Travail dissimulé par secteur : deux grandeurs, et des mesures qui datent
Le chiffre du BTP que tout le monde cite date de 2013, celui du gardiennage de 2014.
Pendant ce temps, sécurité privée, intérim et nettoyage concentrent 19 % des redressementsUrssaf pour
5 % de la masse salariale. Cette page sépare ce qui est estimé par tirage au sort de ce
qui est détecté par le contrôle, secteur par secteur, avec le millésime de chaque mesure.
Les postes peuvent se recouvrir : ne pas additionner un total avec ses composantes, ni dépenses, déficits et fraudes.
Deux grandeurs à ne jamais confondre
Presque toutes les erreurs commises sur ce sujet viennent d’une confusion entre deux mesures qui portent le même nom de
« travail dissimulé » mais ne mesurent pas la même chose. Il faut les séparer avant de lire le moindre classement
sectoriel.
Grandeur
Nature
Ce qu’elle mesure
Comment elle est produite
Taux de cotisations éludées, part d’établissements en infraction
Ces deux colonnes ne s’additionnent jamais et ne se classent pas ensemble. Un secteur peut être
premier au classement des montants redressés parce qu’il est massivement contrôlé, et modeste en prévalence estimée.
Un autre peut afficher le taux de dissimulation le plus élevé du pays sans peser sur le total national. Précision
supplémentaire : les montants détectés sont notifiés, et non encaissés. Le passage
du notifié au recouvré est traité sur la page fraude sociale.
Où va l’effort de contrôle, et ce qu’il rapporte
Le tableau de la Cour des comptes rapproche, sur le cumul 2019-2024, trois grandeurs par secteur : son
poids dans la masse salariale, sa part dans les contrôles Urssaf, et sa part dans les montants redressés. Ces montants
sont de nature détectée. Statut : constaté.
Le deuxième bloc redressé par les Urssaf est celui des activités de services administratifs et de soutien,
qui regroupe la sécurité privée, l’intérim et le nettoyage. Il rapporte très au-dessus de son poids.
Le cas des agences de travail temporaire est le plus frappant du tableau : moins de 1 %
des contrôles, arrondi à 0 % dans la source, produisent 7 % des montants redressés, avec un taux de
redressement de 75 %. À l’autre bout, le nettoyage courant de bâtiment affiche le taux
de redressement le plus bas du tableau, 58 %, pour 2 % des redressements.
Ce que ce tableau ne dit pas : il ne dit pas dans quel secteur on dissimule le plus. Un taux de redressement de 75 %
signifie que trois contrôles sur quatre trouvent quelque chose dans une population déjà sélectionnée pour son
risque. Pour savoir où l’on dissimule le plus, il faut le tirage au sort, exposé plus bas.
Source : Cour des comptes, « La politique de lutte contre la fraude aux prélèvements sociaux liée au travail dissimulé », avril 2026, tableau n° 13, p. 66.
Le secteur le plus contrôlé est l’un des moins rentables
L’hébergement-restauration concentre 16 % des contrôles pour 4 % de la masse salariale,
avec un taux de redressement de 83 %, le plus élevé du tableau. Et pourtant il ne représente que
2 % du total des montants redressés. Autrement dit : on y trouve presque toujours quelque chose, et ce
quelque chose est petit.
Le taux de cotisations éludées du secteur, lui, est d’une autre nature : il est
estimé par contrôle aléatoire, et non tiré du rendement des contrôles. Il s’établit à
2,8 % à 5,8 % en 2022-2023, en recul par rapport à 5,0 % à 6,9 % en 2011-2012. Ces
deux grandeurs ne se confondent jamais : la première mesure le rendement du contrôle, la seconde la
prévalence estimée. Un secteur peut être champion de la première et médian pour la seconde, ce qui
est exactement le cas ici. Statut : constaté.
Sources : Cour des comptes, avril 2026, tableau n° 13, p. 66 ; HCFiPS et ACOSS, « Observatoire de l’impact du travail dissimulé sur les finances sociales », 5 décembre 2024, p. 8.
Ce que mesure le tirage au sort, campagne par campagne
Les campagnes de contrôles aléatoires des Urssaf sont la seule méthode qui autorise une extrapolation à
l’ensemble d’un secteur. Toutes les valeurs de ce tableau sont donc de nature estimée. Statut :
constaté. La colonne la plus importante est la première : elle donne l’année de la mesure,
et les écarts de millésime sont considérables.
Un écart de périmètre à signaler plutôt qu’à trancher
Les campagnes 2015 et 2016 sur le transport donnent 11,6 % et 25,3 %
d’établissements en infraction. L’écart ne traduit pas une explosion en un an : il tient au
périmètre, le transport routier au sens large en 2015, le seul fret en 2016. Il faut le signaler
plutôt que de choisir le chiffre le plus fort.
Rapporté à l’effort de contrôle, le transport présente une configuration inverse de celle de
l’hébergement-restauration : 7 % de la masse salariale, 5 % des contrôles, 4 % des montants redressés
pour une prévalence mesurée parmi les plus élevées. Il apparaît donc plutôt sous-contrôlé au regard de
ce que le tirage au sort y a mesuré. Rappel : la prévalence est estimée, les redressements sont
détectés, et ces deux grandeurs ne s’additionnent jamais.
Sources : HCFiPS et ACOSS, « Observatoire du travail dissimulé », 5 décembre 2024, p. 5, 7 et 8 ; HCFiPS, note annuelle 2025, annexe 4, tableau n° 1 ; Cour des comptes, avril 2026, tableau n° 13.
Le record français, et pourquoi il ne change rien au total
La campagne aléatoire 2024 des Urssaf sur le commerce sur marchés a porté sur
477 établissements tirés au sort dans plus de 200 marchés. C’est le record français de
dissimulation mesuré par tirage au sort.
25,9 % d’établissements en fraude ou en irrégularité
Ce taux représente environ dix fois la moyenne du secteur privé employeur, estimée à
1,5 % à 1,9 %. Et pourtant, l’intégration de ce secteur ne modifie pas le taux global de
fraude aux cotisations, pour une raison arithmétique simple : le commerce sur marchés ne pèse que
0,04 % des cotisations.
L’argument central contre toute extrapolation d’un taux sectoriel
C’est l’illustration la plus nette de l’écart entre intensité et masse. Un secteur
peut afficher le taux de dissimulation le plus élevé du pays et rester sans effet mesurable sur le total national.
Transposer un taux sectoriel à l’ensemble de l’économie, opération fréquente dans le débat public, produit
mécaniquement des montants sans rapport avec la réalité. Statut : constaté. Nature :
estimé.
Source : HCFiPS, note annuelle 2025, annexe 4, tableau n° 1 et p. 44, d’après Urssaf Caisse nationale.
Le chiffre du BTP que tout le monde cite date de 2013
La campagne aléatoire sur la construction remonte à 2013 : 2 605 contrôles,
13,7 % d’établissements en fraude ou en irrégularité, 7,8 % de salariés dissimulés, et
un taux de cotisations éludées estimé de 5,9 % à 8,3 %.
Le point méthodologique décisif, rarement dit
L’évaluation publiée en 2024 applique toujours ce taux de 2013 à l’assiette de
2024. Le montant paraît actualisé, mais le comportement mesuré ne l’est pas : seule
la base de cotisations a été rafraîchie, pas le taux de dissimulation. Toute lecture d’une évolution du travail
dissimulé dans le BTP entre 2013 et 2024 à partir de ces montants est donc sans fondement : ce qui varie est
l’assiette, pas le phénomène.
Une nouvelle campagne sur le secteur est en cours en 2025-2026, dans le cadre du plan
BTP. Elle produira la première mesure aléatoire de la construction depuis douze ans. Statut : constaté.
Nature : estimé.
Sources : HCFiPS, note annuelle 2025, annexe 4, tableau n° 1 et méthodologie p. 43 ; annexe 7, p. 57, encadré sur le plan BTP 2025.
Le record d’infraction date de 2014 et n’a jamais été refait
La part la plus élevée d’établissements en infraction jamais mesurée en France appartient au gardiennage :
29,0 %, sur 563 contrôles lors de la campagne aléatoire de 2014. C’est
le taux le plus élevé de toutes les campagnes menées entre 2011 et 2023.
Le taux de salariés dissimulés n’a pas pu être calculé, faute d’un nombre suffisant de salariés auditionnés,
383. Cette limite figure dans la source et doit accompagner le chiffre.
La mesure la plus alarmante est aussi la plus ancienne
La sécurité privée figure parmi les secteurs explicitement exclus de la campagne large de
2022-2023. Le record de 29,0 % n’a donc pas été rafraîchi depuis douze ans, et rien ne permet de dire aujourd’hui
s’il s’est aggravé ou résorbé. Le rapprochement avec la section précédente est instructif : sur 2019-2024, la
sécurité et le gardiennage représentent 2 % des contrôles pour un taux de redressement de
73 % et 7 % des montants redressés. La prévalence n’est plus mesurée, mais le
rendement du contrôle, lui, reste très élevé.
Sources : HCFiPS et ACOSS, « Observatoire du travail dissimulé », 5 décembre 2024, p. 5 et 7 ; HCFiPS, note annuelle 2025, annexe 4, tableau n° 1 ; Cour des comptes, avril 2026, tableau n° 13.
Micro-entrepreneurs : la seule carte sectorielle fraîche
Contraste avec l’ancienneté des mesures côté employeurs : chez les micro-entrepreneurs, la carte
sectorielle est récente, issue de la campagne aléatoire 2024, et très contrastée. Les taux ci-dessous
sont des taux de cotisations éludées estimés ; entre parenthèses figure la part du secteur dans la
population des micro-entrepreneurs.
Il faut le dire explicitement : aucune évolution sectorielle n’est statistiquement significative par
rapport à 2023. Les fourchettes sont larges et se chevauchent, au point que le commerce, de 10,5 % à 39,7 %, recouvre
presque entièrement l’intervalle de la construction. Classer ces secteurs entre eux au-delà des extrêmes n’a donc pas
de sens statistique. Statut : constaté. Nature : estimé, ni détecté ni recouvré.
Quels secteurs sont les plus touchés par le travail dissimulé en France ?
La réponse dépend de ce que l’on mesure. En intensité estimée par tirage au sort, le commerce
sur marchés arrive en tête avec un taux de cotisations éludées de 17,0 % à 23,9 % en 2024, environ dix fois la
moyenne du privé employeur. En montants effectivement redressés par les Urssaf sur 2019-2024,
ce sont les services administratifs et de soutien, sécurité privée, intérim et nettoyage, avec 19 % des
redressements pour 5 % de la masse salariale. Ces deux classements ne mesurent pas la même chose et ne
s’additionnent pas.
Le BTP est-il le secteur le plus fraudeur ?
Non, selon la seule mesure aléatoire disponible, qui date de 2013 : la construction affichait alors 13,7 %
d’établissements en fraude ou en irrégularité et un taux de cotisations éludées de 5,9 % à 8,3 %, soit moins
que le transport routier de fret ou le gardiennage. Le point décisif est que l’évaluation publiée en 2024
applique toujours ce taux de 2013 à l’assiette 2024 : le montant paraît actualisé, le comportement mesuré ne
l’est pas. Une nouvelle campagne est en cours en 2025-2026, dans le cadre du plan BTP.
Pourquoi l’hébergement-restauration est-il autant contrôlé par les Urssaf ?
Parce qu’on y trouve presque toujours quelque chose. Sur 2019-2024, le secteur représente 4 % de la masse
salariale mais 16 % des contrôles, pour un taux de redressement de 83 %, le plus élevé du tableau. En revanche
il ne pèse que 2 % du total des montants redressés : les irrégularités y sont fréquentes et petites. Son taux
de cotisations éludées estimé, grandeur différente, s’établit à 2,8 % à 5,8 % en 2022-2023, contre 5,0 % à
6,9 % en 2011-2012.
Les chiffres du travail dissimulé par secteur sont-ils à jour ?
Très inégalement, et il faut le savoir avant de citer un chiffre. La construction a été mesurée en 2013, le
gardiennage en 2014, le transport routier de fret en 2016, alors que le commerce sur marchés et les
micro-entrepreneurs l’ont été en 2024. Certaines des mesures les plus alarmantes sont donc les plus anciennes :
la sécurité privée figure parmi les secteurs explicitement exclus de la campagne large de 2022-2023, si bien
que son record de 29,0 % d’établissements en infraction n’a pas été rafraîchi depuis 2014.
Quel secteur a le taux de travail dissimulé le plus élevé ?
Pour le taux de cotisations éludées, le commerce sur marchés, mesuré en 2024 entre 17,0 % et 23,9 % sur
477 établissements tirés au sort. Pour la part d’établissements en infraction, le gardiennage, mesuré en 2014
à 29,0 %. Ces records n’ont pourtant guère d’effet sur le total national : le commerce sur marchés ne pèse que
0,04 % des cotisations, si bien que son intégration ne modifie pas le taux global de fraude aux cotisations.
Les micro-entrepreneurs dissimulent-ils plus que les entreprises employeuses ?
Les taux estimés sont nettement plus élevés, mais les deux populations ne se comparent pas directement, ni les
régimes de cotisation. La campagne aléatoire 2024 donne des taux de cotisations éludées allant de 5,0 % à
11,0 % pour les services personnels jusqu’à 41,9 % à 57,0 % pour la livraison, la construction se situant entre
25,9 % et 42,5 %. Les fourchettes sont larges et se recoupent : aucune évolution sectorielle n’est
statistiquement significative par rapport à 2023.
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