4,5 % |
| Italie | +3,2 % | -1,8 % | +1,1 % |
| Espagne | +2,1 % | +0,4 % | +2,9 % |
Source : Eurostat, « Current account balance, annual data » (tipsbp20), solde vis-à-vis du reste du monde en pourcentage du PIB, mise à jour du 7 août 2026.
La France est le seul des quatre pays à rester en déficit courant en 2025. L’écart avec l’Allemagne est considérable, mais l’excédent allemand n’est pas en soi une vertu : il traduit aussi une demande intérieure durablement plus faible, ce que la Commission européenne relève régulièrement au titre de la procédure sur les déséquilibres macroéconomiques. Sur le seul commerce de biens, l’ordre de grandeur allemand est d’un tout autre niveau : Destatis mesure un excédent de 105,7 Md€ sur le seul premier semestre 2026, en repli de 0,7 % sur un an. Ce montant porte sur un semestre et sur la statistique nationale allemande : il donne une échelle, il ne se compare pas terme à terme au solde FAB/FAB annuel français.
Le cas italien est le plus instructif pour ce site. L’Italie affiche un solde courant excédentaire et une dette publique très supérieure à celle de la France. Un pays peut donc être extérieurement solide et budgétairement fragile. La comparaison complète figure sur dette de la France et de l’Europe.
Leviers
- Réduire la dépendance aux importations d’énergie fossile, seul poste dont la variation explique à elle seule les mouvements récents du solde (voir énergie et dette publique).
- Enrayer l’érosion agroalimentaire, dont l’excédent est passé sous 1 Md€ : compétitivité coût, renouvellement des exploitations, accès aux marchés.
- Monter en gamme plutôt qu’en volume, la stratégie déjà à l’œuvre dans l’aéronautique et le luxe, secteurs qui portent les excédents restants.
- Consolider les excédents de services, tourisme et services aux entreprises, qui compensent aujourd’hui l’essentiel du déficit de biens.
- Accompagner les PME exportatrices, dont la part dans les exportations françaises reste faible comparée à l’Allemagne ou à l’Italie.
- Sécuriser les intrants stratégiques plutôt que de viser une substitution générale des importations, dont le coût dépasserait rapidement le gain (voir réindustrialisation et dette).
Aucun de ces leviers ne produit d’économie budgétaire immédiate, et aucun ne réduit mécaniquement la dette publique. Leur intérêt est de rendre le pays moins vulnérable aux chocs de prix importés, donc moins souvent contraint de financer des dispositifs d’urgence à plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Questions fréquentes
Quel est le déficit commercial de la France en 2025 ?
Le solde des échanges de biens s’établit à -69,2 Md€ en données FAB/FAB, selon les résultats annuels publiés par la direction générale des douanes et droits indirects en février 2026. C’est une amélioration de 10,0 Md€ par rapport à 2024 (-79,2 Md€) et un net repli par rapport au pic de 2022 (-161,7 Md€), mais le solde reste inférieur de 11,1 Md€ à son niveau de 2019.
Le déficit commercial est-il une dette publique ?
Non, et c’est la confusion la plus fréquente sur ce sujet. Le déficit commercial mesure l’écart entre ce que la Nation entière achète et vend à l’étranger, ménages et entreprises compris. La dette publique est l’encours emprunté par les administrations publiques. Les deux ne se rejoignent qu’indirectement, par la croissance, par la base fiscale et par le coût des mesures prises lors des chocs d’importation.
Pourquoi 703,6 moins 614,7 ne donne-t-il pas 69,2 ?
Parce que les deux montants ne sont pas mesurés de la même façon. Les exportations sont valorisées FAB, franco à bord, et les importations CAF, coût assurance fret, c’est-à-dire frais de transport et d’assurance inclus. La différence brute de 88,9 Md€ n’est donc pas le solde. Le solde publié, -69,2 Md€, est calculé FAB/FAB, après retrait de ces coûts d’acheminement.
La France est-elle en déficit courant ?
À peine. Selon les données annuelles de balance des paiements publiées par Eurostat (mise à jour du 7 août 2026), le solde des transactions courantes français ressort à -0,4 % du PIB en 2025, après -0,3 % en 2024. Les excédents de services et les revenus d’investissement compensent l’essentiel du déficit de biens. Confondre le déficit de biens avec un déficit courant conduit à surestimer largement le déséquilibre extérieur français.
Pourquoi le déficit commercial s’est-il amélioré en 2025 ?
Presque uniquement grâce à l’énergie. Le reflux des prix du pétrole raffiné et des hydrocarbures naturels explique l’essentiel des 10 Md€ d’amélioration, tandis que l’excédent agricole et agroalimentaire s’effondre de 5 Md€ pour tomber à 0,2 Md€, son plus bas niveau depuis au moins 2000. Une amélioration qui tient aux prix de l’énergie est réversible.
Faut-il s’inquiéter que 56 % de la dette de l’État soit détenue à l’étranger ?
Ce n’est pas un signal négatif en soi : cela traduit aussi la liquidité et l’attractivité des titres français. Le risque est de nature différente, une part élevée de détenteurs non résidents rendant le coût de financement plus sensible à un retournement de confiance international. La part de détention non résidente de la dette négociable de l’État ressort à environ 56 % fin 2025 (Banque de France, Webstat).
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