Déficits · 2026
Déficit de la branche maladie
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Base 2025 : 15 900 000 000 € par an. Rythme reconduit, sans mesure quotidienne.
Branche maladie des régimes de base.
Données du 22 septembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
La cartographie des pathologies de l’Assurance Maladie a réparti 212,6 milliards d’euros de dépenses remboursées en 2024, pour 67,6 millions de personnes. Les pathologies et traitements chroniques en concentrent 63 %, soit environ 134 milliards, et concernent 26 millions de personnes. La prévention, elle, pèse 8,7 milliards d’euros, soit 2,6 % de la dépense courante de santé. L’écart est saisissant, mais il ne suffit pas à conclure qu’un euro de prévention en remplacerait dix de soins : cette page dit ce que les sources chiffrent, et ce qu’elles ne chiffrent pas.
Projections pédagogiques : les bases annuelles sont lissées sur l’année.
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Dépenses publiques de la fonction « Santé », classification COFOG GF07.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
La cartographie des pathologies et des dépenses, produite par la Caisse nationale de l’Assurance Maladie à partir du système national des données de santé, est la source la plus précise dont dispose la France sur ce sujet. Elle répartit, sans double compte, la totalité des dépenses remboursées par l’assurance maladie obligatoire qui peuvent être rattachées à un individu, entre 59 pathologies regroupées en 18 catégories. La version publiée en juillet 2026 porte sur l’année 2024.
Quatre catégories concentrent plus de la moitié des remboursements. Les hospitalisations hors pathologies repérées arrivent en tête avec 47,1 milliards d’euros, soit 22 % du total, pour 10,6 millions de patients et une dépense moyenne de 4 450 euros. Viennent ensuite les maladies cardio-neurovasculaires, 30,9 milliards d’euros, soit 15 %, dont 18,7 milliards pour les formes chroniques, c’est-à-dire sans événement aigu dans l’année. Les cancers atteignent 29,3 milliards, soit 14 %, dont 26,8 milliards pour les cancers en phase active de traitement. La santé mentale pèse 29,1 milliards, soit 14 %, dont 20,3 milliards pour les maladies psychiatriques diagnostiquées et 8,8 milliards pour les traitements psychotropes chroniques hors pathologie identifiée. À elles trois, hors hospitalisations non classées, ces catégories représentent 89 milliards d’euros, soit 42 % du total.
L’écart de coût individuel structure tout le reste. Une personne sans pathologie repérée par les algorithmes, et elles sont 35,9 millions, coûte en moyenne 390 euros par an. Une personne suivie pour une pathologie chronique coûte 5 230 euros. Et l’insuffisance rénale chronique terminale, qui ne concerne que 102 899 patients, atteint 46 530 euros par patient et par an, soit 4,8 milliards d’euros au total. Le coût moyen ne dit donc rien sans les effectifs, et les effectifs ne disent rien sans le coût moyen.
La structure des dépenses varie aussi fortement. L’hôpital représente 80 % des dépenses des pathologies cardiovasculaires aiguës et 64 % de celles des cancers actifs, tandis que les soins de ville pèsent 81 % des dépenses affectées au diabète. Une politique qui viserait l’hôpital et une politique qui viserait la ville ne touchent donc pas les mêmes pathologies.
Sur la santé mentale, dont le poids budgétaire est souvent sous-estimé, voir la page dédiée santé mentale et dette.
Une formulation circule beaucoup : « les affections de longue durée représentent 60 % des dépenses de l’assurance maladie ». Elle est proche de la réalité mais elle mélange deux périmètres, et cette page a été corrigée sur ce point.
L’affection de longue durée est un statut administratif. Il est reconnu au patient par le service médical de l’assurance maladie et ouvre droit à l’exonération du ticket modérateur pour les soins liés à la maladie concernée. C’est une catégorie de droits, pas une catégorie médicale.
La pathologie chronique au sens de la cartographie est une catégorie construite par algorithme, à partir des diagnostics hospitaliers, des délivrances de médicaments et, précisément, des ALD déclarées. Le chiffre issu de cette méthode est celui de 63 % de la dépense remboursée individualisable en 2024, pour 26 millions de personnes.
Les deux ensembles se recoupent largement, mais ils ne sont ni identiques ni interchangeables, et la Cnam avertit elle-même que le champ de la cartographie ne se superpose pas non plus à celui de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie. Trois périmètres, trois chiffres, qui ne s’additionnent pas.
Entre 2015 et 2024, la dépense remboursée est passée de 152,7 à 212,6 milliards d’euros, soit près de 60 milliards de plus. Sur la même période, le nombre de personnes ayant eu au moins un remboursement n’a progressé que de 3,3 millions, de 64,3 à 67,6 millions. La dépense moyenne par personne, elle, est passée de 2 380 à 3 140 euros. La hausse vient donc principalement de ce que coûte chaque patient, pas du nombre de patients.
La décomposition publiée par la Cnam est éclairante. Les cancers en phase active expliquent à eux seuls 21,1 % de l’accroissement, leur dépense passant de 14,1 à 26,8 milliards d’euros, sous l’effet des prises en charge hospitalières et des médicaments coûteux. Les hospitalisations hors pathologies repérées expliquent 19,6 % de la hausse, les maladies cardio-neurovasculaires chroniques 9,8 %, les maladies psychiatriques 9,6 %, le diabète 6,1 %, avec une dépense passée de 7,8 à 11,5 milliards d’euros.
Ce constat a une conséquence directe pour le débat budgétaire : une partie substantielle de la croissance des dépenses est le prix de l’innovation thérapeutique, notamment en cancérologie, et non un dérapage de gestion. La prévention n’agit pas sur ce poste-là de la même façon qu’elle agit sur le diabète ou sur les maladies cardiovasculaires.
Le vieillissement s’ajoute à ce mouvement sans s’y substituer : la Cnam note que l’effectif des pathologies chroniques progresse de 1,2 % par an depuis 2015 et devrait continuer de croître avec le vieillissement attendu. Voir vieillissement et dette.
Les comptes de la santé de la DREES chiffrent la dépense courante de santé au sens international à 333 milliards d’euros en 2024, soit 11,4 % du produit intérieur brut, dont 255 milliards de consommation de soins et de biens médicaux. Les administrations publiques en financent 79,4 %, les organismes complémentaires 12,8 % et les ménages 7,8 %.
Dans cet ensemble, les dépenses de prévention s’établissent à 8,7 milliards d’euros en 2024, soit 2,6 % de la dépense courante de santé. Elles avaient culminé à 17,5 milliards en 2021, gonflées par les tests et la vaccination contre le Covid-19, avant de refluer de moitié entre 2021 et 2023. Hors Covid, elles atteignent 8,3 milliards d’euros en 2024, en hausse de 4,8 %. L’Assurance Maladie en finance 43 %, l’État et les collectivités locales 27 %, les ménages 1 %.
Ce pourcentage doit être manié avec précaution, et c’est une réserve importante. Le périmètre retenu par la DREES est restrictif : il recouvre les fonds et campagnes nationaux ou territoriaux, la médecine scolaire, la médecine du travail, la protection maternelle et infantile, et les consultations explicitement identifiées comme préventives. Il ne recouvre pas la prévention intégrée aux soins courants. Un traitement antihypertenseur prescrit en prévention primaire d’un accident cardiovasculaire est comptabilisé en soins de ville, pas en prévention : la cartographie de la Cnam lui affecte d’ailleurs 7,4 milliards d’euros en 2024 sous l’intitulé « traitements du risque vasculaire ». Comparer directement les 2,6 % français à un chiffre étranger construit sur un autre périmètre serait donc trompeur.
Une dernière précaution, la plus importante : ces 8,7 milliards d’euros et les 134 milliards de dépenses chroniques cités plus haut ne reposent pas sur la même base. Les premiers relèvent des comptes de la santé de la DREES et se rapportent à la dépense courante de santé, les seconds relèvent de la cartographie de la Cnam et ne comptent que le remboursé individualisable. Les rapprocher donne un ordre de grandeur, jamais un ratio : diviser l’un par l’autre pour en tirer un « euro de prévention contre quinze euros de soins » n’aurait aucun sens comptable.
La question du retour sur investissement a longtemps été traitée par affirmation. Elle est désormais chiffrée : l’OCDE a publié en 2026, en partenariat avec l’Assurance Maladie, une évaluation des interventions de prévention en France à l’horizon 2050. Les résultats méritent d’être lus tels quels, sans être arrondis vers le haut.
Rendre le Nutri-Score obligatoire produit l’impact le plus fort : environ 1,5 euro économisé par habitant et par an, plus de 2 700 personnes préservées chaque année de développer une maladie chronique, un gain de 10 années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants par an, et l’équivalent de 5 emplois à temps plein supplémentaires pour 100 000 habitants en âge de travailler. Agir sur les facteurs de risque cardiovasculaire rapporte jusqu’à 1 euro par habitant et par an, avec plus de 2 000 personnes préservées annuellement. Un programme d’éducation à la santé mentale en milieu scolaire produit les gains sanitaires les plus élevés, plus de 4 000 personnes préservées par an et 18 années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants, sans économie budgétaire chiffrée au même niveau.
Il faut convertir ces ordres de grandeur pour les rendre lisibles, en signalant que la conversion est la nôtre et non celle de l’OCDE. Rapporté à environ 68 millions d’habitants, 1,5 euro par habitant et par an représente de l’ordre de 100 millions d’euros par an. Face aux 212,6 milliards d’euros remboursés en 2024, cela représente à peu près 0,05 % de la dépense. La mesure de prévention la plus rentable identifiée par l’OCDE ne referme donc pas, à elle seule, une fraction perceptible du déficit.
Cela ne la disqualifie pas, au contraire : le rendement principal de la prévention est sanitaire et non budgétaire, et il s’exprime en années de vie en bonne santé et en cas évités. L’Assurance Maladie chiffre par ailleurs à plus de 41 000 le nombre de nouveaux cas de maladies chroniques qui pourraient être évités chaque année en France en agissant sur les régimes alimentaires, alors que 35 % des apports caloriques de la population proviennent d’aliments ultra-transformés.
Sur les facteurs de risque, les données disponibles sont sans ambiguïté. Le tabac reste responsable de plus de 68 000 décès prématurés en 2023, soit 11 % de la mortalité totale, et demeure la première cause de mortalité évitable en France selon Santé publique France. La bronchopneumopathie chronique obstructive touche 5 à 10 % des adultes de plus de 45 ans, 80 % des cas sont attribuables au tabagisme actif, et il s’écoule en moyenne 17 mois entre les premiers symptômes et le diagnostic. L’obésité concerne 17,9 % des habitants dans l’Hexagone et 22,4 % dans les départements et régions d’outre-mer. Enfin, les pneumonies et infections à pneumocoques chez les 65 ans et plus représentent 2,7 à 3,4 milliards d’euros de coûts associés par an, alors que 18,7 % seulement des personnes de cette tranche d’âge sont à jour de leur vaccination.
Le rapport charges et produits publié le 9 juillet 2026 contient des projections inédites, construites sur les données de la cartographie. Elles donnent la mesure la plus honnête de ce que la prévention peut peser à un horizon proche. Une précision de lecture s’impose d’emblée : la Cnam cale ses scénarios sur une base 2024 arrondie à 210 milliards d’euros, légèrement inférieure aux 212,6 milliards de la cartographie détaillée. Les écarts ci-dessous se lisent donc à l’intérieur de cette projection et ne se recombinent pas avec les montants détaillés plus haut.
| Scénario 2030 | Dépense projetée | Effet en points de PIB |
|---|---|---|
| 1. Prolongement des tendances | 270 Md€, soit 60 Md€ de plus qu’en 2024 | +0,7 point |
| 2. Régulation volontariste | 255 Md€ | +0,3 point |
| 3. Régulation volontariste et virage préventif fort | 245 Md€ | +0,1 point |
L’écart entre le premier et le troisième scénario atteint 25 milliards d’euros en 2030. C’est considérable, et c’est le chiffre le plus favorable à la prévention qu’une source officielle française mette aujourd’hui sur la table. Trois précautions s’imposent néanmoins avant de le reprendre.
D’abord, il s’agit d’une différence entre deux projections, pas d’une économie constatée : personne n’encaissera 25 milliards d’euros en 2030. Ensuite, le troisième scénario combine deux leviers, le virage préventif et une régulation volontariste calée sur le rythme de maîtrise observé entre 2015 et 2019 ; le seul apport du virage préventif, dans la présentation de la Cnam, correspond aux 10 milliards qui séparent le deuxième du troisième scénario. Enfin, ce scénario suppose que la prévalence des pathologies reste figée à son niveau de 2023, hypothèse forte alors même que le vieillissement pousse mécaniquement les effectifs à la hausse.
La chaîne qui relie les maladies chroniques à la dette publique est simple à énoncer et facile à exagérer. Les dépenses de santé sont financées à près de 80 % par des administrations publiques ; la branche maladie est en déficit ; ce déficit est financé par de l’emprunt, transféré pour partie à la Caisse d’amortissement de la dette sociale. Le déficit du régime général s’est établi à 17,3 milliards d’euros en 2024, dont 14,5 milliards pour la seule branche maladie, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale d’octobre 2025. Voir le déficit de la Sécurité sociale et la dette sociale.
Ce que la prévention peut faire dans ce cadre est réel mais borné, pour trois raisons. La première est temporelle : les évaluations de l’OCDE portent sur un horizon 2050, et une politique nutritionnelle engagée aujourd’hui ne modifie pas la charge d’une pathologie qui met vingt ans à se déclarer. La deuxième est structurelle : la première source de croissance des dépenses depuis 2015 est le coût des traitements du cancer en phase active, sur lequel la prévention primaire agit peu et tardivement. La troisième est arithmétique : les mesures les mieux documentées se chiffrent en dizaines ou centaines de millions d’euros par an, alors que le déficit de la branche maladie se compte en dizaines de milliards.
Il serait donc faux d’écrire que la prévention réglerait le problème budgétaire de la santé, et tout aussi faux d’en conclure qu’elle est sans effet. Sa justification première est sanitaire, ses gains budgétaires sont documentés mais lents, et elle constitue un des rares leviers qui ne consiste pas à transférer une dépense publique vers les ménages. Ce dernier point est le piège classique des réformes de santé, détaillé sur la page scénario santé préventive : faire baisser la dépense publique apparente sans rien changer au coût réel pour la collectivité.
En 2024, les pathologies et traitements chroniques représentent environ 134 milliards d’euros de dépenses remboursées par l’Assurance Maladie, soit 63 % des 212,6 milliards répartis par la cartographie des pathologies, pour 26 millions de personnes concernées. La dépense moyenne par personne suivie pour une pathologie chronique atteint 5 230 euros, contre 390 euros pour une personne sans pathologie repérée.
Cette formulation circule beaucoup mais mélange deux périmètres. La cartographie de la Cnam mesure 63 % de la dépense remboursée individualisable pour les pathologies et traitements chroniques, ce qui n’est pas la même chose que le statut administratif d’affection de longue durée, lequel ouvre droit à une exonération de ticket modérateur. Les deux notions se recoupent largement sans se confondre, et il n’est pas rigoureux de les substituer l’une à l’autre.
8,7 milliards d’euros en 2024, soit 2,6 % de la dépense courante de santé au sens international, selon les comptes de la santé de la DREES. Ce périmètre est restrictif : il recouvre surtout les campagnes, la médecine scolaire, la médecine du travail et les consultations explicitement identifiées comme préventives, pas la prévention intégrée aux soins courants. L’Assurance Maladie en finance 43 %, l’État et les collectivités 27 %, les ménages 1 %.
Oui, mais les montants documentés sont modestes rapportés à la dépense totale. L’OCDE chiffre en 2026 l’effet d’un Nutri-Score obligatoire à environ 1,5 euro économisé par habitant et par an à l’horizon 2050, soit un ordre de grandeur d’une centaine de millions d’euros par an pour la France, face à 212,6 milliards remboursés en 2024. Les gains sanitaires sont en revanche substantiels : plus de 2 700 personnes préservées d’une maladie chronique chaque année pour cette seule mesure.
Les dépenses remboursées sont passées de 152,7 à 212,6 milliards d’euros entre 2015 et 2024, soit près de 60 milliards de plus. Les cancers en phase active expliquent 21,1 % de cette hausse et les hospitalisations hors pathologies repérées 19,6 %. La progression tient davantage à la dépense moyenne par patient, qui passe de 2 380 à 3 140 euros, qu’au nombre de personnes soignées, qui n’augmente que de 3,3 millions.
Cela infléchirait la trajectoire de dépense, pas le stock de dette, et pas à court terme. L’Assurance Maladie chiffre à 25 milliards d’euros l’écart en 2030 entre un scénario de simple prolongement des tendances et un scénario combinant régulation volontariste et virage préventif fort. Cet écart est une différence entre deux projections, à comparer aux 14,5 milliards de déficit de la seule branche maladie en 2024, et il suppose que la prévalence des pathologies reste figée à son niveau de 2023.
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