Déficits · 2026
Déficit de la branche maladie
Cumul pédagogique depuis le 1er janvier
Base 2025 : 15 900 000 000 € par an. Rythme reconduit, sans mesure quotidienne.
Branche maladie des régimes de base.
Données du 23 septembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
Près d’un adulte sur six en France a connu un épisode dépressif caractérisé en 2024 (Santé publique France). Avec 27,8 milliards d’euros remboursés en 2023, la santé mentale est l’un des tout premiers postes de dépenses de l’assurance maladie, et la première cause d’arrêt de travail long. Reste à dire précisément ce que cela pèse, et ce que cela ne pèse pas, sur la dette publique.
Projections pédagogiques : les bases annuelles sont lissées sur l’année.
Déficits · 2026
Cumul pédagogique depuis le 1er janvier
Base 2025 : 15 900 000 000 € par an. Rythme reconduit, sans mesure quotidienne.
Branche maladie des régimes de base.
Dépenses · 2026
Cumul pédagogique depuis le 1er janvier
Base 2024 : 261 156 300 000 € par an. Rythme reconduit, sans mesure quotidienne.
Dépenses publiques de la fonction « Santé », classification COFOG GF07.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
En 2024, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans déclarent avoir vécu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois, selon le Baromètre de Santé publique France publié en novembre 2025. Santé publique France identifie les femmes, les jeunes adultes et les personnes en situation de précarité ou d’isolement parmi les plus exposés ; c’est chez les 40-49 ans que la part d’épisodes sévères est la plus élevée, à 7,1 %. C’est ce chiffre de 15,6 % qui autorise la formule « près d’un adulte sur six », mais il faut le lire pour ce qu’il est : une mesure déclarative obtenue par questionnaire standardisé auprès d’un échantillon aléatoire, et non un décompte de diagnostics médicaux posés.
La comparaison dans le temps demande la même prudence. Les éditions précédentes du baromètre portaient sur les 18-75 ans. Sur ce champ, la prévalence était de 9,8 % en 2017, puis de 13,3 % en 2021 (Santé publique France, Baromètre santé 2021, publié au BEH en 2023). L’écart entre les sexes y était documenté : 16,6 % chez les femmes contre 9,8 % chez les hommes en 2021, après respectivement 13,0 % et 6,4 % en 2017. La hausse est établie et documentée sur trois enquêtes successives ; son ampleur exacte dépend de la tranche d’âge retenue, ce qui interdit de soustraire directement 15,6 % de 9,8 % pour en tirer un « bond » chiffré.
Un résultat de 2024 pèse directement sur la suite du raisonnement budgétaire : 44 % des personnes concernées n’ont eu aucune prise en charge dans l’année, et cette proportion monte à 54 % chez les hommes. Les agriculteurs, artisans et chefs d’entreprise figurent parmi les catégories les moins soignées, avec plus d’un cas sur deux sans recours. Un trouble non traité ne disparaît pas des comptes publics : il y réapparaît plus tard, sous forme d’arrêt long, d’hospitalisation ou d’invalidité, à un coût supérieur.
La cartographie médicalisée des dépenses de l’Assurance Maladie, actualisée en juillet 2025 sur le millésime 2023, chiffre à 27,8 milliards d’euros l’ensemble « maladies psychiatriques et traitements chroniques par psychotropes », soit 14 % des 202,5 milliards remboursés cette année-là par les régimes obligatoires. Environ deux tiers de ce montant relèvent des maladies psychiatriques proprement dites, le tiers restant des traitements psychotropes chroniques (antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques) délivrés sans qu’un diagnostic psychiatrique soit enregistré.
Le rang exact de la santé mentale dans le classement des dépenses dépend du regroupement retenu, et c’est une source fréquente de confusion. Dans cette même cartographie de juillet 2025, elle se situe derrière les maladies cardiovasculaires et pathologies associées (45 milliards d’euros, près de 16,5 millions de personnes concernées) et derrière les hospitalisations hors pathologies repérées (44,9 milliards), à peu près à égalité avec les cancers (27 milliards). Le rapport d’information du Sénat n° 787, déposé le 25 juin 2025, la qualifie pour sa part de « premier poste de dépenses de l’Assurance maladie » sur un périmètre plus étroit, celui des dépenses remboursées « au titre de la souffrance psychique et des maladies psychiatriques », qu’il chiffre à « plus de 23 milliards d’euros par an ». Les deux énoncés sont exacts dans leur périmètre respectif. Ce qui ne l’est pas, c’est d’affirmer que la santé mentale est le premier poste de dépenses sans préciser lequel.
Pour situer l’échelle, la dépense courante de santé au sens international atteint 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % du PIB, dont 255 milliards de consommation de soins et de biens médicaux (DREES, comptes de la santé, édition 2025). Les deux agrégats ne se rapportent ni à la même année ni au même périmètre : les 27,8 milliards sont des remboursements de l’assurance maladie obligatoire, la dépense courante de santé inclut aussi les complémentaires, le reste à charge des ménages, la prévention et les coûts de gestion. Il ne faut donc pas les diviser l’un par l’autre pour en tirer une « part » de la santé mentale.
Le deuxième canal budgétaire passe par le travail. Selon le rapport sénatorial de juin 2025, les troubles psychiques sont devenus la première cause d’arrêt de travail de longue durée : ils représentent 31 % des arrêts longs en 2023, contre 14 % en 2020. La durée moyenne d’un arrêt pour motif psychique est de 33 jours, contre 19 jours toutes causes confondues. Un arrêt long coûte davantage qu’un arrêt court à nombre d’arrêts égal, ce qui rend cette bascule financièrement significative.
Elle intervient dans un contexte de forte progression des indemnités journalières. L’Assurance Maladie, dans son rapport Charges et produits pour 2026 publié en juin 2025, relève une hausse des dépenses d’indemnités journalières de 27,9 % entre 2019 et 2023. Elle attribue environ 60 % de cette hausse à des facteurs démographiques et salariaux (population active plus âgée, salaires plus élevés donc indemnités plus élevées) et environ 40 % à un allongement de la durée et à une fréquence accrue des arrêts. Les indemnités journalières maladie versées par les régimes de base atteignent 12,1 milliards d’euros en 2024, sur 21,3 milliards toutes indemnités journalières confondues, accidents du travail et maternité inclus (DREES, comptes de la santé, édition 2025). La DREES précise que ces indemnités sont un revenu de remplacement et non une dépense de soins : elles sont hors du champ des agrégats des comptes de la santé, et ne s’ajoutent donc pas aux 255 milliards de la consommation de soins et de biens médicaux.
Réserve importante : la part exacte des troubles psychiques dans le montant des indemnités journalières n’est pas publiée. Les sources disponibles documentent leur place dans le nombre d’arrêts longs et leur durée moyenne. Toute conversion en milliards d’euros serait ici une reconstitution, pas une donnée.
Des estimations « toutes causes » circulent régulièrement, et il faut savoir d’où elles viennent. La plus citée est celle de la Cour des comptes, reprise par le rapport sénatorial de juin 2025 : les coûts économiques et sociaux indirects induits par les maladies psychiatriques y sont évalués à « plus de 107 milliards d’euros », mais ce chiffrage date de 2011, et le Sénat se borne à noter que « ce chiffre n’a pu que progresser », sans le réactualiser. Lors des auditions de ce même rapport, le psychiatre Raphaël Gaillard avance un ordre de grandeur voisin, environ 110 milliards d’euros par an, en précisant que l’essentiel relève de coûts indirects (perte de force de travail, handicap) et non de soins, et que l’OCDE situe la charge de la santé mentale entre 3 % et 4 % du PIB dans les pays développés. En commission, le chiffre de 100 milliards d’euros a également été cité. La fourchette qui circule dans le débat public se situe donc autour de 100 à 110 milliards d’euros.
Ces estimations ne sont pas des lignes budgétaires. Elles reposent sur trois éléments qui appellent chacun une réserve. Leur millésime d’abord : l’évaluation de référence, celle de la Cour des comptes, remonte à 2011 et n’a pas été refaite depuis. Leur méthode ensuite : la part la plus lourde vient de la valorisation des heures de travail perdues et des années de vie en mauvaise santé, une convention de calcul et non une mesure comptable ; changer la convention change le résultat de plusieurs dizaines de milliards.
Leur périmètre enfin : ces chiffrages englobent déjà les remboursements de soins. Additionner 27,8 Md€ de remboursements et 107 Md€ de « coût global » reviendrait à compter deux fois les mêmes euros. La seule lecture défendable est la suivante : les 27,8 Md€ sont un flux budgétaire vérifiable, les 100 à 110 Md€ sont un ordre de grandeur macroéconomique débattu, dont le premier est un sous-ensemble.
La France comptait 15 582 psychiatres au 1er janvier 2023, dont 48 % de salariés hospitaliers et 30 % de libéraux (Sénat, rapport n° 787). La répartition est très inégale : la densité va de 5,5 psychiatres pour 100 000 habitants dans l’Indre à 69 à Paris. La pédopsychiatrie concentre les difficultés : les effectifs hospitaliers y ont reculé de 40 % entre 2010 et 2025, alors que le nombre d’enfants et d’adolescents suivis a augmenté d’environ 60 % en vingt ans et que les hospitalisations ont plus que doublé. Un quart des départements ne compte aucun pédopsychiatre.
Le nombre de lits d’hospitalisation en psychiatrie est passé de 65 600 en 2008 à 51 329 en 2023, soit un recul de 22 %, et le Sénat relève qu’en zone rurale le taux d’occupation des hôpitaux psychiatriques dépasse souvent le seuil recommandé de 85 %. Les 2 934 centres médico-psychologiques (1 630 pour adultes, 1 304 infanto-juvéniles) restent la porte d’entrée du dispositif public, avec des délais d’attente de plusieurs mois pour un premier rendez-vous avec un psychiatre.
Le dispositif Mon soutien psy a été créé pour désengorger cette porte d’entrée en ouvrant l’accès direct au psychologue. Il permet 12 séances par année civile, facturées 50 € et remboursées à 60 % par l’Assurance Maladie, le reste étant en principe pris en charge par la complémentaire (ameli.fr, 2026). Au 28 février 2025, il comptait 586 858 bénéficiaires depuis son lancement, pour plus de 3,1 millions de séances réalisées, soit 4,7 séances par bénéficiaire, et 5 217 psychologues conventionnés. Plus des deux tiers des bénéficiaires sont des femmes, et 22 % ont entre 12 et 25 ans. L’enveloppe prévue est de 660 millions d’euros sur 2022-2026, un montant sans commune mesure avec les 27,8 milliards de remboursements annuels.
Le lien avec la dette publique existe, mais il faut en dire la nature exacte. Les 27,8 milliards de remboursements ne sont pas une dépense « en trop » : c’est le coût de soigner, et la question budgétaire n’est pas leur existence mais leur trajectoire. Or cette trajectoire s’inscrit dans une branche déjà déficitaire : le régime général de la Sécurité sociale affichait un solde de −17,3 milliards d’euros en 2024, dont −14,5 milliards pour la seule branche maladie (Commission des comptes de la Sécurité sociale, octobre 2025). Ces déficits alimentent la dette sociale portée par la CADES et l’ACOSS.
L’effet net d’une meilleure prise en charge est en revanche incertain, y compris dans son signe. Mieux repérer et mieux traiter coûte d’abord plus cher : plus de consultations, plus de professionnels à rémunérer, plus de médicaments remboursés. Le taux de non-recours de 44 % constaté en 2024 signifie qu’une politique efficace ferait entrer dans le système des centaines de milliers de personnes qui n’y sont pas. Les économies éventuelles arrivent plus tard, par moins d’arrêts longs, moins d’entrées en invalidité et davantage d’activité maintenue. Aucune évaluation publique française ne chiffre ce solde à horizon connu.
Écrire que « soigner la santé mentale réduirait la dette » irait donc au-delà de ce que disent les sources. Ce qui peut s’écrire tient en trois phrases. La santé mentale pèse 27,8 milliards d’euros de remboursements, soit un euro sur sept remboursé par l’assurance maladie. Son principal canal budgétaire secondaire, les arrêts longs, progresse rapidement. Et l’offre de soins publique, mesurée en lits et en pédopsychiatres, recule pendant que la demande augmente, ce qui déplace la dépense vers des prises en charge plus tardives et plus coûteuses. C’est cette configuration, et non un montant unique, qui constitue l’enjeu de finances publiques.
En 2024, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans déclarent avoir vécu un épisode dépressif caractérisé dans l’année, soit près d’un sur six (Santé publique France, Baromètre 2024, publié le 12 novembre 2025). Il s’agit d’une mesure déclarative par questionnaire, pas d’un décompte de diagnostics. Sur l’enquête précédente, en 2021 et sur les 18-75 ans, la prévalence atteignait 16,6 % chez les femmes contre 9,8 % chez les hommes.
27,8 milliards d’euros de remboursements en 2023 pour l’ensemble « maladies psychiatriques et traitements chroniques par psychotropes », soit 14 % des 202,5 milliards remboursés cette année-là (Assurance Maladie, cartographie Data pathologies, juillet 2025). Dans cette même cartographie, les maladies cardiovasculaires et pathologies associées atteignent 45 milliards et les cancers 27 milliards : la santé mentale est donc l’un des tout premiers postes, sans être le premier au sens de ce classement. Le Sénat la qualifie de premier poste sur un périmètre plus étroit, chiffré à plus de 23 milliards.
Des estimations de l’ordre de 100 à 110 milliards d’euros par an circulent, la plus citée étant celle de la Cour des comptes, qui remonte à 2011 et n’a pas été refaite. Elles reposent sur des conventions de valorisation du travail perdu et englobent déjà les 27,8 milliards de remboursements : additionner les deux reviendrait à compter deux fois les mêmes euros.
Ils sont la première cause d’arrêt de longue durée : 31 % des arrêts longs en 2023 contre 14 % en 2020, pour une durée moyenne de 33 jours contre 19 jours toutes causes confondues (Sénat, rapport d’information n° 787, juin 2025). Leur part dans le montant total des indemnités journalières n’est pas publiée.
Le dispositif Mon soutien psy ouvre droit à 12 séances par année civile, facturées 50 € et remboursées à 60 % par l’Assurance Maladie, sans adressage médical obligatoire. Au 28 février 2025, il comptait 586 858 bénéficiaires et 5 217 psychologues conventionnés (Sénat, rapport n° 787).
Aucune évaluation publique française ne chiffre ce solde. Mieux repérer et mieux traiter coûte d’abord plus cher, les économies éventuelles venant plus tard par moins d’arrêts longs et moins d’invalidité. Ce que l’on peut dire sans forcer : la santé mentale pèse 27,8 milliards d’euros de remboursements, un euro sur sept, dans une branche maladie déjà déficitaire.
→ Solitude et finances publiques→ Maladies chroniques et dette→ Le déficit de la Sécurité sociale
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