Depuis 2017, la France reçoit automatiquement les comptes bancaires que ses résidents détiennent à l’étranger :
7,7 millions de comptes au titre de la campagne 2023, transmis par une centaine de juridictions.
Le rendement fiscal, 216 M€ de droits et pénalités en 2023, se lit à côté de ce que le dispositif
ne voit toujours pas : l’immobilier, les crypto-actifs et les États-Unis.
Un nombre de comptes déclarés mesure ce que l’administration détecte.
Un montant de droits et pénalités mesure ce qu’elle recouvre.
Un stock d’avoirs offshore est une estimation académique.
Les trois figurent sur cette page et ne s’additionnent jamais : chacun mesure une chose différente.
Ce que la France reçoit chaque année
7,7 millions de comptes déclarés (campagne 2023)
~100 juridictions partenaires déclarantes
80 partenaires d’échange en 2024, contre 63 en 2018
Au titre de la norme commune de déclaration, une centaine de juridictions partenaires ont transmis à la France
7,7 millions de comptes bancaires détenus à l’étranger par ses résidents pour la campagne 2023.
Le nombre de partenaires d’échange de la France culminait à 80 en 2024, contre 63 en 2018 et 69 en 2019.
Nature du chiffre : détecté. 7,7 millions de comptes, ce n’est en aucun cas
7,7 millions de fraudes ni un montant de fraude. C’est une volumétrie d’information reçue :
comptes joints, comptes clos dans l’année, comptes de personnes morales et doublons y figurent.
Ministère de l’Économie, campagne 2023
Comme point de repère mondial : en 2024, plus de 171 millions de comptes financiers ont été
échangés pour une valeur de près de 13 000 Md€, entre 116 juridictions ayant commencé les échanges,
contre 134 millions de comptes et près de 12 000 Md€ en 2023. Ces 13 000 Md€ sont le solde des comptes
échangés dans le monde, pas un patrimoine offshore ni un montant de fraude.
OCDE, Forum mondial, juillet 2025
L’erreur des 2 300 Md€, à corriger une fois pour toutes
Ce que le chiffre mesure vraiment
Le chiffre de 2 300 Md€ est régulièrement attribué aux avoirs des résidents français à l’étranger.
C’est faux. Il s’agit du solde total des 36,7 millions de comptes financiers échangés entre États européens
en 2022, tous pays confondus, en hausse de 44 % en nombre et de 25 % en solde par rapport à 2021.
La France est le 5e pays d’émission et le 2e pays de réception de ces informations, ce qui explique
probablement la confusion.
Le point le plus important est ailleurs : l’encours des comptes détenus à l’étranger par des résidents
français n’est pas publié. Aucune ventilation par pays d’origine ni par juridiction d’accueil n’est rendue
publique par l’administration. Toute affirmation sur « les milliards des Français à l’étranger » fondée sur
ce chiffre repose donc sur une confusion de périmètre.
Jaune budgétaire PLF 2026, section 3.2
Ce que l’échange automatique rapporte réellement
En 2023, 40 095 dossiers ont été ciblés à partir des données issues des directives DAC1 et
DAC2, soit une hausse de 35 % sur un an. 7 906 contrôles ont été clos, en hausse de 9,8 %,
générant 216 M€ de droits et pénalités, en hausse de 36,7 %. Une campagne d’incitation à régulariser
a par ailleurs touché 3 200 détenteurs de comptes la même année.
Jaune budgétaire PLF 2026, section 3.2
Comparaison à manier avec précaution : rapportés au stock offshore financier des ménages
français, estimé à 676,4 Md USD fin 2023, soit environ 625 Md€, ces 216 M€ représentent
0,03 %. Ce rapport met en regard un montant recouvré sur une année et un
stock estimé par des travaux académiques : ce sont deux grandeurs de nature différente,
et le ratio ne doit pas se lire comme un « taux de récupération ».
Stock estimé : EU Tax Observatory, Global Offshore Wealth 2001-2023, décembre 2025
Le même constat à l’échelle mondiale
Depuis les premiers échanges de 2017, l’utilisation des données de la norme commune de déclaration n’a permis
d’identifier que 5 Md€ de recettes supplémentaires dans le monde entier, dont 0,6 Md€ en 2024.
Le Forum mondial rapporte 135 Md€ de recettes identifiées par l’ensemble des dispositifs
de transparence fiscale depuis 2009, dont 92 Md€ pour les programmes de régularisation
volontaire et 19 Md€ pour l’échange de renseignements sur demande.
OCDE, Forum mondial, juillet 2025
Ensemble des dispositifs de transparence (depuis 2009)
135 Md€
La dernière ligne n’est pas la somme des trois précédentes : 92, 19 et 5 Md€ totalisent
116 Md€. Le Forum mondial ne ventile pas par dispositif l’intégralité des 135 Md€ qu’il rapporte, et le solde
n’est attribué à aucune des trois catégories ci-dessus. Le tableau juxtapose donc trois postes documentés
et un total d’ensemble, il ne les additionne pas.
Le Forum mondial reconnaît par ailleurs que ce chiffre de 5 Md€ est sous-estimé :
seules 40 % des juridictions recevant des données suivent spécifiquement les recettes qui en découlent.
Il faut donc le lire comme un plancher documenté, pas comme une mesure complète.
Ce que la France a en base, et l’écart avec ce que déclarent les contribuables
Le fichier Evafisc, créé par arrêté du 25 novembre 2009, recensait en 2023
quatorze millions de comptes bancaires détenus hors de France par des particuliers ou des sociétés
établis en France. Il est alimenté par l’échange automatique, par Tracfin et par les aviseurs fiscaux.
Cour des comptes, décembre 2025, p. 51
En parallèle, le nombre de déclarations en ligne de détention de comptes à l’étranger est passé de
0,5 million en 2019 (revenus 2018) à 1,5 million en 2023 (revenus 2022),
alors que 7,7 millions de comptes étaient signalés à la France par ses partenaires au titre de la même campagne.
Ne pas transformer cet écart en nombre de fraudeurs
Une partie de l’écart s’explique mécaniquement : comptes joints déclarés une seule fois,
comptes clos, comptes de personnes morales, doublons, comptes de non-résidents mal rattachés.
Aucune réconciliation publique n’a été produite entre les deux séries.
En déduire un nombre de fraudeurs serait une construction personnelle, pas un constat.
Statut : non établi
Premier angle mort : l’immobilier est hors champ
La norme commune de déclaration porte sur les comptes financiers et exclut les biens
immobiliers. Le Gouvernement l’a reconnu devant le Sénat le 18 mars 2025 : le standard autorise
l’échange automatique sur les comptes financiers entre plus de 120 juridictions, mais pas sur l’immobilier.
La France déclare plaider pour l’extension du standard aux biens et revenus immobiliers, sur mandat confié
par le G20 à l’OCDE.
Sénat, question n° 0389S, séance du 18 mars 2025
Chiffre à retenir : zéro bien immobilier étranger n’entre dans l’échange automatique en 2026.
Le seul ordre de grandeur mesuré, et il ne couvre que cinq villes
Ville
Immobilier détenu par des résidents français
Part du marché offshore local
Londres
2,30 Md USD
1,61 %
Dubaï
0,99 Md USD
1,46 %
Singapour
0,74 Md USD
0,97 %
Amsterdam
0,46 Md USD
5,00 %
Oslo
0,07 Md USD
1,68 %
Total des villes mesurées
~4,6 Md USD
Plancher, non une mesure Ces montants doivent être présentés explicitement comme un plancher : ils ne couvrent
que les cinq villes étrangères documentées par le jeu de données, et rien n’autorise à les extrapoler
au patrimoine immobilier offshore français total. Le jeu de données couvre deux localités supplémentaires,
Paris et la Côte d’Azur, qui ressortent à zéro pour les résidents français puisqu’elles ne sont pas
pour eux un placement à l’étranger.
Nature : estimé. Statut : constaté pour ces villes, inconnu au-delà.
EU Tax Observatory, Atlas of the Offshore World, 2025
Le seul taux de non-déclaration jamais mesuré est norvégien
Sur 227 propriétaires de biens à Dubaï résidents fiscaux norvégiens, 66 seulement,
soit environ 29 %, avaient déclaré ces biens dans leur déclaration d’impôt sur la fortune.
Aucun exercice équivalent n’a été publié pour la France. Ce taux ne doit pas être transposé :
il est cité ici comme le seul point de mesure disponible au monde sur cette question.
EU Tax Observatory, Global Tax Evasion Report 2024, chapitre 1
Second angle mort : les crypto-actifs, rien avant 2027
Le cadre de déclaration des crypto-actifs de l’OCDE (CARF) et sa transposition européenne DAC8
(directive (UE) 2023/2226 du 17 octobre 2023) n’ouvriront les échanges qu’en 2027,
sur les données collectées à partir du 1er janvier 2026. La France a signé la déclaration conjointe
du 10 novembre 2023. Une seconde vague de juridictions n’échangera qu’en 2028 :
Suisse, Singapour, Hong Kong et Émirats arabes unis. Les États-Unis sont annoncés pour 2029.
Jusque-là, aucun échange automatique n’existe sur les crypto-actifs.
Ce qui s’applique déjà en France, à ne pas confondre
DAC8 a été transposée par l’article 54 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025,
créant les articles 1649 AC bis à 1649 AC sexies du CGI. Indépendamment de tout échange automatique,
les comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger doivent déjà être déclarés
(formulaire 3916-bis), sous peine d’une amende de 750 € par compte, portée à
1 500 € au-delà d’un certain encours. L’usage de comptes d’actifs numériques non déclarés
ouvre droit à la majoration de 80 %.
2027 ne refermera pas le sujet
Le dispositif ne couvre que les transactions passant par des prestataires de services sur actifs
numériques. Les portefeuilles auto-hébergés et les échanges décentralisés restent hors champ,
de même que le recours à des sociétés-écrans pour masquer l’identité de l’utilisateur.
Cette critique est portée par une institution de recherche, l’EU Tax Observatory, et par une ONG,
le Tax Justice Network : elle est documentée, elle n’émane pas d’une source officielle.
La liste française des États et territoires non coopératifs au 1er juin 2025 comprend
13 juridictions : Anguilla, Antigua-et-Barbuda, Fidji, Guam, les Îles Vierges américaines,
les Îles Turques-et-Caïques, les Palaos, le Panama, la Russie, les Samoa, les Samoa américaines,
la Trinité-et-Tobago et le Vanuatu. La liste de l’Union européenne (annexe I) au 10 octobre 2025
en comprend 11 : les mêmes, moins Antigua-et-Barbuda et les Îles Turques-et-Caïques.
Mise à jour : l’ICIJ titre le 15 octobre 2026 que le Panama a été retiré de la liste de
l’Union. La date exacte de la décision du Conseil et l’état de la liste française sont à vérifier sur les textes
officiels.
Le constat central, sans polémique
Aucune des juridictions qui accueillent effectivement le patrimoine offshore des ménages français
ne figure sur ces listes. La Suisse (241,5 Md USD d’avoirs français en 2023, source :
Atlas of the Offshore World), le Luxembourg,
les îles anglo-normandes, les Émirats arabes unis, Singapour, Hong Kong, les îles Caïmans, les Bermudes
et les îles Vierges britanniques en sont toutes absentes. Les 13 territoires listés par la France
représentent une fraction négligeable du patrimoine offshore français.
L’explication est juridique, pas morale : les listes sanctionnent le défaut de coopération
formelle, non l’accueil de capitaux. Les critères de l’article 238-0 A du CGI sont fondés sur l’échange
de renseignements, et ceux de l’Union sur l’annexe V des conclusions du Conseil du 5 décembre 2017.
Une juridiction qui coopère sort de la liste, quel que soit le volume d’avoirs qu’elle héberge.
Deux lectures non officielles, à identifier comme telles
Oxfam France relève que la liste noire de l’Union ne compte que 4 pays en commun avec la liste
de paradis fiscaux établie par Gabriel Zucman, et aucun avec les 20 pires paradis fiscaux pour les entreprises
identifiés par le Tax Justice Network en 2024. L’organisation demande l’inscription automatique des juridictions
à taux d’imposition nul ou très faible, la transparence sur les bénéficiaires effectifs et l’extension du champ
aux particuliers fortunés, la liste ne visant aujourd’hui que les entreprises.
L’indice d’opacité financière 2025 du Tax Justice Network place en tête les États-Unis,
la Suisse, Singapour, Hong Kong et le Luxembourg, soit exactement les juridictions qui accueillent le patrimoine
offshore français, et dont aucune ne figure sur les listes officielles. Les États-Unis représenteraient à eux
seuls 25 % de l’offre mondiale de services financiers offshore. Il s’agit d’un indice composite de méthodologie
propre à l’organisation.
Sources d’ONG, à distinguer des sources officielles
L’asymétrie américaine, fait juridique vérifiable
Les États-Unis n’appliquent pas la norme commune de déclaration. Ils échangent au titre de FATCA
depuis 2015, sur la base d’accords intergouvernementaux dont le modèle 1A ne comporte qu’un
« engagement politique » de tendre vers une réciprocité équivalente, ce que le Forum mondial consigne
explicitement dans sa revue par les pairs 2025. Conséquence pour la France : les comptes détenus aux États-Unis
par des résidents français ne sont pas couverts par l’échange automatique multilatéral, alors que les États-Unis
reçoivent l’information sur leurs contribuables détenant des comptes en France.
Cette asymétrie n’est chiffrée publiquement nulle part.
Moyens humains et handicaps procéduraux
Le contrepoids, pour que cette page ne se lise pas comme un réquisitoire
La revue par les pairs 2025 du Forum mondial conclut que le cadre juridique français de mise en oeuvre
de la norme est « In Place » pour les deux exigences fondamentales.
La France a commencé les échanges en 2017, sur le fondement de l’article 1649 AC du CGI,
du décret n° 2016-1683 du 5 décembre 2016 et de l’arrêté du 9 décembre 2016, modifiés en dernier lieu
par la loi de finances pour 2025, avec effet au 16 février 2025.
Les moyens humains, eux, sont modestes : la DGFiP a consacré 326 jours-agents à la coopération
fiscale internationale en 2024, contre 238 en 2023, soit, écrit la Cour des comptes,
« moins de deux équivalents en temps plein ». Le nombre de demandes d’assistance administrative
adressées par la France s’élève à 7 737 en 2024, contre 8 217 en 2023 et 3 130 en 2016.
Un délai de prescription plus court qu’ailleurs
Le délai de prescription en matière de contrôle fiscal est de trois ans en France,
contre cinq à sept ans dans la plupart des autres pays. La Cour des comptes constate que la DGFiP est
« souvent contrainte de prolonger par un acte interruptif le délai de prescription » pour obtenir
un renseignement utile à une rectification, et que certaines administrations étrangères confient
aux entreprises contrôlées le soin de rédiger les réponses aux questions de la DGFiP.
L’opacité statistique du dispositif est reconnue
L’EU Tax Observatory relève que l’échange automatique pratiqué depuis 2017-2018 est paradoxalement
entouré de secret : les échanges bilatéraux ne sont observés par personne d’autre que
les deux États concernés, pas même par l’OCDE, et il existe très peu de statistiques agrégées sur les montants
et le type d’informations échangés.
Deux conséquences sont explicitement pointées : cela empêche toute évaluation objective
de l’effet de la norme, et cela permet aux juridictions les plus opaques d’affirmer qu’elles ne sont plus
des paradis fiscaux sans que personne puisse le vérifier. C’est la raison pour laquelle cette page distingue
systématiquement ce qui est détecté, ce qui est recouvré et ce qui reste estimé.
Questions fréquentes
Combien de comptes étrangers sont déclarés à la France chaque année ?
Au titre de la campagne 2023, une centaine de juridictions partenaires ont déclaré à la France
7,7 millions de comptes bancaires détenus à l’étranger. Le nombre de partenaires
d’échange culminait à 80 en 2024, contre 63 en 2018. Ce volume mesure ce que l’administration voit,
pas un montant de fraude.
Les Français détiennent-ils vraiment 2 300 milliards d’euros à l’étranger ?
Non, ce chiffre est mal attribué. Les 2 300 Md€ correspondent au solde total des 36,7 millions
de comptes financiers échangés entre tous les États européens en 2022, pas aux avoirs
des seuls résidents français. L’encours des comptes détenus à l’étranger par des résidents français
n’est pas publié.
Combien l’échange automatique rapporte-t-il à la France ?
En 2023, 40 095 dossiers ont été ciblés à partir des données échangées, 7 906 contrôles ont été clos
et ils ont généré 216 M€ de droits et pénalités, en hausse de 36,7 % sur un an.
À l’échelle mondiale, les données de la norme commune n’ont permis d’identifier que 5 Md€ de recettes
supplémentaires depuis 2017, un chiffre que le Forum mondial reconnaît sous-estimé.
L’immobilier détenu à l’étranger est-il déclaré automatiquement ?
Non. La norme commune ne couvre que les comptes financiers, jamais les biens immobiliers,
ce que le Gouvernement a confirmé devant le Sénat le 18 mars 2025. Zéro bien immobilier étranger
n’entre dans l’échange automatique aujourd’hui, et la France plaide pour une extension du standard
sur mandat du G20 à l’OCDE.
Les crypto-actifs sont-ils couverts par l’échange automatique ?
Pas avant 2027. Le cadre CARF de l’OCDE et sa transposition DAC8 n’ouvriront les échanges
qu’en 2027, sur les données collectées à partir du 1er janvier 2026, avec une seconde vague en 2028
pour la Suisse, Singapour, Hong Kong et les Émirats. Les portefeuilles auto-hébergés et les échanges
décentralisés resteront hors champ.
Pourquoi la Suisse ou le Luxembourg ne sont-ils pas sur la liste française des paradis fiscaux ?
Parce que les listes officielles sanctionnent le défaut de coopération formelle,
pas l’accueil de capitaux. Les critères de l’article 238-0 A du CGI portent sur l’échange
de renseignements : une juridiction qui coopère n’y figure pas, même si elle héberge l’essentiel
du patrimoine offshore français. Les 13 territoires listés au 1er juin 2025 en représentent
une fraction négligeable.
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