Pertes estimées · 2026
Fraude fiscale : vue par impôt
Total non établi
La France ne dispose pas d’un chiffrage officiel global et consolidé de la fraude fiscale.
Données du 22 septembre 2026 · Méthodologie · Sources · Qui sommes-nous
Les montages d’arbitrage de dividendes sont le seul dossier de fraude fiscale internationale qui ait produit, en France, des décisions publiques opposables : deux conventions judiciaires validées par un juge, en 2025 et en 2026. C’est aussi le dossier où l’écart entre le chiffre médiatique, le montant redressé et l’argent réellement encaissé est le plus spectaculaire. Cette page mesure cet écart à chaque étage, et dit à chaque fois lequel des trois est un fait.
Ces agrégats servent de comparaison. Ils ne mesurent pas le coût propre du sujet ou de l’opération décrite sur cette page.
Pertes estimées · 2026
Total non établi
La France ne dispose pas d’un chiffrage officiel global et consolidé de la fraude fiscale.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
Les montages CumCum et CumEx ont donné lieu à 4,5 Md€ de rectifications fiscales notifiées, chiffre annoncé le 24 juillet 2025 et contesté devant le juge. Environ 713 M€ sont réellement entrés au Trésor : 277 M€ recouvrés par la DGFiP à la date du rapport sénatorial de 2022, plus les deux conventions judiciaires d’intérêt public de septembre 2025 et janvier 2026. Au 22 septembre 2026, la dette publique de la France atteint environ 3 571 milliards d'euros (estimation en temps réel), soit 118,6 % du PIB. Dernier chiffre officiel INSEE : 3 460,5 milliards d'euros fin 2025 (115,6 % du PIB).
Quand une société cotée française verse un dividende à un actionnaire non-résident, l’État prélève une retenue à la source. Son taux de droit commun est de 25 % (article 119 bis du code général des impôts), réduit par les conventions fiscales bilatérales. Cette retenue tombe en revanche à zéro si, au moment précis du détachement du dividende, le porteur du titre est un résident français ou un organisme de placement collectif éligible.
C’est cette fenêtre de quelques jours qui est exploitée. Le CumCum consiste, pour l’actionnaire étranger, à transférer temporairement ses titres à un établissement financier français ou conventionné juste avant le détachement, puis à les récupérer une fois le dividende encaissé hors retenue. Le CumEx pousse le schéma un cran plus loin : en jouant sur les délais de règlement-livraison, il fait obtenir la restitution multiple d’une retenue qui n’a été prélevée qu’une seule fois.
La distinction juridique est essentielle
Le CumCum peut relever de l’optimisation, de l’abus de droit ou de la fraude, selon la substance réelle de l’opération : y a-t-il eu transfert effectif du risque, ou simple habillage ? Le CumEx, lui, n’a pas de zone grise : faire rembourser deux fois un impôt payé une fois est une escroquerie. Confondre les deux, dans un sens ou dans l’autre, est la première erreur du débat français sur ce sujet.
Dans les deux cas, le dividende est encaissé en franchise, puis restitué économiquement au propriétaire d’origine par le contrat de prêt-emprunt de titres ou par le dérivé actions, moins la commission. Le CumEx va plus loin : la vente à découvert autour du détachement crée une ambiguïté sur l’identité du propriétaire et permet d’obtenir deux restitutions de retenue pour un seul impôt prélevé. La France est massivement exposée au CumCum ; l’Allemagne et le Danemark le sont au CumEx.
L’article 119 bis A du code général des impôts, introduit en 2019, reposait sur un critère de détention de 45 jours autour du détachement. Il a été réécrit par l’article 96 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, autour de la notion de bénéficiaire effectif, en vigueur depuis le 1er janvier 2026. Ce changement de critère n’est pas un détail de rédaction : c’est lui qui détermine ce que l’administration peut redresser et sur quel fondement, et c’est autour de lui que s’est nouée la séquence de 2023 à 2025 décrite plus bas.
Constaté, sans montant associé Sénat, rapport d’information n° 72 (2022-2023) de Jean-François Husson, « Fraude et évasion fiscales : faire les comptes et intensifier la lutte », partie consacrée aux CumEx Files ; BOFiP, BOI-RES-RPPM-000203 du 17 avril 2025 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 96 ; communiqués du parquet national financier sur les conventions Crédit Agricole CIB et HSBC Bank plc.
Le chiffre revient dans presque tous les articles consacrés au sujet : 33 milliards d’euros de pertes fiscales françaises sur vingt ans. La valeur exacte est 33,4 Md€, et il faut dire d’où elle vient : du rechiffrage des CumEx Files publié le 21 octobre 2021, et pas d’une administration.
Le rechiffrage du 21 octobre 2021 porte sur 150 Md€ pour 12 pays sur 2000-2020, contre 55,2 Md€ pour 11 pays dans l’enquête initiale de 2018.
Ventilation par montage : 141 Md€ de cum-cum, 9,1 Md€ de cum-ex et 0,556 Md€ de cum-ex sur ADR. Par pays, en milliards d’euros : Allemagne 36,0 ; France 33,4 ; Pays-Bas 27,0 ; Espagne 18,9 ; Italie 13,3 ; Belgique 7,5.
Contrairement à ce qu’on lit souvent, la méthode est publiée : note méthodologique de CORRECTIV et travaux de l’équipe du professeur Christoph Spengel, à l’université de Mannheim. Le volet cum-cum, qui pèse 141 des 150 Md€, repose sur une hypothèse unique et volontairement basse : 50 % des dividendes versés à des actionnaires étrangers, multipliés par le taux de la convention fiscale et non par le taux interne. Les auteurs écrivent explicitement que l’Allemagne et la France sont probablement sous-estimées.
Cela ne transforme pas ces 33,4 Md€ en perte constatée. C’est une grandeur estimée, académique et journalistique, portant sur vingt ans, que la DGFiP n’a jamais reprise à son compte et qu’aucune banque mise en cause n’a reconnue. Elle ne se compare pas à un montant encaissé. Mais elle n’est pas non plus une approximation improvisée : elle a une méthode publique, et le principal reproche technique qu’on puisse lui faire est d’être conservatrice.
La fourchette de 1 à 3 Md€ par an souvent citée n’est d’ailleurs pas une division de 33 par 20 : c’est un ordre de grandeur annuel communiqué par l’administration fiscale à la commission des finances du Sénat, qui le retient dans son rapport d’information n° 72 (2022-2023). Nuance à garder : la DGFiP n’a jamais publié d’évaluation propre du manque à gagner CumCum, mais elle a bien transmis au Parlement un ordre de grandeur annuel. Le montant de 33,4 Md€ sur 2000-2020, lui, reste celui de l’enquête, repris tel quel par le Sénat et par la question écrite n° 7339 de Mme Charlotte Leduc, 16e législature, publiée au Journal officiel de l’Assemblée nationale du 18 avril 2023 (p. 3467).
Estimé, constaté comme estimation publiée, contesté quant au montant CORRECTIV, « CumEx Files 2.0 », 21 octobre 2021, et note méthodologique associée ; université de Mannheim, Business School, communiqué CumEx-Files 2.0 ; Sénat, rapport d’information n° 72 (2022-2023).
Contrairement à une idée répandue, l’administration fiscale n’a pas découvert le CumCum dans la presse. Elle notifiait déjà des rectifications sur ces montages dès 2017, soit un an avant la première publication du consortium. Le rapport sénatorial de 2022 en a donné le premier bilan chiffré, à partir des réponses de la DGFiP au questionnaire du rapporteur. Ce bilan a été actualisé publiquement trois fois depuis, et il a presque quadruplé.
| Date | Stock notifié au titre du CumCum | Qui l’annonce |
|---|---|---|
| Octobre 2022 | 1,2 Md€ depuis 2017, dont 804 M€ de droits et 409 M€ de pénalités | DGFiP, réponses au questionnaire du rapporteur du Sénat |
| 2023 | 2,5 Md€ | Gabriel Attal, alors ministre chargé des comptes publics |
| 30 juin 2024 | 4 Md€ en droits, intérêts et pénalités | Ministère de l’Économie |
| 24 juillet 2025 | 4,5 Md€ | Éric Lombard, ministre de l’Économie, à l’issue de sa rencontre avec le président et le rapporteur général de la commission des finances du Sénat |
Détecté, statut contesté, contentieux en cours Sénat, rapport d’information n° 72 (2022-2023), octobre 2022, réponses de la DGFiP au questionnaire du rapporteur ; annonces ministérielles de 2023, du 30 juin 2024 et du 24 juillet 2025 ; communiqué de la commission des finances du Sénat du 24 juillet 2025.
Ce que le passage de 1,2 à 4,5 Md€ mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Il mesure l’activité de contrôle, pas une aggravation de la fraude : ce sont les mêmes montages, sur les mêmes années, que l’administration a continué de redresser. Ces 4,5 Md€ sont un montant détecté, c’est-à-dire notifié, et son statut est contesté : il fait l’objet de contentieux administratifs en cours, et sa base juridique a été fragilisée par le Conseil d’État en décembre 2023 (voir plus bas).
Selon la cellule investigation de Radio France, treize établissements bancaires font l’objet de procédures de redressement. Ils ne sont pas nommés ici, faute de décision publique et opposable les visant.
Pourquoi notifié et encaissé divergent autant ? Un montant notifié est un redressement adressé au contribuable ; il peut être contesté devant le juge de l’impôt, transigé, réduit, ou se heurter à l’insolvabilité ou à la prescription. Le montant encaissé est ce qui entre réellement au Trésor. C’est la distinction que le site applique à tous les chiffres de fraude (voir fraude fiscale en France et les chiffres réels du contrôle fiscal).
Deux établissements ont signé une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) sur des faits d’arbitrage de dividendes. Une CJIP est une transaction pénale conclue avec le parquet, validée par un président de tribunal en audience publique : elle n’emporte pas déclaration de culpabilité, mais c’est une décision publique et opposable, avec un montant chiffré et un communiqué officiel. C’est ce qui rend ces deux établissements citables ici.
5 septembre 2025
Crédit Agricole CIB
Convention conclue le 5 septembre 2025 avec le procureur de la République financier, validée le 8 septembre 2025 par le président du tribunal judiciaire de Paris. Elle vise des opérations de prêt-emprunt de titres et de dérivés actions réalisées entre 2013 et 2023. 88 247 869 € d’amende d’intérêt public ; 134 432 437 € au total en additionnant droits, intérêts, pénalités et amende, dont 37 448 238 € déjà réglés dès 2021. Deux faits méritent d’être soulignés : la convention nomme explicitement la « fraude CumCum », et elle résulte d’une plainte de parlementaires et d’un collectif citoyen consécutive à une enquête journalistique européenne, non d’une initiative de l’administration fiscale.
6 janvier 2026
HSBC Bank plc
Convention conclue le 6 janvier 2026, validée le 8 janvier 2026 par le président du tribunal judiciaire de Paris, pour des schémas de trading impliquant des opérations intragroupes d’arbitrage de dividendes faisant intervenir la succursale parisienne, entre 2014 et 2019. 267 531 000 € d’amende d’intérêt public, auxquels s’ajoutent 34 464 424 € de droits, intérêts et pénalités déjà versés au titre du seul exercice 2019. C’est la première convention française portant explicitement sur des schémas d’arbitrage de dividendes intragroupes qualifiés de fraude fiscale aggravée, et de loin la plus lourde en matière fiscale hors McDonald’s et Google.
Constaté, décisions publiques Communiqué du procureur de la République financier du 8 janvier 2026 pour HSBC Bank plc ; communiqué du procureur de la République financier du 8 septembre 2025 pour Crédit Agricole CIB.
Une limite de sourçage à signaler
Le communiqué de septembre 2025 relatif à Crédit Agricole CIB est un document scanné : son texte a été reconstitué par reconnaissance optique de caractères, puis recoupé avec la presse financière du 8 septembre 2025. Les montants sont concordants, mais cette page préfère le dire plutôt que de présenter une transcription automatique comme une citation littérale.
Trois briques, toutes constituées de sommes effectivement versées. Elles sont de même nature, et donc additionnables entre elles, contrairement au notifié et à l’estimé.
| Origine | Montant encaissé | Date de référence |
|---|---|---|
| Recouvrements de la DGFiP au titre des contrôles CumCum | 277 M€ | Rapport sénatorial d’octobre 2022 |
| Crédit Agricole CIB : 88,25 M€ d’amende d’intérêt public, plus droits, intérêts et pénalités | 134,4 M€ | CJIP validée le 8 septembre 2025 |
| HSBC Bank plc : 267,531 M€ d’amende, plus 34 464 424 € de droits, intérêts et pénalités au titre du seul exercice 2019 | 302,0 M€ | CJIP validée le 8 janvier 2026 |
| Total identifiable | ≈ 713 M€ | Ordre de grandeur, voir la réserve ci-dessous |
Réserve de méthode, à lire avec le total
Les 37,4 M€ déjà réglés en 2021 par Crédit Agricole CIB peuvent être compris dans les 277 M€ arrêtés en 2022. Ce total est donc un ordre de grandeur, et non une addition exacte. Rapportés aux 4,5 Md€ notifiés, ces 713 M€ en représentent 16 % ; rapportés aux 33,4 Md€ estimés sur vingt ans, 2,1 %. Ces deux ratios ne disent pas la même chose, puisque le dénominateur n’est pas de même nature dans un cas et dans l’autre.
L’écart entre 4,5 Md€ notifiés et environ 713 M€ encaissés ne s’explique pas seulement par des délais ou par un contentieux ordinaire. Sur ce dossier, la base juridique du redressement a été fragilisée par le juge, puis le dispositif voté pour la consolider a été affaibli par son propre texte d’application. C’est l’élément le plus souvent absent des articles consacrés au sujet, et c’est celui qui explique le mieux les chiffres.
Après une mise à jour du BOFiP de février 2023 introduisant la notion de bénéficiaire effectif, le Conseil d’État a annulé ces commentaires administratifs par une décision du 8 décembre 2023, n° 472587, 3e, 8e, 9e et 10e chambres réunies, publiée au recueil Lebon. Motif : l’administration allait au-delà de l’intention du législateur. Hors du champ de l’article 119 bis A du code général des impôts, elle ne peut écarter l’interposition d’un résident qu’en mettant en œuvre la procédure d’abus de droit de l’article L. 64 du livre des procédures fiscales, plus lourde et assortie d’une pénalité de 80 %.
Conséquence à dire clairement : cette annulation fragilise rétroactivement une part importante des 4,5 Md€ notifiés. Elle fait partie des raisons pour lesquelles un montant notifié ne devient pas un montant encaissé. Il ne s’agit pas ici d’un montant mais d’une décision de justice : sa nature est sans objet au sens des trois colonnes de ce site, et son statut est constaté.
14 février 2025
La loi réécrit le dispositif anti-CumCum
L’article 96 de la loi de finances pour 2025, loi n° 2025-127 du 14 février 2025, réécrit les articles 119 bis et 119 bis A du code général des impôts et introduit la notion de bénéficiaire effectif. Le volet visant le CumCum externe entre en vigueur le 1er janvier 2026.
Mars et avril 2025
Le commentaire administratif ajoute des exceptions
Le Gouvernement publie au BOFiP un commentaire ajoutant des cas de non-application non prévus par la loi. Le président de la commission des finances du Sénat, Claude Raynal, et le rapporteur général, Jean-François Husson, écrivent au ministre les 31 mars et 17 avril 2025.
19 juin 2025
Un contrôle sur pièces et sur place à Bercy
Faute de réponse jugée satisfaisante, la commission des finances du Sénat déclenche un contrôle sur pièces et sur place au titre de l’article 57 de la loi organique relative aux lois de finances, procédure rare. Le rapporteur général a publiquement mis en cause le lobbying de la Fédération bancaire française : c’est une déclaration qui lui est attribuée, et non un fait établi.
24 juillet 2025
Le ministre s’engage à corriger
À l’issue de sa rencontre avec le président et le rapporteur général de la commission des finances, le ministre de l’Économie Éric Lombard s’engage à corriger le texte d’application. C’est au cours de cette même séquence qu’est rendu public le stock de 4,5 Md€ notifiés.
Constaté, chronologie normative sans montant Conseil d’État, décision n° 472587 du 8 décembre 2023, Légifrance CETATEXT000048543204 ; loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 96 ; BOFiP, BOI-RES-RPPM-000203 du 17 avril 2025 ; Sénat, communiqués de la commission des finances des 19 juin et 24 juillet 2025.
Les 16 et 17 décembre 2021, cinq enquêtes préliminaires ont été ouvertes pour blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée, et, dans un cas, pour fraude fiscale aggravée. Elles ont donné lieu, le 28 mars 2023, à des perquisitions simultanées dans cinq établissements bancaires, avec des moyens sans précédent en matière fiscale : environ 150 enquêteurs du service d’enquêtes judiciaires des finances, la source parlementaire et les dépêches du 28 mars 2023 donnant une fourchette de 150 à 160, et 16 magistrats du parquet national financier mobilisés le même jour.
Les valeurs absolues disent moins que les proportions. Ces 16 magistrats représentaient 16 des 19 magistrats alors en poste au parquet national financier, et les enquêteurs mobilisés, environ 150 des 250 agents du service d’enquêtes judiciaires des finances. La journée du 28 mars 2023 a donc immobilisé l’essentiel des deux services. Elle a par ailleurs vu la participation de six procureurs allemands du parquet de Cologne, seul exemple de coopération judiciaire franco-allemande de cette ampleur sur ce dossier.
Une perquisition n’est ni une mise en examen, ni une condamnation, ni même une accusation formelle. À ce stade, aucun montant n’est constaté au titre de ces cinq procédures, et aucune décision de justice ne vise les établissements concernés, hors Crédit Agricole CIB et HSBC Bank plc qui ont depuis signé une convention.
La règle de nommage appliquée sur cette page
Les noms des cinq établissements perquisitionnés ont été diffusés par la presse et confirmés par les banques elles-mêmes. Cette page ne les reprend pas. La règle du site est simple et sans exception : une entité n’est nommée que sur décision publique et opposable, jugement, convention judiciaire validée, sanction d’autorité ou rapport public nominatif. Une perquisition n’en est pas une.
Cette prudence n’est d’ailleurs pas une invention du site : la question écrite parlementaire de référence décrit elle-même « trois banques systémiques françaises et une banque étrangère » sans les nommer, et la réponse du ministre ne conteste ni ne confirme les faits décrits.
Source officielle, question parlementaire Statut du dossier : non établi. Question écrite Assemblée nationale n° 7339, Journal officiel du 18 avril 2023 (p. 3467), réponse publiée au Journal officiel du 19 septembre 2023 (p. 8305).
La comparaison ne vient pas d’un observateur extérieur, mais du procureur de la République financier lui-même, dans son discours de rentrée à l’audience solennelle du 21 janvier 2025, cité ensuite par la Cour des comptes.
| Moyens dédiés à l’arbitrage de dividendes | Allemagne | France |
|---|---|---|
| Magistrats affectés au contentieux | 20 procureurs | 1 magistrate, chargée par ailleurs de 40 autres dossiers |
| Effectif total du parquet spécialisé | sans objet, service dédié | 20 magistrats, 8 assistants spécialisés, 2 attachés de justice au PNF |
Autrement dit, l’Allemagne consacre à ce seul contentieux l’équivalent de l’effectif total de magistrats du parquet national financier français, toutes affaires confondues. Ce constat n’est pas une opinion : il est porté par le chef de la juridiction concernée et repris dans un rapport public. Il éclaire, sans à lui seul l’expliquer, l’écart entre les sommes évoquées et les sommes encaissées.
Constaté, sans montant associé Jean-François Bohnert, discours de rentrée, audience solennelle du 21 janvier 2025, cité par la Cour des comptes, « La lutte contre la fraude fiscale », décembre 2025, chapitre III ; effectifs confirmés par la réponse ministérielle à la question écrite AN n° 7923, Journal officiel du 2 décembre 2025 (p. 9823).
Panama Papers, Pandora Papers, CumEx Files, listes de comptes non déclarés : les fuites documentaires ont nourri quinze ans de débat public. Le bilan fiscal français consolidé de l’ensemble de ces « leaks » est, lui, rarement cité.
Source officielle, 2022 Sénat, rapport d’information n° 72 (2022-2023), réponses de la DGFiP au questionnaire du rapporteur, partie IV.A.2.
Deux conclusions que ces trois chiffres permettent de tirer
Le taux de transformation. 453 M€ recouvrés sur 1,4 Md€ notifiés, soit 32 %. C’est le seul taux consolidé jamais publié pour l’ensemble des affaires de « leaks » et de « papers ». Notifié et recouvré restent deux grandeurs distinctes : le rapport entre elles est une information, leur somme n’en serait pas une.
L’effet de concentration. Puisque plus de 87 % du stock notifié provient des seuls montages révélés par les CumEx Files, les fuites documentaires proprement dites, Panama, Paradise, Pandora, LuxLeaks, OpenLux, représentent ensemble moins de 180 M€ notifiés au périmètre arrêté en 2022. Autrement dit, quinze ans de révélations documentaires ont produit, en droits notifiés, moins qu’une seule convention judiciaire.
Plus de 600 dossiers ont été examinés depuis avril 2016. Interrogée par l’AFP le 3 avril 2026, la DGFiP a confirmé 271 M€ de droits et pénalités pour 230 dossiers, chiffres arrêtés au 31 décembre 2025. Ce montant est donc constaté : cette page l’a d’abord présenté comme non établi, faute de publication primaire, et cette réserve n’a plus lieu d’être.
Interrogée le même jour, la DGFiP a explicitement indiqué que ces 271 M€ ne correspondent pas à la somme effectivement recouvrée par l’État, et n’a pas été en mesure de fournir le montant encaissé. Dix ans après les révélations, l’administration ne publie pas ce qu’elle a encaissé sur ce dossier.
Les bilans successifs ne se recouvrent d’ailleurs pas : 176 M€ en janvier 2022, dont 112,8 M€ de droits et 63,2 M€ de pénalités ; 167 M€ pour 115 dossiers cités en audition ; 271 M€ pour 230 dossiers au 31 décembre 2025. Nature : détecté, mis en recouvrement, encaissement jamais publié.
Même à ce niveau, le bilan Panama Papers pour la France, dix ans après les révélations, reste d’un ordre de grandeur comparable à celui d’une seule convention judiciaire fiscale : 271 M€ mis en recouvrement, à comparer aux 267,5 M€ d’amende de la seule CJIP de janvier 2026. Et une partie seulement des dossiers examinés, 230 sur plus de 600, a donné lieu à des rappels.
Devant la commission des finances du Sénat, le 13 octobre 2021, le chef du service de la sécurité juridique et du contrôle fiscal de la DGFiP, Frédéric Iannucci, a indiqué en être, pour les Paradise Papers, à 11 M€ de droits et pénalités. Aucune actualisation publique n’a été diffusée depuis, soit près de cinq ans sans bilan. Lors de la même séance, le sénateur Michel Canévet a qualifié ce produit d’« extrêmement limité ». Onze millions d’euros, c’est l’ordre de grandeur d’un seul contrôle fiscal de grande entreprise, pour une fuite qui avait mobilisé une centaine de rédactions. Il s’agit de droits et pénalités détectés, pas d’un encaissement, et l’état est arrêté au 13 octobre 2021.
Le cas des Pandora Papers est le plus simple à résumer, et le plus inconfortable : aucun bilan de recouvrement français n’a jamais été publié. Environ 600 Français sont cités dans les 12 millions de documents, et la direction nationale d’enquêtes fiscales a dû mener des travaux d’enrichissement préalables avant même de pouvoir exploiter la fuite ; ses investigations étaient encore en cours quatre ans après les révélations. Le seul repère chiffré disponible est européen : le Parlement européen évoquait, dans sa résolution du 21 octobre 2021, plus d’un milliard d’euros récupéré par l’ensemble des États membres, sans ventilation par pays. Ce montant ne peut donc pas être attribué à la France, même partiellement.
Pour une série d’enquêtes majeures, aucun bilan financier français n’a jamais été publié. La formulation compte : le résultat n’est pas nul, il est inconnu et non publié. Statut : non établi.
| Enquête | Ce qui est documenté | Bilan fiscal français |
|---|---|---|
| OpenLux, février 2021 | Le Monde et 16 médias : près de 15 000 Français détiennent des sociétés luxembourgeoises gérant au moins 100 Md€ d’actifs, soit environ 4 % du PIB français ; au moins un tiers des 500 plus grandes fortunes françaises y figurent | Aucun bilan publié |
| Football Leaks, 2016 | Enquête pénale ouverte par le parquet national financier dès le 16 décembre 2016 pour blanchiment en bande organisée de fraude fiscale aggravée, escroquerie et association de malfaiteurs | Aucun bilan financier public |
| Suisse Secrets, février 2022 | Plus de 30 000 clients, plus de 100 milliards de francs suisses | Aucun bilan publié |
| Dubai Unlocked, mai 2024 | 74 médias partenaires | Aucun bilan publié |
Non établi, aucun montant publié Sénat, rapport d’information n° 72 (2022-2023) et table ronde du 13 octobre 2021, audition de Frédéric Iannucci ; DGFiP, chiffres confirmés à l’AFP le 3 avril 2026 ; Le Monde et partenaires, OpenLux, février 2021 ; parquet national financier, ouverture d’enquête du 16 décembre 2016 ; OCCRP, Dubai Unlocked, mai 2024.
Tout ce qui précède tient dans une poignée de nombres. Ils sont souvent cités dans la même phrase, parfois additionnés, parfois substitués l’un à l’autre. Ils ne mesurent ni la même chose, ni sur le même périmètre.
| Montant | Périmètre | Nature et statut |
|---|---|---|
| 33,4 Md€ sur 2000-2020 | Arbitrage de dividendes en France, sur vingt ans | Estimé, source journalistique et académique (CumEx Files 2.0, 2021), méthode publiée mais jamais validée par l’administration française |
| 1 à 3 Md€ par an | Arbitrage de dividendes en France, ordre de grandeur annuel | Estimé, ordre de grandeur annuel transmis par l’administration fiscale à la commission des finances du Sénat, jamais publié comme évaluation propre de la DGFiP |
| 4,5 Md€ au 24 juillet 2025 | Rectifications CumCum notifiées par la DGFiP depuis 2017 | Détecté, contesté, contentieux en cours et base juridique fragilisée par le Conseil d’État |
| ≈ 713 M€ | Recouvrements DGFiP de 2022 et deux conventions judiciaires de 2025 et 2026 | Recouvré, constaté, ordre de grandeur (risque de double compte de 37,4 M€) |
| 1,4 Md€ notifiés et 453 M€ recouvrés | Ensemble des fuites documentaires, périmètre arrêté en 2022 | Détecté et recouvré, constaté, source officielle (Sénat, 2022) ; taux de transformation de 32 % |
Ce qu’il faut retenir : le seul de ces chiffres qui soit entré dans les caisses publiques est le plus petit. Les 33,4 Md€ sont une estimation, documentée mais jamais reprise par l’administration. Les 4,5 Md€ sont un montant notifié, donc ni acquis ni encaissé, et une décision du Conseil d’État en a fragilisé la base. Les 713 M€ sont un fait et des recettes. Rapporté à un déficit public de 152,5 Md€ en 2025, l’ensemble du dossier reste un enjeu de justice fiscale majeur, mais ne change pas la trajectoire de la dette : voir les chiffres réels du contrôle fiscal.
Fraude fiscale en FranceLes chiffres réelsCorruption et affairesQui détient la dette
C’est un montage d’arbitrage de dividendes. Un actionnaire étranger d’une société cotée française transfère temporairement ses titres à un établissement financier français ou conventionné juste avant le détachement du dividende, afin d’échapper à la retenue à la source, puis récupère ses titres. Selon la substance réelle de l’opération, il peut relever de l’optimisation, de l’abus de droit ou de la fraude. La retenue à la source de droit commun sur les dividendes versés à des non-résidents est de 25 % (article 119 bis du code général des impôts), réduite par convention fiscale.
Le CumCum évite une retenue à la source qui n’a donc jamais été payée. Le CumEx va plus loin : la vente à découvert autour du détachement crée une ambiguïté sur l’identité du propriétaire et permet d’obtenir deux restitutions pour un seul impôt prélevé. La différence n’est pas technique mais juridique : le premier se discute au cas par cas selon la substance de l’opération, le second est une escroquerie sans zone grise. La France est massivement exposée au CumCum, l’Allemagne et le Danemark au CumEx.
Le chiffre de 33,4 milliards d’euros sur 2000-2020 vient du rechiffrage des CumEx Files du 21 octobre 2021, pas d’une administration. Sa méthode est publiée, travaux de l’université de Mannheim et note méthodologique de CORRECTIV, et repose sur une hypothèse volontairement basse, mais la DGFiP ne l’a jamais reprise à son compte. Ce que l’administration a effectivement notifié est d’un autre ordre de grandeur : 4,5 milliards d’euros au 24 juillet 2025, montant détecté et contesté devant le juge, dont environ 713 millions sont réellement entrés au Trésor.
Parce qu’un montant notifié n’est pas un montant encaissé, et parce que la base juridique du redressement a été fragilisée par le juge. Le Conseil d’État a annulé, par sa décision n° 472587 du 8 décembre 2023, les commentaires du BOFiP de février 2023 introduisant la notion de bénéficiaire effectif, au motif que l’administration allait au-delà de l’intention du législateur. Hors du champ de l’article 119 bis A du code général des impôts, elle doit désormais passer par la procédure d’abus de droit de l’article L. 64 du livre des procédures fiscales, plus lourde. Cette annulation fragilise rétroactivement une part importante des 4,5 milliards notifiés.
Deux établissements ont signé une convention judiciaire d’intérêt public validée par un juge, ce qui les rend citables : Crédit Agricole CIB le 5 septembre 2025, pour 88 247 869 € d’amende d’intérêt public, et HSBC Bank plc le 6 janvier 2026, pour 267 531 000 €. Selon la cellule investigation de Radio France, treize établissements font par ailleurs l’objet de procédures de redressement, et cinq ont été perquisitionnés le 28 mars 2023 ; aucune décision de justice ne les vise à ce jour, cette page ne les nomme donc pas.
Pour les Panama Papers, la DGFiP a confirmé à l’AFP, le 3 avril 2026, 271 millions d’euros de droits et pénalités pour 230 dossiers, chiffres arrêtés au 31 décembre 2025. Mais elle a précisé le même jour que ce montant ne correspond pas à la somme effectivement recouvrée, et n’a pas été en mesure de fournir le montant encaissé. Pour les Pandora Papers, aucun bilan français n’a jamais été publié, comme pour OpenLux, Football Leaks, Suisse Secrets et Dubai Unlocked : le résultat n’est pas nul, il est inconnu. Les Paradise Papers en étaient à 11 millions d’euros de droits et pénalités en octobre 2021, sans actualisation depuis.
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