Fraude à l’assurance maladie : ce qui est estimé, ce qui est détecté, ce qui rentre
Trois chiffres circulent en permanence sur ce sujet et ils ne mesurent pas la même chose :
1,4 à 1,9 Md€ estimés par an, 365 M€ de préjudice subi
détectés en 2024, et un taux de recouvrement de 53 % sur les indus notifiés.
Les additionner, ou substituer l’un à l’autre, est l’erreur qui rend ce débat inutilisable.
Cette page tient les trois colonnes séparées.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
La fraude à l’assurance maladie est estimée entre 1,4 et 1,9 milliard d’euros par an par la CNAM, sur un champ qui ne couvre que 36 % des dépenses remboursées. Au 23 septembre 2026, la dette publique de la France atteint environ 3 571 milliards d'euros (estimation en temps réel), soit 118,6 % du PIB. Dernier chiffre officiel INSEE : 3 460,5 milliards d'euros fin 2025 (115,6 % du PIB).
La règle : trois colonnes, jamais additionnées
Sur la fraude à l’assurance maladie, presque toutes les confusions publiques viennent d’un même geste :
prendre un montant estimé et le présenter comme une somme perdue, ou prendre un montant
détecté et le présenter comme une somme récupérée. Ce sont trois grandeurs distinctes,
construites par des méthodes différentes, et elles ne se remplacent pas.
1
Estimé
Ce que la fraude représenterait au total, mesuré par sondage sur des dossiers tirés au sort, puis extrapolé.
Ce qui rentre effectivement, après notification, contestation, recours et parfois insolvabilité du débiteur.
53 % des indus frauduleux notifiés en 2019
Le piège le plus courant
Le total annuel communiqué par la CNAM agrège le préjudice subi et le préjudice
évité. Or seul le préjudice subi correspond à de l’argent réellement sorti des caisses.
C’est précisément pour cette raison que l’IGF et l’IGAS ne retiennent que le préjudice subi
lorsqu’ils comparent le détecté à l’estimé.
Ce que l’on estime, et pourquoi les sources divergent
🟦 Source officielleL’estimation officielle de la CNAM
1,4 à 1,9 Md€ par an de fraude estimée, issue du premier cycle d’évaluation de la CNAM 2021-2024 sur des données de contrôle 2018-2019.
Soit 1,8 % à 2,5 % des dépenses, mais sur le seul champ évalué, qui ne couvre que 36 % des dépenses remboursées.
Les professionnels de santé représentent près de 80 % du total estimé, avec un taux de 2,2 % à 2,9 %.
Pour situer : les dépenses du régime général se sont élevées à 244,1 Md€ en 2024.
Ces chiffres sont constatés au sens où ils proviennent d’une évaluation officielle documentée,
mais ils décrivent une grandeur estimée : personne n’a identifié 1,4 milliard d’euros de
dossiers frauduleux nominatifs. Source : IGF-IGAS, « La lutte contre la fraude aux prescriptions et
aux facturations à l’assurance maladie », mission n° 2025-E-047, remise en octobre 2025 et publiée
le 29 juillet 2026, page 15.
Trois institutions officielles, des résultats qui varient du simple au triple
C’est le point que le débat public escamote le plus souvent : sur exactement la même grandeur, trois
institutions publiques, sur quatre millésimes, aboutissent à des ordres de grandeur qui varient du simple au
triple. Cette divergence est une information en soi, elle mesure l’incertitude méthodologique du sujet.
RALFSS de mai 2023, par extrapolation à l’ensemble des actes du taux de fraude estimé sur l’échantillon
Cour des comptes
4,5 Md€
Avril 2025, avec un objectif de récupération d’au moins un tiers, soit 1,5 Md€
Une précision de lecture s’impose sur la ligne HCFiPS : les deux montants ne se succèdent pas parce que la
fraude aurait augmenté de 600 M€, mais parce que le champ évalué a été réévalué entre les deux millésimes.
C’est la valeur réévaluée, et non celle de 2023, qui est cohérente avec la part de 16 % attribuée à la
branche maladie dans l’ensemble de la fraude sociale évaluée. Rapporter le montant de 2023 à la répartition
de 2025 revient à croiser deux millésimes et fausse le calcul.
Statut : contesté. Aucune de ces valeurs n’est un fait acquis. Elles reposent
sur des échantillons, des périmètres et des méthodes d’extrapolation qui ne coïncident pas. La bonne
formulation est donc : « les estimations officielles vont de 1,4 à 4,5 Md€ selon les
institutions et les millésimes », jamais « la fraude à l’assurance maladie coûte X milliards ».
Sources : IGF-IGAS 2025-E-047 p. 15 ; HCFiPS, rapport de septembre 2024, tableau n° 1, et
note annuelle du 13 janvier 2026 ; Cour des comptes, RALFSS mai 2023 et avril 2025, cités par
l’Assemblée nationale, rapport d’information d’avril 2025, partie II.A.
Ordre de grandeur débattu
Qui fraude, d’après ce qui est détecté
La réponse tient en une phrase, et elle contredit les deux caricatures habituelles : les
assurés commettent plus de la moitié des fraudes détectées mais pèsent moins d’un sixième
des montants ; les professionnels de santé libéraux concentrent près des trois quarts
des montants pour un peu plus d’un quart des dossiers. Autrement dit, beaucoup de petits dossiers d’un côté,
peu de gros dossiers de l’autre.
Année
Assurés (dossiers)
Assurés (montants)
Professionnels libéraux (dossiers)
Professionnels libéraux (montants)
2023
54,0 %
19,5 % (91,1 M€)
25,9 %
70,7 % (330,2 M€)
2024
52 à 53 %
17,3 à 18 % (109 M€)
27 %
68 %
2025
53 %
16 % (115 M€)
28 %
73,5 %
En 2023, deux autres catégories complètent le tableau : les établissements de santé,
19,9 % des dossiers pour 9,7 % des montants (45,1 M€), et les employeurs,
0,3 % des dossiers pour 0,1 % des montants. La structure est donc stable sur trois exercices.
Ces chiffres sont des montants détectés, statut constaté. Sources : CNAM, dossiers de
presse « lutte contre la fraude » du 28 mars 2024 (p. 6), du 20 mars 2025 (p. 6) et du
16 avril 2026 (p. 5) ; IGF-IGAS 2025-E-047, p. 11.
Ce que ces pourcentages ne disent pas : ils décrivent la fraude détectée,
donc aussi la façon dont les contrôles sont orientés. Une catégorie peu contrôlée apparaît peu dans les
statistiques de détection sans que cela permette d’en conclure quoi que ce soit sur sa fraude réelle.
Poste par poste : estimé d’un côté, détecté de l’autre
Lecture obligatoire du tableau : la colonne « estimé » et les colonnes
« détecté » ne se comparent pas ligne à ligne et ne s’additionnent en aucun cas. Un poste peut
être le premier en montant estimé et seulement le troisième ou le quatrième en montant détecté, ce qui
est exactement le cas des infirmiers libéraux.
Poste
Estimé par an
Taux estimé
Détecté 2024
Détecté 2025
Infirmiers libéraux
0,34 Md€
5,0 à 6,9 % (2024), 5,4 à 6,3 % (réévaluation 2025)
56 M€ (+11 %)
non publié
Masseurs-kinésithérapeutes
0,20 Md€
5,2 à 6,8 % (2024), 6,5 à 8,4 % (réévaluation 2025)
environ 10 M€
non publié
Médecins généralistes
0,20 Md€
3,1 à 3,5 %
10 M€ (322 dossiers, en baisse de 47 % sur 2023)
44 M€ pour l’ensemble des médecins
Médecins spécialistes
0,18 Md€
2,6 à 4,0 %
24 M€
inclus dans les 44 M€ de la ligne précédente, à ne pas compter deux fois
L’échelle des taux estimés va donc de 0,3 % pour les laboratoires de biologie médicale à
8,4 % pour les masseurs-kinésithérapeutes, soit un rapport de plus de vingt entre les deux
extrémités. Sources : HCFiPS, rapport de septembre 2024, tableaux 1 et 1 bis, p. 79 à 81, et note
du 13 janvier 2026, annexe 3 ; CNAM, dossiers de presse du 20 mars 2025 et du 16 avril 2026.
Une réserve de sourçage doit accompagner la colonne 2025. Le dossier de presse du 16 avril 2026 ne publie de
ventilation par poste, en texte, que pour les centres de santé, les audioprothèses, les transporteurs et les
fournisseurs de dispositifs médicaux. Les montants 2025 des médecins et des chirurgiens-dentistes sont repris
de la presse professionnelle, la CNAM n’ayant pas publié le classement complet sous forme exploitable. Les
mentions « non publié » signifient exactement cela : aucune valeur officielle disponible, et non
une absence de fraude.
Les transports de patients, troisième poste détecté en 2025
C’est la progression la plus visible : 62 M€ détectés en 2025 contre 41,5 M€ en
2024, soit une hausse de près de 50 % en un an. Le détail sépare 30,3 M€ pour les
transporteurs sanitaires, véhicules sanitaires légers et ambulances, contre 19,2 M€ en 2024, et
31,4 M€ pour les taxis conventionnés, contre 22,2 M€. Les mécanismes relevés sont
les véhicules non autorisés, le personnel non diplômé ou non déclaré, la surfacturation kilométrique, les
transports non réalisés, les prescriptions fictives et la collusion entre médecins prescripteurs et chauffeurs.
Un cas type documenté : 7 taxis, 380 transports non réalisés, 290 000 € de préjudice et plus de
145 000 € de pénalités (CNAM, dossier de presse du 16 avril 2026, p. 12 et 21).
Aucune entité n’est nommée ici, faute de décision publique nominative.
Dispositifs médicaux : la plus forte progression relative
Les fournisseurs inscrits à la liste des produits et prestations passent de 18 M€ détectés en 2024 à
33 M€ en 2025, soit +89 %. Les mécanismes décrits sont les surfacturations, les
facturations multiples, le dépassement des seuils, la poursuite d’une location de matériel des mois après le
décès du patient, et la collusion entre prescripteurs et fournisseurs (CNAM, dossier de presse du
16 avril 2026, p. 11).
Trois précisions qui évitent des contresens
Le pic des pharmaciens en 2022 est un effet de circonstance, pas un trait de la profession.
Les 103 M€ détectés en 2022, alors premier poste de fraude détectée, tiennent aux tests antigéniques
Covid. Le niveau est ensuite revenu à 60 M€ en 2023 et 62 M€ en 2024, pour un taux estimé de
0,5 % à 0,8 %, l’un des plus bas de toutes les professions de santé. La hausse de la borne haute
entre l’évaluation 2024 et la réévaluation 2025 tient elle-même à un effet de base, la disparition des
dépenses Covid du dénominateur, et non à une dégradation (CNAM, dossier de presse du 28 mars 2024,
graphique p. 7 ; HCFiPS, annexes précitées).
Chirurgiens-dentistes libéraux et centres de santé dentaires sont deux choses différentes.
Les premiers représentent 9,7 M€ détectés en 2025, en baisse de 30 % ; les seconds,
138 M€. Confondre les deux revient à imputer à une profession libérale un montant qui relève d’un
modèle d’organisation distinct. Le sujet est traité en détail sur la page
fraude aux audioprothèses et centres de santé.
Le reflux du médico-social est une interprétation, pas un fait. Les contrôles sur la double
facturation de soins déjà inclus dans les dotations ont donné 36 M€ en 2023, 63 M€ en 2024 et
54,7 M€ en 2025. La CNAM lit cette baisse comme une amélioration de la qualité de facturation
(dossiers de presse du 20 mars 2025, p. 7 et 8, et du 16 avril 2026, p. 13). C’est une lecture
plausible, pas une donnée : une baisse de la détection peut aussi traduire un changement de ciblage.
La tarification à l’activité, un chiffre qui doit être expliqué
Les contrôles de la tarification à l’activité dans les établissements de santé, suspendus pendant la crise
sanitaire, n’ont repris qu’en 2025. Sur 49 établissements retenus fin 2024, 29 000 séjours
d’activité 2023 ont été contrôlés, avec des irrégularités relevées sur plus de 30 % des
séjours, mais seulement 3 M€ d’indus notifiés. L’écart entre ces deux chiffres n’est pas
une anomalie : une irrégularité de codage n’est pas une fraude, elle peut être une erreur de saisie, une
divergence d’interprétation d’une règle de facturation, ou un écart sans incidence financière. La campagne 2026
porte sur environ 45 000 séjours dans près de 70 établissements (CNAM, dossier de presse du
16 avril 2026, p. 13).
Pourquoi la chaîne de paiement laisse passer
La question la plus utile n’est pas « qui fraude » mais « pourquoi est-ce possible ».
La réponse tient à la façon dont l’assurance maladie paie : vite, sans pièce justificative préalable,
et le plus souvent sans que l’assuré voie passer le moindre euro.
Profession
Taux de tiers payant sur la part obligatoire (2024)
Pharmaciens, laboratoires, infirmiers, transporteurs, centres de santé
plus de 99,5 %
Médecins
64,2 %
Chirurgiens-dentistes
31,5 %
Le tiers payant couvre plus de 95 % des actes des professionnels de santé. Le
rapprochement avec le classement des postes les plus fraudés est direct : ce sont ceux où l’assuré ne voit
jamais passer d’argent et ne peut donc pas jouer, même involontairement, le rôle de témoin de la facturation
(IGF-IGAS 2025-E-047, p. 5 et note 13).
S’y ajoute le rythme du paiement. Depuis 2005, l’ordonnancement global explicite permet de rembourser sans
attendre les pièces justificatives. En 2025, 90 % des feuilles de soins électroniques sont
remboursées en moins de 4,4 jours, la loi du 26 janvier 2016 garantit le paiement sous 7 jours ouvrés
avec pénalités de retard, et le délai maximum de facturation laissé aux professionnels est de
deux ans. L’IGF propose de le ramener à quatre mois (proposition n° 11). Le rapport décrit
un remboursement effectué, pour l’essentiel, à l’aveugle (IGF-IGAS, p. 4, 5, 35 et 36).
Un chiffre à ne surtout pas convertir en fraude
La Cour des comptes chiffre à 1,6 Md€ les prestations payées dont la pièce
justificative n’est toujours pas disponible plus de six mois après facturation (certification des comptes du
régime général, exercice 2024, mai 2025, cité par IGF-IGAS p. 36). Ce n’est pas un
montant de fraude : c’est un montant payé sans justificatif consultable, ce qui est un problème de
contrôle interne, pas un constat d’irrégularité.
Un levier concret existe pourtant. Le téléservice SCOR de transmission dématérialisée des ordonnances n’est pas
obligatoire. La Mutualité sociale agricole, qui a conditionné le remboursement à la transmission de la pièce,
estime les indus évités à 10 M€ en 2024 et 11 M€ en projection 2025
(IGF-IGAS, note 99). Ce sont des indus évités, donc à ne pas confondre avec du préjudice subi détecté
ni avec du recouvrement.
Un contrôle inégal selon les professions
Le rapport IGF-IGAS relève que les spécialistes médicaux sont peu contrôlés, à l’exception des
radiologues et des ophtalmologues, et que le ciblage national des remboursements atypiques ne couvre pas
l’ensemble des professionnels. Détail révélateur : le nombre exact de professions couvertes par ce ciblage
est caviardé dans la version publique du rapport. On sait donc que la couverture est partielle
sans pouvoir en mesurer l’ampleur.
Sur l’intelligence artificielle, souvent présentée comme la solution, le rapport ne relève
qu’une seule expérimentation : à la CPAM de Paris, à compter de mars 2025 et pour un an,
sur l’optique et les audioprothèses (IGF-IGAS 2025-E-047, p. 20 à 22 et note 68). C’est un point
important pour lire les statistiques de détection : elles reflètent d’abord l’intensité et l’orientation
du contrôle, pas la distribution réelle de la fraude.
Les suites données : pénalités, pénal, déconventionnements
Détecter n’est pas sanctionner, et sanctionner n’est pas encaisser. Voici ce que produit la chaîne de suites,
en montants et en volumes constatés.
près de 8 000 (5 900 signalements art. 40, 1 700 plaintes)
Déconventionnements
non publié
plus de 70 professionnels de santé et 23 centres de santé
Un détail éclaire la structure de la fraude : plus de 9 pénalités financières sur 10 concernent
des assurés, principalement pour de faux arrêts de travail, pour un montant moyen de
3 800 € en 2025, après 4 354 € en 2024 (en hausse de 82 % cette
année-là). Les assurés concentrent donc les sanctions individuelles, alors que les montants se concentrent
ailleurs. Les signalements au titre de l’article 40 du code de procédure pénale sont l’obligation faite à toute
autorité constatant un crime ou un délit d’en aviser le procureur. Sources : CNAM, dossiers de presse du
16 avril 2026 (p. 13 et 14) et du 20 mars 2025 (p. 9 et 10).
Ce qui rentre vraiment dans les caisses
🟦 Source officielleRecouvrement constaté en 2024
53 % de taux de recouvrement sur les indus frauduleux notifiés en 2019, contre 55 % l’année précédente, pour un objectif de convention d’objectifs et de gestion fixé à 55 %.
En valeur : 77 M€ recouvrés sur des indus notifiés en 2019.
Pénalités financières : 62 % de recouvrement, soit 9 M€ sur des pénalités prononcées en 2019.
Deux remarques sur ces chiffres. D’abord, le recouvrement se mesure avec cinq ans de recul :
le taux constaté en 2024 porte sur des créances notifiées en 2019, parce qu’il faut ce délai pour que
contestations, recours et procédures d’exécution soient épuisés. On ne peut donc pas rapprocher un taux de
recouvrement d’un montant détecté la même année.
Ensuite, la cause structurelle est juridique : l’Assurance Maladie est créancière
chirographaire, c’est-à-dire sans privilège ni sûreté. En cas de défaillance du débiteur, elle passe
après les créanciers privilégiés. Le rapport IGF-IGAS résume la situation en jugeant que le recouvrement est
« le parent pauvre de la lutte contre la fraude » (2025-E-047, p. 18).
Le ratio qui résume tout
L’IGF et l’IGAS font le calcul que le débat public évite : quelle part de la fraude estimée est
effectivement détectée ? Ils rapportent le préjudice subi détecté, et lui seul, à la
fourchette d’estimation.
2019 : 226 M€ de préjudice subi détecté, soit 12 à 16 % de la fraude estimée
2024 : 365 M€ de préjudice subi détecté, soit 17 à 23 % de la fraude estimée
Reste : environ quatre cinquièmes de la fraude estimée non détectés
La progression est réelle et documentée : la détection a gagné cinq à sept points en cinq ans, et les
auteurs soulignent eux-mêmes que la comparaison reste sujette à caution, les deux termes du rapport étant
incertains. Le rapport
en tire une conclusion prudente, à savoir que subsisteraient « des gisements importants de fraudes non
détectées » (IGF-IGAS 2025-E-047, p. 15 et notes 46 et 47). Le mot « suggèrent » employé par
les auteurs a son importance : il s’agit d’une inférence à partir d’un écart entre deux grandeurs
elles-mêmes incertaines, pas d’un constat.
La chaîne complète, en une ligne
Sur ce sujet, la France dispose d’un enchaînement rare : 1,4 à 1,9 Md€ estimés,
365 M€ de préjudice subi détectés en 2024, puis un recouvrement de
53 % sur les créances notifiées cinq ans plus tôt. Les trois maillons se lisent l’un
après l’autre, jamais l’un à la place de l’autre. À titre de comparaison de périmètre, la fraude maladie
représente environ 16 % des 14 Md€ de fraude sociale évaluée par le HCFiPS en 2025, un ordre de
grandeur sans rapport avec le déficit annuel du régime général, de l’ordre de 17 Md€
(solde 2024 : 17,3 Md€ de déficit, Commission des comptes de la Sécurité sociale,
octobre 2025 ; voir le déficit de la Sécurité sociale).
Combien coûte la fraude à l’assurance maladie en France ?
L’estimation officielle de la CNAM est de 1,4 à 1,9 Md€ par an, soit
1,8 % à 2,5 % des dépenses sur le seul champ évalué, qui ne couvre que 36 % des
dépenses remboursées (IGF-IGAS n° 2025-E-047, publié le 29 juillet 2026). Ce chiffre est
contesté : la Cour des comptes retient de l’ordre de 4 Md€ en 2023 puis 4,5 Md€ en
avril 2025, et le HCFiPS 1,71 Md€ au millésime 2023, réévalué à 2,31 Md€ au millésime
2025. Ce sont des montants estimés, pas des sommes constatées ni récupérables.
Qui fraude l’assurance maladie, les assurés ou les professionnels de santé ?
Les deux, mais pas dans les mêmes proportions. En 2025, les assurés représentent
53 % des dossiers détectés mais 16 % des montants
(115 M€), tandis que les professionnels de santé libéraux concentrent 28 % des dossiers et
73,5 % des montants (CNAM, dossier de presse du 16 avril 2026). Cette
structure est stable depuis 2023. Elle décrit la fraude détectée, donc aussi la façon dont les
contrôles sont orientés.
Quelle part de la fraude à l’assurance maladie est réellement récupérée ?
Le taux de recouvrement constaté en 2024 sur les indus frauduleux notifiés en 2019 est de
53 %, pour un objectif conventionnel de 55 %, soit
77 M€ effectivement encaissés. Les pénalités financières rentrent un peu
mieux, à 62 %, soit 9 M€. L’Assurance Maladie est créancière chirographaire, sans
privilège ni sûreté, ce qui explique une large part de cet écart (IGF-IGAS 2025-E-047,
p. 18).
Quelle profession de santé a le taux de fraude estimé le plus élevé ?
Après la réévaluation de 2025, ce sont les masseurs-kinésithérapeutes, avec un taux
estimé de 6,5 % à 8,4 %, devant les infirmiers libéraux, 5,4 % à 6,3 % (HCFiPS,
note du 13 janvier 2026). Le taux le plus bas revient aux laboratoires de biologie médicale,
0,3 % à 0,4 %. Il s’agit de taux estimés par sondage sur une profession entière, jamais
d’une fraude constatée chez un professionnel identifié.
Quelle part de la fraude estimée est effectivement détectée ?
Entre 17 % et 23 % en 2024, contre 12 % à 16 % en 2019, selon
le calcul explicite de l’IGF et de l’IGAS, qui rapportent 365 M€ de préjudice subi détecté à la
fourchette d’estimation (rapport 2025-E-047, p. 15). Environ quatre cinquièmes de la fraude
estimée échappent donc encore à la détection, sous réserve que l’estimation elle-même soit exacte.
La lutte contre la fraude peut-elle combler le déficit de la Sécurité sociale ?
Non. Même dans l’hypothèse d’école où la totalité de la fraude estimée par la CNAM, 1,4 à
1,9 Md€, serait détectée puis intégralement recouvrée, cela resterait très inférieur au déficit
annuel du régime général, de l’ordre de 17 Md€ (solde 2024 :
17,3 Md€ de déficit, Commission des comptes de la Sécurité sociale, octobre 2025).
La lutte contre la fraude est un sujet de justice et d’efficacité de la dépense, pas une
solution budgétaire. Voir
le déficit de la Sécurité sociale et
la dette sociale.